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J’ai écrit mon parcours de vie avec mon fils et mon ex-mari. Je suis très fière de ce texte construit en famille, car nous avons pu partager des éléments de nos vies parfois durs, parfois joyeux. Mon fils a découvert mon histoire scolaire et j’ai appris le point de vue de mon fils sur la sienne. Un dialogue s’est installé entre nous et avec force.

Je suis née à Liège en 1971, dans un milieu plutôt défavorisé financièrement. J’aimais aller à l’école, mais j’ai eu des difficultés à suivre ma scolarité en primaire dans l’enseignement spécial, notamment pour des problèmes d’intégration avec les autres.

En effet, je n’avais pas toujours les moyens de faire des choses comme tout le monde (m’acheter des vêtements que j’aimais, par exemple). Des élèves se moquaient de moi. Je me suis protégée des autres et, quand cela devenait trop dur pour moi, je restais à la maison pour aider ma maman au lieu d’aller à l’école.

Se battre pour moi
De plus, je n’ai pas eu son soutien ou celui de ma famille au niveau scolaire parce que cela semblait être difficile pour eux de suivre le niveau d’apprentissage à l’école. Ma mère n’a pas fait d’études. Elle n’a donc pas de diplôme. Et elle était seule pour m’élever. Mais je n’avais pas honte de ma maman car je l’aimais et je sais qu’elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour moi.
Et puis, il y avait tous nos problèmes d’argent. On se protégeait des menaces extérieures, des « contrôles » sociaux aux contrôles financiers, comme on pouvait. Je regrette simplement que les services sociaux ne nous aient pas soutenus davantage.
Cependant, ma mère était militante au mouvement ATD Quart-Monde. Et cela a toujours été une véritable aide dans notre vie, aussi bien pour elle que pour moi actuellement. En effet, le mouvement est un endroit où chacun peut échanger ses expériences de vie sans être jugé et où chacun apprend à s’exprimer pour mieux se défendre, pour mieux lutter. Je pense qu’elle se sentait moins seule et plus en confiance. Pour ma part, je considère le mot « Quart-Monde » comme synonyme de fierté car le mouvement m’apporte beaucoup.

Moi, dans toute cette situation, je me sentais différente, mais pas dans le sens négatif. J’étais malgré tout fière de ma maman et donc, relativement bien avec moi-même.
Heureusement, j’ai eu la chance de rencontrer quelques professeurs qui m’ont aidée et soutenue durant toute ma scolarité secondaire dans l’enseignement professionnel. Cela m’a permis d’obtenir un diplôme de coiffure. Mais mon parcours sur le marché de l’emploi m’a amenée à travailler à l’Aide et Soins à Domicile de Liège comme garde-malade à trois quarts temps. Je suis très fière de mon parcours, car j’ai poursuivi de nouvelles études. Et puis, je suis en contact avec des personnes dont la vie est difficile (maladie grave, solitude, pauvreté, etc.). Je me sens très utile.

Se battre pour mon fils
Aujourd’hui, j’ai un fils. Il est né en 1994. Je l’élève seule. Contrairement à moi, mon fils n’a jamais aimé l’école. Dès la première primaire, je devais l’encourager systématiquement, presque faire tous ses devoirs à sa place et lui dire souvent : « L’école est obligatoire et si tu veux un beau métier plus tard, tu dois réussir à l’école. »
Je me suis beaucoup battue pour garder le moral car il trouvait tous les jours des excuses pour ne pas aller à l’école : « J’ai mal au ventre ! » ou « J’ai mal à la tête ! ».
Un jour, son institutrice de primaire m’a appris qu’il ne savait pas lire. En effet, il retenait tout par cœur sans comprendre ce qu’il retenait. Peut-être est-ce cela qui l’ennuyait ? Alors, je lui ai appris à lire au moyen de jeux. Un de ceux-ci consistait à créer un mot à l’aide de petits papiers découpés sur lesquels j’avais écrit des syllabes. Je pense que cela l’a aidé durant toute sa scolarité, car il appréciait ces jeux. En effet, lors de sa première année secondaire, il a tout de même obtenu une moyenne de 90 % et ça a été une grande fierté d’aller montrer son bulletin à toute la famille.
Malheureusement, c’est encore plus dur en secondaire pour lui, car il ne sait pas ce qu’il veut faire comme métier et les professeurs sont moins disponibles qu’en primaire ; il n’y a que trois réunions de parents par an et il est difficile d’avoir des discussions avec les professeurs en dehors de ces réunions.
De plus, mon fils est maintenant un adolescent. Cela devient donc de plus en plus difficile de dialoguer avec lui. Je le trouve plus indifférent et têtu. Par exemple, ce n’est que lorsque je tombe en larmes qu’il se rend compte d’un problème.

Toutes ces difficultés se sont fait ressentir à l’école lorsque moi et mon fils avons été convoqués dans le bureau de la sous-directrice. Il avait trop de notes à l’ordre et d’exclusions aux cours. De plus, il a fini par avoir une journée de renvoi. J’ai été très déçue et les solutions proposées étaient difficiles pour mon fils et ma famille : un plus grand contrôle des professeurs sur son attitude face à son travail à l’aide de fiches de comportement.
Je sais qu’il est difficile de maintenir le dialogue avec un adolescent ou avec l’école. Mais, je suis assez fière d’avoir réussi mon parcours personnel et de maintenir un niveau scolaire satisfaisant à mon fils qui n’a pas redoublé une seule fois ! Il est maintenant en 2e secondaire général.
À présent, ses points ne sont pas élevés et il ne sait toujours pas encore ce qu’il veut faire. Mais j’ai l’espoir que mon fils trouve sa voie, un métier qui lui plaise malgré les difficultés économiques actuelles. Je continuerai à tout faire pour le soutenir, maintenir un niveau scolaire satisfaisant et solliciter le dialogue avec lui et l’école.