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Accueil / La deux / Archives Publications / Apprendre à l’école... oui mais quoi ? / Have you got a competent* knowledge of the language ?

La méthodologie de l’enseignement des langues étrangères a connu bien des évolutions depuis quelques décennies. Il n’est quand même pas si lointain le temps où l’apprentissage d’une deuxième langue se faisait uniquement par l’intermédiaire de textes littéraires, peu en prise avec la langue parlée . C’est très clairement l’approche communicative de la langue qui a pris le pas et c’est bien dans cette ligne-là que s’inscrit le document adopté par le Parlement de la Communauté française et ayant pour titre ‘Compétences terminales et savoirs requis en langues modernes’

Apprendre une seconde, une troisième voire une quatrième langue à l’école est un défi redoutable. Employer un mot de vocabulaire dans une autre langue est bien plus qu’une simple ‘translation’ dans la langue cible, le ‘simple’ fait d’utiliser un mot dans une autre langue demande un processus d’apprentissage complexe. [1]

La date butoir de 2001 est à nos portes et les professeurs de langue ont encore en mémoire le bilinguisme ‘décrété’ par Onkelinx : « nous consacrons des moyens humains importants à l’enseignement de langues. Les résultats restent insuffisants. (...) Par étapes, l’objectif du bilinguisme complet est fixé en 2001 ». [2]
Autant dire d’emblée que cet objectif ambitieux n’est pas atteint, tout simplement parce qu’irréaliste et inatteignable, en tous cas sans s’en donner les moyens. Et puis essayez seulement de mettre deux profs de langues d’accord sur la notion de ‘bilinguisme complet’ ...

Le texte sur les « compétences terminales » récemment adoptée précise dans un premier temps les compétences de communication (stratégiques, sociolinguistiques et socioculturelles) à mettre en œuvre en distinguant chaque fois les aptitudes que l’on retrouve traditionnellement dans l’apprentissage des langues, à savoir, la compréhension à l’audition et à la lecture, l’expression orale et écrite. En second lieu, on présente les connaissances lexicales et les fonctions de communications à acquérir.
D’une manière globale, beaucoup d’enseignants se retrouveront dans ce document même si l’on pourrait déjà ici formuler certaines critiques : légèreté des contenus lexicaux et des champs thématiques se confinant au B.A.BA du touriste. Plus grave encore, aucune référence n’est donnée quant à l’évaluation à mettre en place pour rencontrer ces objectifs.

Tout ceci nous amène à nous situer par rapport à deux questions.

Les élèves auront-ils une meilleure formation en langues que leurs aînés ? On peut l’ espérer car cette approche de l’enseignement d’une langue étrangère n’institue pas la langue en objet mais bien le langage comme une activité. Pour cela, la formation initiale des enseignants doit rester de qualité - et nous estimons qu’elle l’est - mais la préparation à l’enseignement (méthodologie, didactique) reste déficiente. Trop peu d’heures de stages en classe, trop peu de place accordée aux méthodes actives qui centrent plus la pédagogie sur la mise au travail de l’élève plutôt que sur une transmission frontale des savoirs. Comment apprendre à communiquer ? Pour quoi ? Apprendre une langue, c’est bien entendu écrire, lire, parler, écouter dans cette langue mais c’est aussi créer, rêver, faire des projets. C’est donc une démarche sur le sens de ce qu’ils font qu’il nous faut proposer aux élèves. Quitter pour la première fois sa langue maternelle, se décentrer, c’est s’apercevoir qu’il y a autant d’approches de la réalité qu’il y a de langues et de cultures et donc s’ouvrir aux autres et au monde.

Plus fondamentalement nous pouvons nous poser la question de savoir si ce document est à même de changer les pratiques d’un enseignant en langues étrangères ?
Nous en doutons fortement. De quelle façon les profs vont-ils être associés à la mise en place dans les programmes de ces compétences terminales ? Comment faire en sorte que les profs adhèrent à ce projet et décident de travailler ensemble ? Quels moyens seront mis à la disposition des équipes pédagogiques en place pour s’approprier le document ? Et puis assurez-vous de bien manier le jargon qui passe des compétences langagières aux aptitudes linguistiques, des champs thématiques aux intentions de communication familières (sic) ! Un sérieux travail de clarification de ces nouveaux termes devra être entrepris si on veut éviter qu’ils ne deviennent incompréhensibles. [3]

Le document se garde bien de répondre à ces questions et pour l’instant, on nous a simplement signalé sans conviction que ces compétences terminales seront d’application en septembre 2001 (décidément, les profs de langue ont rendez-vous avec le troisième millénaire) ! Les réactions observées nous font émettre les plus grandes réserves quant à une quelconque prise en considération de ce document.
Une réforme ne s’improvise pas, les personnes concernées doivent pouvoir s’imprégner, digérer ce qu’on leur propose. Or, jusqu’à présent, la formation continuée s’est révélée très lacunaire, ce qui n’est pas de bon augure. Nous estimons qu’il faut investir massivement dans la formation des professeurs amenés à changer leurs pratiques si l’on veut que ces réformes aboutissent à former des élèves capables de manipuler les langues de façon satisfaisante à la fin de leur rhéto.

notes:

[1Ainsi, dans le titre de cet article, « competent » est un faux ami et signifie « satisfaisant ».

[2‘Quarante propositions pour l’enseignement obligatoire à la rencontre du désirable et du possible’ Proposition 12, 1996.

[3Le terme ’compétence’ lui-même ne peut être que source de confusion pour les profs de langues qui jusqu’à présent l’utilisaient en parlant des quatre compétences en langue (écouter, lire, écrire et parler).