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Dans les écoles, il y a des garçons aux cheveux longs et des filles en pantalon…, mais la question de la domination symbolique des hommes est laissée en jachère et toutes les inégalités poussent sauvagement.

Ce que l’école attend sans le dire : soumission, écoute et travail inconditionnel  ; soin, attention et respect des consignes  ; sentiment d’infériorité et acceptation de cette place  ; humilité et abnégation  ; obéissance et modestie. Les femmes se reconnaitront. Ou pas.
Ce que l’école attend sans le savoir : si tu veux vraiment réussir, n’accepte pas cette convention, prends des risques, sois un peu impertinent, prends des libertés avec les limites.
Ce que l’école fait : décourager les filles qui transgressent, être plus conciliant avec les garçons. Une fille qui ose est une dévergondée, un garçon qui se soumet est trop scolaire.
Une fille qui est scolaire n’a pas d’ennui et réussit bien. Mais, on le lui reprochera ensuite, en lui conseillant des études pas trop exigeantes, parce qu’elle est trop scolaire. Un garçon trop scolaire prend le risque de rater.

Vous réussirez mieux à l’école…

On ne peut rien changer si on n’a pas pris conscience de la domination symbolique des hommes sur les femmes. On ne peut rien comprendre aux dominations symboliques tant qu’on n’a pas compris, pour soi, que la domination des hommes sur les femmes est à l’œuvre partout, tout le temps, et depuis si longtemps qu’elle est la matrice de toutes les autres dominations symboliques. Essentialisée, elle est présente dans le langage, dans l’écriture, dans les rapports sociaux, affectifs et sexuels, de la famille à l’organisation des sociétés, jusque dans le déni de son existence.
Dire bonjour et au revoir  ; dire s’il vous plait et merci  ; être ponctuel  ; être poli  ; faire ce que le maitre dit de faire (devoirs, actions, partir pour la récré et la fin de l’école)  ; ne pas répondre au maitre (ne pas être impertinent) [1].
De plus, il parait surtout indéniable que l’impact d’une formation à cette compétence sociale génère des résultats plus importants pour le public féminin formé. Cette tendance va dans le sens d’autres études et notamment celle de D’Arripe-Longueville, Gernignon, Huet, Winnykamen et Cadopi (2002), qui montrent que les filles en situation de dyade qu’elle soit symétrique ou non (en EPS) coopèrent davantage que les garçons [2]. 
Il s’agit dès lors de faire de la classe, de l’école, et c’est un important travail quotidien, un espace social de résistance aux dominations symboliques et de reconstruction d’un monde juste [3]. 

La mise bout à bout de ces trois extraits montre qu’il s’agit d’une lutte de tous les instants.

En tout cas au début  !

Sur soi, comme enseignant, homme ou femme, parce qu’il faudrait pouvoir avoir cette attention constante à ne pas renforcer ces stéréotypes. Par exemple, ne pas réagir plus vite pour les filles qui transgressent, ne pas souligner spécifiquement le soin chez les filles et le contenu intéressant chez les garçons, et même plus encore veiller à développer le soin et le respect des consignes des garçons et l’audace sur le contenu chez les filles.
Dans la classe, dans la cour de récréation, dans les contenus des cours, dans l’évaluation, dans les commentaires des conseils de classe, en ne laissant rien passer qui assigne les unes et les autres à l’acceptation de ces dominations symboliques.
Parce que tant qu’on acceptera la persistance de cette domination symbolique là, celle qui nous implique toustes chaque jour directement et pas seulement comme chevalier blanc, nous ne serons pas pleinement capables de comprendre ce que signifie vraiment faire de la classe un espace social de résistance aux dominations symboliques et notre insistance à révéler d’autres dominations symboliques ne sera qu’une échappatoire qui nous permet de ne pas nous impliquer nous-mêmes comme porteur de domination. 

ps:

B. Roosens, « Dimension de genre et pratiques enseignantes », 2015. https://goo.gl/qNjwW9

notes:

[1S. Morlaix, « Les compétences sociales : quels apports dans la compréhension des différences de réussite à l’école primaire  ? », Les documents de travail de l’IREDU, n° 2015-2, janvier 2015

[2N. Epinoux et L. Lafont, « Développer les compétences sociales par l’apprentissage coopératif au collège », Formation et profession.

[3« Extrait du rapport du Groupe de Travail « Nouvelles compétences » », Pacte pour un enseignement d’excellence, p. 14 à 24, 30/5/2016.