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C’est fait ! Le mercredi 15 mars à 12 heures, tout est terminé. Nous pouvons enfin ouvrir notre exposition : les dinosaures et nous.

Une histoire qui vient de loin

Pour en arriver là, ce fut en effet, une longue histoire. Une longue histoire d’amour entre les enfants et les dinosaures.
Depuis très longtemps, nous possédons dans notre bibliothèque « Dinosaures et détritus ». Les enfants me réclament souvent cette histoire, ils s’intéressent aux animaux préhistoriques et à la tribu des malotrus.
Un matin, Pierre-Yves arrive en classe très excité. Il apporte une photo de dinosaure et un article, découpé dans le Ligueur, qui parle d’une exposition qui se tient à Bruxelles. Je dois absolument lire ce qui est écrit. La photo passe de mains en main.
« Et si on y allait ? » lance Mathieu.

Une histoire qui mène loin

Banneux est bien éloigné de Bruxelles et notre directeur bien difficile à convaincre. « Les enfants sont trop petits. Ils vont avoir peur. Cela ne les intéresse pas ».
Mais nous en avons tellement envie que nous revenons régulièrement à la charge et il finit par accepter. Nous partirons donc, les trois classes maternelles et la première année.
Nous voici à Bruxelles, au musée des Sciences Naturelles. Et là, nous découvrons nos amis. Ils sont grands, ils sont gros, ils bougent, ils font du bruit. Cécile et Caroline me prennent par la main.
Nous n’avons pas assez de nos deux yeux pour tout voir. Les enfants sont trop petits pour pouvoir caresser ces géants, alors je les porte à bout de bras. Je ne les reconnais plus. Ils vont avoir peur, disait-on !
Tous, les petits, les timides, ceux qui n’ont pas d’animaux à la maison, tous veulent caresser, sentir, toucher.
Je n’en finis pas de devoir raconter : « Comment il s’appelle ? Et celui-ci ? Qu’est-ce qu’il mange ? Est-ce que celui-là est méchant ? »
Mathieu, Julien, Loïc, Steve et Pierre-Yves montent à l’étage et, se couchant sur le sol, poussent leurs mains le plus loin possible pour essayer de caresser une tête. J’ai du mal à rassembler tout mon petit monde, mais il faut laisser la place à d’autres écoles. Nous allons voir les squelettes. Mes enfants sont toujours aussi intéressés. Ils n’arrêtent pas de poser des questions. Nous achetons le livret documentaire, et en route pour Banneux.

Une histoire qui va plus loin

Le lendemain midi, nous avons déjà les photos de notre voyage à Bruxelles. On se rappelle les dinosaures, les féroces, les gentils, les herbivores... On dessine, on peint, on écrit, on imprime, on cloue, on travaille la terre, on fait du papier mâché, on bricole, pendant des jours et des jours. On réunit des documents, des livres, Julien apporte un article de journal.
Nos dinosaures deviennent de plus en plus ressemblants. Certains des enfants se spécialisent : Léa pour les diplodocus, Fanny choisit les tricératops et Mathieu les iguanodons. Loïc, qui n’aimait pas dessiner, y prend gout grâce aux dinosaures.
Qu’allons-nous faire de toute cette production ? « Et si on mettait ensemble tout ce qu’on a fait pour montrer aux parents ? L’idée vient de Julien.
Il faut trouver un endroit pour exposer. Dans la classe, ce n’est pas possible mais il existe un petit coin près du bureau du directeur.
Tao et Lou vont demander l’autorisation. On aménage le coin. On prévient les deux autres classes maternelles : « Apportez tout ce que vous avez sur les dinosaures ».
On affiche les peintures, les dessins, on expose la documentation, les livres, les articles, les panneaux. On installe notre dinosaure géant en papier mâché, les petits en terre, même les pâtes à modeler.

Une histoire qui revient de loin

Annette, l’institutrice de la classe d’à côté, avait lancé une idée : « Et si les dinosaures revenaient ? » Et nous voici en train de réaliser un album avec nos rêves les plus fous : un dinosaure autobus, un dinosaure toboggan...
La réalité de l’édition dépasse notre fiction : trois jours plus tard, à la Foire du Livre, avec les collègues, nous avons trouvé un album Et si les dinosaures revenaient !
Notre exposition est terminée. Il fait un peu sombre. Le papa de Jérôme place quatre spots. Les parents peuvent arriver. Les enfants feront de bons guides.
Ce projet, vécu dans ma classe il y a quelques années, illustre en quelque sorte comment je conçois la démarche d’éducation artistique avec les enfants. Partir de leur intérêt, se mettre en projet, nourrir leur curiosité, faire appel à leurs sens, explorer les matières, s’initier aux techniques pour faire son choix, tâtonner... être à leur écoute, soutenir leur imaginaire et au quotidien, prévoir des moments et des moyens d’expression.
Les interactions entre enfants permettent à chacun de progresser, d’avoir le regard du pair (différent du regard de l’institutrice), les commentaires de ce dernier. Ce qui provoque pour l’enfant une mise à distance et un regard nouveau sur son travail. Quant aux réalisations collectives, elles supposent de faire place à l’autre, négocier, se mettre d’accord... Mais quel bonheur quand ensemble, on a laissé une trace qui nous représente !