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Ainsi disent des enseignants à des jeunes en début de secondaire. Un peu curieusement, non ? Essayer... tomber... ne pas tomber... Quels drôles de mots pour parler des relations et découvertes saisissantes !

Noa, 17 ans, donne ses perceptions et ses points de vue à propos des vécus sexués et sexuels à l’école.

Dans les classes, tout le monde est copain mais les filles restent entre elles et les garçons entre eux et chacun dans son groupe parle de l’autre sexe.

De l’amitié, sans plus, entre filles et garçons, ça arrive mais c’est très rare. Je pense être la seule de ma classe à avoir un ami.

Pour le travail scolaire, c’est pareil : par exemple pour les travaux de groupe, les filles travaillent ensemble et les garçons de leur côté aussi. Ça revient au même que si les classes n’étaient pas mixtes !

Les petits amis

Pour que les approches se passent, les filles se font remarquer par exemple en riant fort. Elles se disent qu’alors, elles seront vues et que les garçons viendront vers elles.

Ce sont eux qui font souvent le premier pas. Dans les soirées aussi. Mais progressivement, genre : « Je peux t’offrir un verre ? » « Ouais, allez, on sort ensemble. »

Sortir ensemble, ça peut valoir pour un soir ou plus... « T’es beau, t’es belle... » On n’est pas obligé de coucher ensemble mais on peut aussi. Là, ce ne sera pas avec des « Je t’aime » parce que ce serait déjà venir avec des sentiments et être hyper attachés. D’ailleurs, si une copine dit : « Je sors avec un tel », on va lui poser la question : « Est-ce que tu es amoureuse ? »

Sortir avec ou être amoureux, les deux se manifestent à l’école. On se fait parfois des bisous, on est assis l’un près de l’autre. Il met la main sur la mienne. Les réactions des profs sont cool en général. Certains trouvent qu’on est supermignons, sourient, demandent depuis combien de temps on est ensemble. D’autres ont des réactions plus raides mais ils sont l’exception.

En général, ils nous demandent de ne pas nous donner en spectacle devant les plus jeunes, pas parce que ce ne serait pas un bon modèle mais parce qu’ils ne font pas encore la part des choses. À eux, on leur dit par exemple d’essayer de ne pas tomber amoureux parce qu’ils seraient trop distraits de leurs études. On leur dit : « Alors, vous ne faites plus rien, c’est le printemps, vous avez la tête dans les nuages ? » Personnellement, je ne suis pas d’accord avec eux, parce que mon copain à moi, il a doublé deux fois avant d’être avec moi. Depuis le moment où on est ensemble, je le motive. Il fait ses devoirs, remet ses dossiers. De plus, quand on a l’air d’avoir la tête ailleurs, ce n’est pas spécialement parce qu’on est amoureux. De toute façon, nous on n’écoute pas trop les profs quand ils disent ce genre de parole.

Le jour où un prof nous avait fait une remarque à mon copain et à moi parce qu’on s’embrassait dans un coin, on lui a répondu que fumer, se faire des percings, c’était interdit à l’école mais que ça se faisait quand même donc on ne voyait pas pourquoi on ne pourrait pas s’embrasser d’autant plus qu’à ce sujet-là, rien n’est écrit dans le règlement. Si on se cachait, par exemple dans les toilettes, alors là oui, ce serait malsain. Ou si on était très démonstratif, on serait d’accord de recevoir une remarque mais se serrer dans les bras, s’embrasser, dans un endroit non caché mais pas non plus hyperexposé, ce n’est pas critiquable.

Et Sophie, tu crois qu’elle l’a déjà fait ?

J’ai vu ça un jour écrit sur un banc et ça m’a fait rire. En tout cas, les rapports sexuels, ils n’ont pas lieu à l’école, sauf exception. J’ai par exemple entendu une fille dire à un garçon : « Allez, j’ai envie, on va dans les toilettes. Mais ils n’avaient pas de préservatif. Encore heureux, ils ne l’ont donc pas fait. »

Là, il y aurait sanction. Je la donnerais aussi. Le laisser faire, ce serait tout laisser faire. Ce serait aller trop loin. L’école n’est pas le bon lieu pour faire l’amour.

Entre élèves, on discute des rapports sexuels, de façon plutôt superficielle, entre autres parce qu’on a aussi d’autres sujets de conversation. Mais en dehors de l’école, entre filles, on se dit tout, on se raconte dans le détail comment ça se passe. Uniquement entre vraies copines, avec la confiance que ça ne se répète pas. Les garçons aussi se racontent comment ça se passe mais eux, ils racontent seulement ce qui les arrange, ce qu’ils ont fait de bien. Ils ne disent pas ce qui n’a pas bien été. Il y en a aussi qui font des commentaires sur les mesures des verges. Une fille avait même dit avoir mesuré chez des copains différents. Certaines trouvent ça important mais pour la plupart, ce n’est pas ça le plus important.

Le plus important

Pour chacune de nous, le plus important dans une relation, c’est la complicité c’est à dire qu’on se comprenne vite fait, d’un regard, d’un geste. C’est d’un autre ordre que le rapport sexuel. La complicité, elle, se construit au fur et à mesure qu’on se connait et se découvre.

Et puis, il y a aussi la séduction. C’est très important et pas seulement au début puis laisser tomber quand on a le garçon. Non, il faut continuer. Pour séduire, chacune y va avec ses atouts. Il y a d’abord les vêtements qui sont hyperimportants. C’est ce qui nous met en valeur. Chacun y fait attention, tant les garçons que les filles. Les garçons font plus attention à porter des vêtements de marque parce qu’ils ont moins de choix que les filles. Mais une belle jupe, du maquillage sur les yeux ne suffisent pas. Il faut aussi ne pas être conne avec le garçon, lui parler, le faire rire. Pour séduire, il faut être drôle, cool aussi, ouverte, ne pas avoir des idées fermées.

Les valeurs aussi, c’est hyperfort. La plus forte, c’est le respect. Par exemple, on est tous contre le racisme, pas en l’air mais jusqu’à agir pour que ça change quand il y a du racisme à l’école. Pour nous, le respect, ce n’est pas seulement vis-à-vis de tous ceux qui sont au-dessus de nous : les chefs, les profs, les parents, les grands-parents. C’est aussi dans l’autre sens : que les « grands » nous respectent. C’est d’autant plus important à souligner et à tenir que beaucoup de jeunes ne sont pas du tout respectés par les adultes.

Le respect entre filles et garçons

Moi, de la part d’un garçon, j’attends qu’il ne se sente pas supérieur, style sexe fort et qu’il ait de l’attention pour la fille. L’attention l’un pour l’autre, c’est une forme de respect. Ne pas être soi toujours au centre, style quand l’autre parle : « Ah oui, c’est comme moi ! ». Respecter, c’est pouvoir écouter. L’attention, ce n’est pas spécialement offrir un cadeau. Moi, mon copain me fait un bien plus grand cadeau en m’écoutant, et sans me donner 36 conseils, qu’en m’offrant un collier.

Le garçon attend aussi un respect de ce genre. Or, il existe des filles qui dominent les garçons. C’est elles qui décident tout et le garçon suit. Certaines sont de si bonnes manipulatrices que le garçon ne se rend même pas compte qu’il est dominé. Manipuler quelqu’un, c’est de l’irrespect total.

Respecter le corps de l’autre, c’est important aussi mais ça vient en second plan parce qu’on n’a pas de problème avec ça : dans les jeux de mains aux fesses, les filles ne se laissent plus faire !

À propos de respect, il y a aussi la question de l’homosexualité et de ceux qui veulent changer de sexe. Certains jeunes qui se voient comme tels osent le confier à des amis proches mais à part ça, ils se cachent. Certains vont chez un psy mais ils disent que ça ne sert à rien. Certains parlent avec leurs parents. Mais tous ont peur du regard des copains et c’est plus ou moins fort selon les groupes culturels dont ils font partie.

Parler avec les adultes

Des élèves parlent de vie amoureuse, de sexualité avec des profs de leur choix. On demande ce qu’ils pensent de ceci, de cela mais on n’y va pas avec du personnel, de l’intime. Avec les éducateurs, on peut parler aussi parce qu’ils sont géniaux. Le tout est assez informel. Il n’y a pas dans l’école de cours d’éducation sexuelle ou à propos des relations. Ils font parfois venir le planning familial mais on sait déjà à l’avance ce qu’ils vont nous dire : employer les préservatifs. Ça, on nous en a tellement parlé que ça nous saoule.

Moi, j’aime autant qu’il n’y ait pas de cours d’éducation sexuelle. J’aime autant ne pas en parler avec les parents non plus mais plutôt découvrir par moi-même. J’ai parfois envie de demander des conseils mais ni aux parents ni à des profs. Plutôt à des amis plus âgés de 10-15 ans, comme par exemple une responsable de mouvement de jeunesse.

Certains parents parlent de leur expérience amoureuse et sexuelle à leurs enfants mais moi, je n’aimerais pas. Ce n’est pas quelque chose qu’on attend de la part des parents.

ps:

Propos recueillis auprès de Noa Rivière.