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Des étudiants qui prennent leur place et s’affirment comme (futurs) professionnels. C’est ce qu’on voulait, mais on n’a rien fait de spécifique pour... !

Dans notre nouvelle formule de formation [1] d’enseignants, on a soigné le faire ensemble, ici et maintenant, et on a organisé un système qui permette à chacun de prendre sa place et de la vivre pleinement. On n’a mis en place aucune activité classiquement prévue dans les cours d’Identité de l’Enseignant pour faire s’élaborer les projets personnels et professionnels. Au contraire, on fait tout pour vivre pleinement le présent. Et on se rend compte que ce qui change le plus par rapport à l’ancienne formule, ce qui ressort le plus dans les interviews et dans les « dossiers de l’enseignant », c’est la force et la qualité des projets qui se construisent.

Temps forts pour les profs
(on en est sûrs)

Janvier 2005 : après quatre mois de formation, les premières nous demandent un Conseil de Classe extraordinaire. Ils nous y présentent les résultats d’une évaluation de la formation et nous transmettent des demandes d’aménagement. L’évaluation a été préparée par eux, un questionnaire a été remis à chaque étudiant et le tout a été dépouillé et analysé. Sur cette base, ils argumentent en faveur de plusieurs changements dans le système de formation. Certains seront acceptés, d’autres refusés et d’autres encore reportés à l’année suivante. Mais au-delà du résultat, ce qui impressionne, c’est le positionnement d’acteurs responsables, capables à la fois de s’opposer -revendiquer et de coopérer- proposer. Et à quel point les questions que posent ces étudiants débutants sont des questions fondamentales de pédagogie et d’enseignement, directement liées à leur future profession.
Juin 2006 : après les délibés et les résultats, en vacances donc pour les étudiants, nous organisons un Conseil de Tous extraordinaire pour évaluer l’année écoulée et préparer l’année suivante. Contrairement aux autres conseils, celui-ci n’a de compétence que consultative. Malgré ces conditions difficiles, plus de la moitié des étudiants sont présents et participent avec conviction pour améliorer le système de formation. À nouveau, nous sommes sciés de constater leur implication : ils démontrent à quel point ils sont en projet de formation, et pas consommateurs.

Temps forts pour les étudiants
(on l’espère)

Difficile de dire ce qui dans l’ensemble de la machine installée favorise cette implication professionnelle. Je choisis d’épingler quatre moments de cette année.
6 février : exploitation de stage pour les premières, chaque étudiant est amené à décrire un « incident critique » survenu lors de son stage. On choisit ensemble les deux incidents sur lesquels on va travailler. On commence par Benoît qui fait état d’une difficulté de discipline avec un élève en opposition ouverte. Premier temps, les étudiants posent des questions pour mieux décrire ce qui s’est passé. Deuxième temps, on envisage les différentes explications possibles. Troisième temps, on fait des propositions d’actions pour éviter ce genre de situations. Beaucoup de sincérité et de respect dans les échanges. Et on va loin dans le travail.
28 mars : les étudiants de première arrivent dans la station de métro Osseghem ; ils y sont attendus avec une banderole de bienvenue par leurs correspondants scolaires, les 1B22. Les 1B [2] ont tout organisé avec Monsieur Dimitri [3] : jeux de présentation, visite du quartier avec épreuves, repas et tournoi de foot. Cette journée inoubliable pour les deux classes est l’aboutissement d’une correspondance scolaire initiée à l’intérieur d’un projet collectif. Des échanges, des envois de cadeaux, une rencontre, des actions pour de vrai et qui comptent (et ô combien pour les élèves de Molenbeek) ont permis de réfléchir à la relation pédagogique, à la pédagogie du projet et aux responsabilités (au sens de la Pédagogie Institutionnelle).
3 mai : lors des présentations, Philippe, 3e année, de retour de stage, présente à des étudiants des 3e années une séquence de cours d’Etude du Milieu dont il est particulièrement fier. Il explique les objectifs poursuivis, détaille les activités réalisées, indique ses sources pour les informations et les documents, distribue les documents-élèves et les consignes de travail données, analyse les résultats. Les autres posent des questions, essaient de mieux cerner les facteurs de motivation pour les élèves, les conditions de réussite du projet, les difficultés rencontrées ; des rendez-vous sont pris pour poursuivre ça en TAO [4]a : c’est une réunion de travail entre professionnels !
24 mai : le directeur d’une école professionnelle assiste à la présentation d’une séquence de cours en sciences humaines pour le deuxième ou troisième degré de l’enseignement professionnel. Cette séquence est le résultat du travail mené dans un Projet Collectif. Carine, étudiante de deuxième préside la séance. Les étudiants présentent les différentes activités en justifiant chaque fois les objectifs poursuivis, expliquent les concepts travaillés, montrent les documents pour les élèves. Le directeur réagit, demande des précisions, fait des commentaires. On est bien dans le réel et dans le présent.

Tant de temps
(pour tous)

Tout ceci suppose beaucoup de temps et d’espaces, des temps bien pleins (de vie) et bien délimités (on ne fait qu’une chose à la fois), des temps où on décide et programme, des temps où on produit ensemble, des temps de travail individuel, des temps de communication... Ceci suppose des espaces cadrés et contraints, avec assez de vide à l’intérieur de ce cadre pour que chacun puisse y mettre du sien, avec assez de place pour que chacun puisse y prendre la sienne.
Nous pensons que si les projets personnels s’y affirment aussi professionnellement et avec autant de force, c’est parce qu’ils s’ancrent dans le réel, pour du vrai, maintenant, (c’est sur le présent qu’on agit) et collectivement, (c’est ensemble qu’on avance). Mais bien sûr, la force des projets aujourd’hui ne garantit en rien ceux de demain...

notes:

[1Une classe coopérative verticale pour la formation des régents en sciences humaines inspirée de Freinet et de la Pédagogie Institutionnelle, mise sur pied en septembre 2004 par Claudine Kefer, Marie Pirenne, Yvonne Charlier, Manu Siquet et Jacques Cornet à la Haute École ISELL.

[2Classe de 1e accueil dont Thérèse Diez est titulaire à l’Institut des Ursulines à Molenbeek.

[3Dimitri Olijnik, étudiant de 3e régendat sciences humaines en stage dans cette école pour y mener un Travail de Fin d’Études en Pédagogie Institutionnelle.

[4Travail Autonome Obligatoire (un des temps de la grille de formation).