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« En PI, c’est comme à l’armée, on monte en grade avec l’ancienneté. Il suffit de quelques stages pour être formateur. » [1] J’ai entendu ça quelque part dans un couloir de la Marlagne [2]. Mais, ça venait d’un camarade, une petite taquinerie sans doute.

Trédoigt n°1

Chaque année depuis 1986, les Rencontres pédagogiques d’été (RPE) proposent un atelier de pratique de la Pédagogie Institutionnelle. Six jours pour mettre en place des lieux et des temps de production et de parole, les organiser, les instituer afin que chaque membre du groupe puisse pleinement s’y investir ; prendre, nommer et partager le pouvoir, titiller le désir d’apprendre et lui permettre de circuler, d’exister ; face aux conflits et aux violences possibles, se fixer des règles communes, faire émerger de la loi.

Chaque année, lors de la présentation des formateurs des différents ateliers, un gros point d’interrogation se dessine au-dessus de l’assemblée : c’est quoi ce troupeau de formateurs pour un seul atelier ? En effet, alors que dans les autres ateliers, un ou deux formateurs suffisent, l’atelier de PI est toujours encadré de quatre, cinq, six personnes.

Cette année, j’en étais. Nous étions six. D’ancienneté et d’expériences différentes, nous sommes tous passés par un cursus d’au moins trois stages, passant progressivement de l’initiation à la responsabilité.

Une machine qui tourne

Suite à mes trois stages, pratiquant la pédagogie institutionnelle en classe, étant membre d’un « épi » [3] et plus riche de quelques lectures, j’ai demandé à rejoindre l’équipe. En PI, on dira plutôt « responsable » que « formateur ».
-  Etre responsable, ce n’est pas nécessairement être le détenteur d’un savoir à transmettre, ce n’est pas conduire vers la vérité : « La vérité, ce n’est pas l’exactitude, ce qui se rapproche le plus de la vérité, c’est la connerie. » (Jean Oury)
-  Etre responsable, c’est prendre conscience de ses propres limites, accepter de se tromper, de ne pas être l’image idéale et donc, rester en formation. Autrement dit, en tant que membre de l’équipe, je n’ai pas « donné » une formation, j’ai pratiqué la PI. « Responsable », c’est une étape. Parce que pratiquer la PI, c’est un processus jamais fini. En tout cas, moi, je ne perçois pas les socles.
-  Etre responsable, c’est d’abord se sentir capable et être choisi par l’équipe avec laquelle on va travailler, entrer dans l’équipe, se faire sa place et rien que sa place ; préparer la formation, proposer une structure.
-  C’est avoir confiance dans cette structure et dans les techniques ; prendre conscience qu’il y a une machine qui tourne.
-  C’est préserver et garder ces structures, être référence et garant du groupe, des décisions et du contrat. C’est signifier les changements, les limites.
-  C’est aider à faire, faciliter.
-  C’est aider à lire la grille avec ses spécificités de lieux et de temps. Et de parole possible dans chaque lieu et temps.
-  C’est être vigilant. Etre disponible sans trop intervenir. Mais intervenir tout de même, sentir quand il faut le faire. Pour protéger les participants, proposer des structures de travail, des techniques, des outils.
-  C’est faire en sorte que la machine permette de construire le désir ; ni piloter, ni laisser aller une machine qui broie.

notes:

[1Ceci dit, si le temps et le prix que l’on met dans des stages pendant trois ans peut être un petit critère d’avancement dans la possibilité de devenir responsable dans un stage Pi, il n’est vraiment pas le seul. Une série d’autres critères objectifs sont présentés à ceux qui DEMANDENT le passage à la responsabilité. Et, comme il ne s’agit pas de bureaucratie, le tout est aussi discuté entre les partenaires devenant responsables d’un stage de formation. Lesdits responsables continuent d’ailleurs toujours à travailler en intervision.

[2Lieu où sont organisées les Rencontres pédagogiques d’été, organisées par la CGE.

[3Équipe de Pédagogie Institutionnelle : nous nous retrouvons entre pratiquants (praticiens-chercheurs ?) pour échanger et écrire sur nos pratiques.