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Qu’ont encore à voir les premières Rencontres Pédagogiques d’Eté (RPE) du début des années 70 avec les RPé des années 2000 ? À première vue, pas grand-chose...

Les premières Rencontres ont principalement été organisées par des enseignants pour des acteurs de l’École (enseignants, acteurs PMS, étudiants...). Pour comprendre cela, il faut resituer et recontextualiser les Rencontres des premières années avec l’esprit qui animait les fondateurs de la Confédération Générale des Enseignants (CGE) de l’époque : « Il faut oser dire que les enseignants sont victimes de la formation reçue. Dans le meilleur des cas, les enseignants ont été préparés à être de simples transmetteurs de connaissance et de bons fonctionnaires d’exécution ». [1]

Le pari, le défi des fondateurs de la CGE, est qu’une part importante de la solution à leurs problèmes de l’époque passe par les enseignants eux-mêmes. Les RPE doivent servir avant tout la cause de la revalorisation du métier d’enseignant.

« Nous partirons vers une nouvelle étape, convaincus de travailler de façon irremplaçable à la rénovation de l’enseignement, non pas comme on le fait d’habitude en modifiant les lois, les programmes et les institutions, mais plutôt en changeant les hommes ». [2]

Le contenu des ateliers proposés [3] diffère fortement de l’offre plus récente des RPé. Hormis l’obligation (!) de suivre un stage propédeutique (!) centré sur l’entrainement à la relation et à la communication par le biais de diverses techniques, les formations sont principalement orientées vers les disciplines selon les niveaux (primaire, secondaire) : français, mathématiques, langues anciennes et modernes, éducation physique, artistique, morale laïque ou encore catéchèse (!). Seuls quelques ateliers sont de nature plus transversale : analyse institutionnelle de l’école, conduite des groupes, relations maitres/parents.

Les RPé actuelles s’inscrivent elles aussi dans la nouvelle CGé, « Changements pour l’égalité mouvement sociopédagogique ». Bien avant le changement de nom de l’association en 2003, l’objet social —sans se détourner pour autant d’une réflexion autour de la professionnalité du métier d’enseignant— va davantage se focaliser sur la lutte contre la reproduction des inégalités sociales à l’école et s’inscrire dans une démarche d’éducation permanente. C’est très clairement du côté des exclus de l’École que s’inscrit CGé. Pour ce faire, c’est l’ensemble des acteurs éducatifs qu’il faut mobiliser, notamment aux RPé. Ces dernières années, les efforts se sont intensifiés pour que CGé joue ce rôle d’interface entre les différents acteurs éducatifs, enseignants ou non, pour qu’ils croisent leurs regards, leurs pratiques, qu’ils s’enrichissent mutuellement. La plupart des ateliers des RPé offrent cette possibilité quasi unique en Communauté française, rappelons-le.

Le contenu des ateliers a aussi fortement évolué. Les ateliers disciplinaires ont presque tous disparu. Et même si certains sont encore présents (maths, langues, sciences humaines...), ils ne sont plus exclusivement réservés aux enseignants de ces disciplines. Les ateliers interdisciplinaires occupent une place prépondérante : pédagogie institutionnelle, gestion mentale, gestion de l’autorité dans des situations éducatives, entrainement mental, l’expérience créative, improvisation...

Et pourtant à y regarder de plus près...

On retrouve dans les premières revues de la CGE un large écho des RPE. Les programmes sont annoncés longtemps à l’avance, des évaluations approfondies sont partagées avec les lecteurs qui sont invités à leur tour à témoigner de leurs changements de pratiques.... On y découvre également le projet à la base des RPE, les objectifs qui sous-tendent leur organisation.
Trois objectifs sont attribués aux Rencontres dès leur mise sur pied : didactique, psychologique et politique.

Dans une évaluation des RPE de 1974, on y découvre toujours, sous la plume de P. Renard, que la direction psychologique permet de se rendre enfin compte de qui on est et quel rôle on joue, que le projet politique s’entend comme la possibilité de prendre ou d’exercer un pouvoir de quelque importance dans un domaine concret, et qu’enfin la dimension didactique n’a pas été suffisamment abordée. Mais qu’il faut garder conscience que par des tâches proprement pédagogiques, s’accomplit en fait un travail politique.
Les RPE de 1975, « nouvelle formule » car davantage autogestionnaires, visent à amener les participants-stagiaires à atteindre trois objectifs : l’apprentissage de techniques pour une pédagogie pratique, la découverte des problèmes relationnels dans la vie de groupe et l’approche de type politique propres à l’institution « École ».

L’équipe des RPé d’il y a quelques années [4] souhaitait un équilibre entre trois type d’ateliers : des formations centrées sur l’expression de soi, des ateliers de nature sociopédagogique (construire simultanément la loi et les savoirs), et des formations de type sociopolitique (veillant à conscientiser les participants aux mécanismes de la reproduction des inégalités en classe, dans l’institution, dans le système scolaire).

Certes, les étiquettes ont changé en fonction de l’air du temps et l’équilibre n’a pas toujours été facile à maintenir entre, parfois, un fort engouement pour certains ateliers d’expression et une difficulté certaine à remplir des formations abordant le sociopolitique. Néanmoins, en filigrane, les RPé, encore actuellement, restent fidèles au triptyque initial et poursuivent des objectifs similaires. [5] Les RPé offrent cette possibilité de « changer ensemble le rapport à l’École » tout en se trans-formant soi-même. Si l’on se réfère aux modes de travail pédagogique développés par Lesne [6], les RPé visent non seulement à faire acquérir de nouvelles techniques ou encore à comprendre dans quel jeu on joue, mais à développer chez les individus, à partir de leur position sociale, la capacité de modifier les conditions d’exercice de leurs activités quotidiennes.
Et puis, il y a un autre invariant dans les RPé qui en seront à leur 37e édition en 2008, quelque chose de l’ordre de l’indicible, qui fait dire aux anciens avec des étoiles dans les yeux « j’y étais », quelque chose qui fait revenir d’une année à l’autre un participant sur deux. Quelque chose que vous découvrirez en y venant à votre tour.

notes:

[1L’esprit C.G.E. ou les nouveaux enseignants, Revue de la C.G.E., n°20, 1974.

[2Les rencontres pédagogiques d’été 74, éditorial de P. Renard, Revue de la C.G.E., n°21, 1974.

[3Programme de 1973

[4L’auteur de l’article a été membre de l’équipe RPé de 1996 à 2001.

[5Nous en voulons pour « preuve » qu’en presque 40 ans l’appellation ‘Rencontres pédagogiques d’été’ est la seule à ne pas avoir été modifiée. Le nom du mouvement ainsi que sa revue ont changé, de nouvelles institutions sont également apparues pour faire face à de nouveaux défis.

[6Lesne, M., Travail pédagogique et formation d’adultes, PUF, 1977.