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Noëlle Desmet explique l’origine d’une pratique particulièrement émancipatrice qu’est la pédagogie institutionnelle et elle décrit les outils méthodologiques pour la mettre en œuvre dans une expérience éducative.

« La simple règle qui permet à un groupe d’enfants d’utiliser le savon sans se quereller est déjà une institution. L’ensemble des règles qui déterminent ce qui se fait et ce qui ne se fait pas en tel lieu, tel moment en sont une autre »
Les institutions, pour la pédagogie institutionnelle, sont donc des règles de fonctionnement mais aussi « ce que nous instituons : la définition des lieux, des moments, des statuts de chacun suivant son niveau de comportement càd selon ses possibilités, les fonctions(services, postes, responsabilités), les rôles (présidence, secrétariat etc...), les diverses réunions, les rites qui en assurent l’efficacité » [1]
Ces quelques propos des fondateurs, F. Oury et A. Vasquez annoncent d’emblée dans quelle direction entendre « institution »

Il ne s’agit donc pas de l’une ou l’autre analyse d’un établissement ou d’une association considérés comme institution ( ce qu’on appelle « analyse institutionnelle ») mais d’une pratique avec des enfants, des jeunes et/ou des adultes à l’intérieur de ces établissements, ou associations, dans les classes, les équipes, les groupes, les mouvements.
Du coup, ces deux grands mots de « Pédagogie » et « Institutionnelle » apparaissent peut-être déjà comme moins rébarbatifs, moins réservés aux initiés.
Mais d’où vient l’association de ces 2 mots ?
D’un instituteur, Fernand Oury (1920-1998) occupé par la pédagogie et de son frère, Jean Oury, psychiatre, initiateur de la thérapie institutionnelle, pour qui le soin apporté au milieu ( à la manière rigoureuse de l’organiser, de l’habiter), dans les hôpitaux psychiatriques a des effets thérapeutiques sur les malades. C’est d’ailleurs ce dernier qui en 1958, lors d’un congrès Freinet à Paris, utilisa pour la première fois ces termes pour caractériser, nommer « pédagogie institutionnelle » ce que son frère était occupé à construire depuis une dizaine d’années et qui avait à ses yeux des pojnts communs avec sa pratique en hôpital.
F. Oury n’a donc pas un beau jour inventé de toute pièce LA pédagogie institutionnelle [2].
Instituteur suppléant dès 1939, à l’âge de 19 ans, il est complètement inexpérimenté face à 45 élèves de 9 ans. Il pratique donc sur le modèle de ce qu’on a fait avec lui, dans la pure ligne traditionnelle. Mais il s’interroge sur l’identité de ses « gamins », sur l’autorité, sur la loi, sur le travail obligatoire en classe(ayant aussi été Ouvrier Spécialisé dans une usine d’aviation, il y pratiqua le travail à la chaîne) et dirige sa classe comme il peut.
Vu toutes les difficultés qu’il rencontre, il commence à s’intéresser à la psychologie, à la psychanalyse, visite des écoles où les enfants gèrent le pouvoir mais ne croyant pas encore que lui peut changer quelque chose à l’institution école, il continue à utiliser les pratiques traditionnelles. Pourtant, en 1948, il pense à changer la réalité et en 1949, il rencontre l’instituteur progressiste et novateur, Célestin Freinet qui orientera toute sa pratique pédagogique ultérieure.

Des fondations élevées à partir des terrains

Au fil de son vécu, de son observation et de son analyse du milieu éducatif où il travaille, F. Oury a élaboré au moins trois supports théoriques qu’il rassemble en un « trépied » et qui débouchent sur des outils pratiques de travail [3] [4].

1° La dimension matérialiste

C’est suite à sa rencontre avec Célestin Freinet que Fernand Oury adopte ses techniques qui constituent une large part de la PI, même si se pose à lui cette question : comment transplanter les solutions des problèmes ruraux vécus par Célestin Freinet à la situation urbaine que lui, F. Oury est occupé à vivre[Voir ici son livre Chronique de l’école caserne, J. Pain et F. Oury, Ed. Matrice]
Le simple fait, pour Célestin Freinet, d’introduire une imprimerie dans la classe, transforme pour lui et ses élèves le rapport au travail et au savoir : il y a machine, production et donc aussi partage des tâches, prises de responsabilités diverses, souci d’efficacité, autres rapports entre tous les acteurs de la classe.
La correspondance interscolaire entre classes issues de milieux différents, le journal scolaire qui regroupe les textes libres des élèves, textes élus puis imprimés par la classe et ensuite diffusés ou vendus, les sorties-enquêtes, le travail individualisé, les projets collectifs. Voilà pour ces techniques. C’est dire qu’une série de pratiques pédagogiques s’appuient aussi sur le matériel
( imprimerie, photocopieuse, fichiers, appareils audio-visuels et aujourd’hui ordinateurs). Les activités se choisissent en fonction des besoins, de la situation du groupe, du contexte, du type d’enfants ou de jeunes, des possibilités de l’enseignant, du formateur, de l’animateur. Ceux-ci peuvent ainsi mettre les contenus à la disposition des enfants sous les formes les plus variées possibles. Ces outils et techniques permettent une pluralité d’accès au savoir et un autre type de relations dans le groupe que le seul rapport hiérarchique enseignant/élèves ou le seul discours du maître

2° La dimension sociologique

Pour F. Oury, le groupe est un des pieds importants du trépied, le groupe, comme agent d’éducation car F. Oury croit à la permanence sociale de l’individu humain.
Les équipes de travail, les conduites de projets, les responsabilités prises par chacun, la mise en place de la loi et des règles institutionnalisent le groupe et constituent autant de médiations qui aident à ne pas s’enfermer dans le face à face maître/enfant. Chacun se trouve plongé dans un tissus de relations multiples et impliquantes.
La classe, le groupe s’organisent ainsi en réseau coopératif qui peut redonner sens aux obligations d’apprentissages. Ouvert sur l’extérieur par toutes les pratiques de correspondance, enquêtes, vente de journal ou d’objets fabriqués en classe, le travail scolaire prend alors valeur immédiate qui facilite motivation et investissement et qui permet la construction du lien social du sujet.

3° La dimension psychanalytique

Il s’agit de prendre en compte l’inconscient qui est toujours présent, en classe comme ailleurs.
Il se manifeste sous forme de symptômes divers : blocages, conflits, inhibitions ou autres. « L’inconscient est dans la classe et parle » dit F. Oury. Il veut en tenir compte « pour ne pas nuire ».
Il est bien clair qu’il ne s’agit en aucune façon de mélanger enseignement et psychothérapie mais seulement d’emprunter des concepts à la psychanalyse.
F. Oury s’est enrichi, pour cette dimension de sa pédagogie, des apports de Freud et de Lacan et aussi de son frère, psychiatre, Jean Oury.
F. Oury insiste surtout sur la réhabilitation du désir. « Rien ne se fera sans désir ». Mais le désir n’est ni un besoin ni un bon plaisir style chacun fait selon son envie du moment. Contrairement au besoin, le désir ne peut jamais être satisfait parce qu’il renvoie au paradis perdu de la fusion, avec la mère entre autres.
Parce qu’il est toujours impossible d’atteindre la satisfaction du désir, l’individu apprend qu’il faut perdre l’illusion du « tout est possible » et dès lors, il peut accepter la limite de la loi.
La PI « travaille » la demande par laquelle transite le désir, sachant d’avance qu’elle ne pourra tout combler, répondre à tout.
Il est donc aussi fortement question d’apprendre l’écoute, à commencer, pour l’adulte responsable par l’écoute de soi : reconnaître pour soi-même les mécanismes et les manifestations de l’angoisse, des identifications, des transferts, permet d’être attentif à leurs effets et de redoubler de vigilance auprès des individus et du fonctionnement du groupe.
Les institutions mises en place sont là pour « machiner », provoquer l’évolution du groupe vers ce que la PI nomme un groupe institué. Une des optiques de F. Oury et de son frère est de dire qu’on ne travaille pas les personnes mais qu’on exerce une action sur les structures du milieu grâce à l’élaboration d’un réseau d’institutions médiatrices, supports d’identifications ( je suis de l’équipe X, je suis ceinture bleue...) et productrices d’altérité. Les institutions de la classe coopérative assurent à la fois le fonctionnement du groupe, la liberté ainsi que la sécurité des individus et les possibilités de changement , le tout comme parties intégrantes du système. Elles sont faites d’histoires, de vécus tissés en langage, de structures élaborées de concert, selon une possible invention permanente du groupe et de son/ ses responsables-garants. Tout ce tissu peut fomenter le désir, le laisser ou le faire circuler, le relancer, entre autres à partir de toutes les surprises qu’on y apportera

La forme du trépied suggère aussi d’emblée que la PI ne tient pas debout s’il y manque un élément.

4° et le politique ?

Il est le plan de base du trépied : qui décide de quoi ? Comment ? Quand ? Au profit de qui ? Au nom de quoi ? Cette mise en commun des désirs d’être là, pour oeuvrer ensemble ouvre un espace public de délibération à la parole instituante. La classe devient un lieu où le pouvoir des élèves peut s’exercer, un lieu qui détient des fonctions politiques dans la mesure où il développe l’esprit critique et vise l’émancipation de l’homme, contrairement à des formes de pédagogie traditionnelle qui perpétuent des fonctions domestiques privilégiant l’assimilation, l’adaptation instrumentale et l’intégration au sens le plus conformiste, normatif et raboteur du mot.

Il va de soi que des techniques et surtout une éthique de ce genre peuvent assurer une vraie place à chacun. Il y a vraiment de quoi la prendre et de quoi y être garanti. Bien sûr, la mise en oeuvre de ce filet complexe, elle, ne va pas de soi et c’est souvent par tâtonnements, recherches, modifications, nouvelles inventions, reprises(comme on reprend des chaussette ou des événements !), diminution du narcissisme des responsables, que dans tel groupe telles choses se créent, s’instituent et fonctionnent, que telle personne ne sera pas exclue que tel conflit se règle par un détour plutôt que par un affrontement

Ce qui fait cadre, ce qui fait loi

Souvent les enseignants le disent : « il faut cadrer » mais qu’est-ce qui peut réellement faire « cadre » et pour y mettre quel tableau , quel portrait ? Pour la PI, c’est le désir qui fait loi. C’est lui que l’enseignant tente de faire surgir de sous les couches de rejet de l’école, de non plaisir d’apprendre, de déstructurations de tous genres vécus par de nombreux jeunes et enfants « bolides » [5] , plus encore dans les milieux populaires. Pour ce faire, l’enseignant instaure les temps et lieux qui vont permettre aux demandes, plaintes, propositions ( canaux possibles pour l’émergence des désirs) de venir se loger. Et tenant à la fois la rigueur des lieux de parole et l’exigence des apprentissages, il reconnaîtra les sujets en marche. De plus, pour sortir de la sauvagerie des tout- tout - de - suite- ici- maintenant- pour- moi - tout seul ou de la sauvagerie des relations duelles entre élèves et enseignants ou entre élèves, les lieux, les temps, les demandes, se bordent à l’aide de règles qui vont non pas interdire sans cesse mais permettre.
Permettre de réaliser ceci, cela, de se donner des objets d’apprentissages croustillants, d’apprendre dans la coopération, de socialiser même ce que l’on a découvert, d’en être fier. Trois lois fondamentales comptent tant pour les élèves que pour les enseignants : l’interdiction de tuer ( par quelque violence que ce soit), l’interdit de l’inceste ( personne n’appartient à quelqu’un) et l’obligation de participer à la production, de ne pas être parasite. Toutes les petites règles construites, revues, remplacées en fonction des besoins découlent de ces trois grandes lois. Et en PI, une importance capitale est donnée à la parole. C’est en considérant toute cette élaboration que l’on remarquera l’importance accordée au symbolique via lequel l’inscription de chacun, dans sa singularité, sera possible. Etre quelque part, vivre les limites à la toute-puissance, être reconnu comme sujets sont des conditions, pour les praticiens de la PI, nécessaires aux divers apprentissages à faire à l’école

Des outils spécifiques

Cela ne se fait pas dans le seul idéalisme mais cela s’apprend et se vit à travers des réalités bien matérielles.
Et d’abord, le Conseil. Il occupe la place centrale dans la PI de F. Oury. Il en constitue la clé de voûte
A un moment fixé et qui a lieu très régulièrement, la classe se réunit, on parle ensemble de ce qui se passe et de ce qui doit changer, de ce qu’on demande, de ce qu’on propose puis on décide. La classe ainsi réunie en Conseil choisit un bureau responsable et spécifie le rôle de ses membres : président, secrétaire cahier, secrétaire mural, gardien du temps, trésorier. Chacun est invité à s’exprimer. Chez les plus jeunes, pour rendre visible ce- lui qui a la parole, un bâton de parole circule. On ne peut parler que si on le tient en mains. C’est le président qui donne la parole. Durant le débat, l’écoute et le respect de la parole de l’autre sont requis. Des petites règles élaborées avec le groupe légifèrent d’ailleurs ce Conseil. Au Conseil, on propose et on décide des activités à mener, de leur organisation, des objectifs à poursuivre, des règles de vie, des sanctions quand la loi commune n’est pas respectée etc.... le but poursuivi est que la classe se défasse de sa dépendance à l’égard du pouvoir institué et mette en place ses propres institutions internes tout en veillant bien sûr à manoeuvrer par ex. avec les règlements d’école. Toutes les lois que la classe se donne doivent aussi être respectées par l’enseignant, elles ne peuvent être transgressées sans sanctions, elles peuvent être modifiées par le Conseil. "Dans ce lieu, ce temps où la parole est possible pour chacun, entendue, reprise, inscrite, le groupe va donc
prendre conscience de lui-même et faire face à ses responsabilités. de cette pratique, le conflit n’est bien sûr pas absent mais les pulsions agressives peuvent s’extérioriser, on peut nommer ce qui se passe et les passages à l’acte tendent alors à diminuer voire à s’abolir du fait que l’expression publique d’un problème permet de le clarifier et de le dédramatiser.
F. Oury appelle d’ailleurs le conseil une « machine à dédramatiser et à clarifier le discours ». Ce terme « machine » implique que l’institution « Conseil » agit par sa propre force, par le jeu même de son mécanisme, sans que le maître ait constamment à intervenir. La discipline se fabrique ensemble. Ainsi, le Conseil joue-t-il un rôle structurant en permettant la (re)construction des personnalités et en protégeant chacun en ce sens que chacun sait qu’il ne sera pas détruit par les autres : il est protégé par la loi. Parfois vient au jour et par la parole ce qui jamais n’avait été dit, ce qui, profondément, était enfoui et qui était générateur de trouble et de blocage. La parole est ainsi libérée. La PI pourrait-elle être de surcroît « thérapeutique » ? [6]

C’est à l’intérieur du Conseil que s’instituent toutes les autres institutions et entre autres les responsabilités qui se prennent au fur et à mesure des besoins. C’est là aussi que chacun viendra rendre compte de sa responsabilité, que les autres pourront donner un avis.

J’ai vécu des dizaines de Conseils surtout avec des jeunes de 12-16 ans. C’était toujours une aventure. Ils n’étaient jamais faciles à mener lorsqu’on démarrait l’année, entre autres parce que jamais ces jeunes n’avaient eu l’occasion d’apprendre à s’organiser, à utiliser la parole, à voir les limites de leurs envies quand elles se confrontent à celles des autres, à sortir du « c’est lui ou moi » pour entrer dans des trouvailles où l’ensemble du groupe peut se retrouver et surtout au fait de croire que leur parole organisée sera prise au sérieux, écrite dans le cahier du Conseil, retenue, suivie d’effets. Quand ils commencent à voir que ce Conseil tient, que les lois sont respectées aussi par les adultes, il sort de ces Conseils une activité débordante et des constructions collectives fort riches. J’ai été souvent moi-même étonnée des effets de l’existence de ce Conseil sur la classe. Dans les formations d’adultes, ils ne sont pas plus faciles à mener. Oser risquer sa parole n’a l’air de rien et pourtant... ! Organiser le temps d’un ordre du jour en 12 points pour lesquels on dispose d’une heure relève de la haute voltige, accepter d’être frustré parce qu’on n’est pas arrivé au point que soi on a mis à l’ordre du jour et se poser des questions à propos des façons de s’y prendre n’est pas plus simple mais le tout est formateur !

L’ennui c’est qu’aujourd’hui il en est qui pensent que faire Conseil c’est placer les enfants en rond et les faire parler ou pire, leur parler... quand quelque chose ne va pas, quand il y a lieu de réprimander. Ce genre de Conseil-là s’il peut se justifier peut-être n’a pas grand-chose de propre à la PI parce qu’il n’est pas instituant., parce qu’il ne transforme pas la classe.

Lieu-Limite-Loi-Langage ou les 4L, constituent également un des outils spécifiques de la PI de F. Oury du moins son expression mnémotechnique..
Pour pouvoir dire « je », il faut d’abord être quelque part. Il est donc nécessaire de créer, d’organiser des lieux, de faire en sorte que des élèves puissent se les approprier et de charger ces espaces de significations qui invitent à travailler, à se repérer, à être en lieu sûr. Même dans un petit local quelque peu transformé pour telle activité, il s’agit d’un autre lieu.

Tout le réseau fait limite aux éventuels débordements de jouissances diverses et la loi se construit au fur et à mesure des autres constructions : si on prévoit telle organisation, les règles seront celles-ci...Quant au langage, il est présent tout le temps, tant dans les divers lieux de parole que dans tout l’usage du symbolique

Seulement pour l’école la PI ?

Les lecteurs voudront bien m’excuser de ma référence répétée à l’école. C’est le lieu où j’ai le plus tenté d’élaborer les pratiques de la PI.

Ailleurs pourtant, il est possible de la faire vivre et d’en vivre : dans certaines institutions d’enfants en grande difficulté sociale et/ou psychologique, toute la vie de la maison est construite à partir de l’éthique et des techniques de la PI [7].
Lorsque des animateurs de mouvements de jeunes me racontent les difficultés qu’ils rencontrent, il m’arrive souvent de penser qu’une formation à la PI leur donnerait des outils et les éclairerait quant aux modalités de leur positionnement.
Par ailleurs, dans des équipes d’adultes : groupes d’enseignants, personnel d’une ASBL, de lieux d’éducation permanente, j’ai tenté de me référer aux principes de la PI par ex. en clarifiant les temps pour... les lieux de ... les statuts, rôles et fonctions de chacun [8]
.
J’ai constaté que les conflits liés à des prises de pouvoir sauvages, à des relations duelles, sans la médiation d’un tiers(qui peut-être le travail, un projet, un règlement, une personne) ou à des débordements trop uniquement affectifs, se réglaient via le soin que l’on apportait à la création et à l’utilisation de toutes sortes de ces petites institutions devenues repères et limites.

C’est dire si ces trouvailles de F. Oury et de tous ceux qui, sur le terrain, continuent à affiner, ciseler, tailler la PI comme un diamant précieux, peuvent apporter des lumières dans tous les lieux où des humains, à l’intérieur d’une institution, doivent s’organiser ensemble, dans tels lieux, avec telles limites, en se donnant telles lois et en échangeant par le langage..
Les facettes de ce diamant sont celles d’une véritable révolution éducative parce qu’elles proposent un partage de pouvoir et placent chacun en situation d’agir plutôt que de subir, en situation de « pouvoir faire »

Noëlle De Smet

notes:

[1F.OURY et A ; VASQUEZ, Vers la Pédagogie Institutionnelle, Ed. Matrice, 1967 cité dans Dictionnaire encyclopédique de l’éducation et de la formation, Nathan, 1994

[2qui sera désignée par PI dans la suite du texte

[3On pourra lire avec intérêt son premier ouvrage : De la Classe coopérative à la Pédagogie Institutionnelle, F. Oury et A. Vasquez, Ed. Matrice(réédition)

[4Pour toute cette partie des « fondations », je m’inspire largement des formations suivies mais aussi de la plaquette éditée par le CEPI et Pédagogues contemporains, Jean Houssaye, Armand Colin, Paris 1996

[5 : faire d’enfants bolides des enfants « sym-bolides ». L’expression est de Francis Imbert. Si nous considérons la racine « bolein » qui veut dire « se lancer dans », nous voyons devant nous ces enfants-bolides qui se jettent un peu partout dans le temps, l’espace etc... sans bords ni structures. Si nous les menons vers le symbolique càd entre autres vers le langage en des lieux sécurisés pour l’y inscrire et l’y arrimer sous forme de parole pleine et non de bavardage ou de vague réponse à l’injonction à la mode « exprimez-vous », nous faisons du « sym », de la racine grecque « sun »signifiant ensemble. Autrement dit nous tentons de mettre ensemble des éléments épars de l’enfant-bolide et Imbert de jouer avec les mots... nous faisons du « sym-bolide » via toutes les petites institutions devenues lieux symboliques où accrocher son désir.. d’être humain, d’apprendre, de se valoriser etc...

[6Jean Houssaye, Pédagogues contemporains, A.Colin, Paris, 1996

[7Par exemple à Felaine, en Belgique

[8D’après F. Oury,

statut = ce qui est, par ex. la position dans l’institution, le groupe

fonction = ce qui agit, par ex. les responsabilités liées au statut, à la position à tenir

rôle = ce qui se joue, par ex. la manière d’habiter la fonction qu’on occupe ou le pouvoir qu’on a pour un temps. L’exercice des fonctions et des rôles crée le statut qui n’est toutefois jamais acquis définitivement ( dans J. HOUSSAYE, Pédagogues contemporains, Armand Colin, Paris, 1996