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En ce temps-là... il s’agit d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaitre, comme dirait Aznavour, l’accueil de l’enfant allait de soi.

Il ne s’agissait pas d’une activité parallèle, indépendante de l’activité scolaire et éducative. On avait affaire à une activité intégrée, continue, transversale, très efficace, agissant tant sur le milieu de vie que sur le milieu de classe. Le titulaire de classe et l’éducateur étaient de véritables collaborateurs. Ils étaient complémentaires. L’instituteur enseignait et s’investissait dans l’œuvre éducative entreprise par les parents et les éducateurs. L’éducateur éduquait et s’investissait dans le travail scolaire, répondant ainsi aux attentes légitimes des parents et des enseignants.

Dans les centres de formation pédagogique, on entendait : « Vous êtes plus que des enseignants, vous êtes des éducateurs » ou « Vous êtes plus que des éducateurs, vous êtes les garants des parents en leur absence ».

Le grand Jules Ferry disait : « Vous vous devez d’enseigner comme si les parents de vos élèves étaient présents dans vos classes ». On pouvait aisément transposer cette idée chez les collègues éducateurs. On pouvait retrouver cet idéal en filigrane de toutes les activités dont l’accueil des enfants avant, entre et après les périodes de classe.

Une collaboration

Le matin, l’instituteur arrivait une demi-heure avant le début des cours. Il se rendait immédiatement dans le milieu de vie des enfants. C’était dans une ambiance de convivialité qu’il apprenait que le petit M. avait eu des difficultés pour son devoir, que L. avait réalisé un magnifique dessin, que H. avait écrit une carte pour l’anniversaire de sa maman, que P. était à l’infirmerie, etc. Toutes des informations des plus utiles et des plus pertinentes. Quinze minutes avant le début des cours, l’instituteur rejoignait sa classe afin d’y préparer l’accueil des enfants. C’est l’éducateur qui amenait les enfants en classe. Ensemble, ils installaient les enfants.

Le tout à l'heure

« Quel est le programme aujourd’hui ? Ah, il y a une leçon de grammaire à 10h30. Si tu es d’accord, je viendrai y assister pour voir comment tu fais et aider ainsi M. qui a des difficultés. »
L’éducateur assistait l’enseignant et assistait aux cours plusieurs fois par semaine. Il était donc parfaitement au courant de la méthodologie et de la pédagogie utilisée, il était témoin, comme l’instituteur, des comportements de chaque enfant en classe et hors classe. Des actions communes pouvaient être entreprises en connaissance de cause.

À midi, c’est l’enseignant qui conduisait les enfants dans leur milieu de vie. Il partageait leur repas et assistait tout naturellement son collègue éducateur. L’après-repas était un moment extraordinaire où les enfants découvraient leur instituteur dans un contexte totalement différent de celui de la classe : jeux, sports, bricolages, préparation de fêtes, promenades, etc. À 14h, l’instituteur regagnait la classe avec ses élèves.

À 16h30, fin de journée, l’instituteur conduisait à nouveau les enfants vers leur milieu de vie. Il faisait part à l’éducateur des travaux à réaliser, des difficultés de certains, du temps maximum à y consacrer, etc. Vérification de concert si les enfants ont tout le matériel nécessaire. Une petite tasse de café. Au revoir les enfants, à demain.

Le mercredi après-midi, il y avait cours jusqu’à 15h00. Alors, ensemble, on partait de 13h30 à 16h30 pour des visites, des rencontres sportives ou des ateliers. Le vendredi était la veille du retour à la maison. Alors, dès 16h30, c’était le bain pour tout le monde. Cela nous menait vers 18h00. Il n’y avait pas de devoir ce soir-là. Pas d’activités extérieures non plus. Il fallait au moins rester propre jusqu’au départ du lendemain.

Une culture

Il faut dire qu’en ce temps-là :

  • les prestations (+/- 40h) s’étendaient de 8h00 à 17h00 sauf mercredi jusqu’à 15h00 et samedi jusqu’à 11h10 ;
  • presque tous les enfants étaient internes ;
  • la majorité des enseignants étaient au moins partiellement internes (obligation de résider dans un rayon de 5 km de l’établissement) ;
  • les milieux de vie regroupaient les enfants d’une ou de deux classes ;
  • les milieux de vie se trouvaient à proximité des classes ou sur le chemin pour s’y rendre ;
  • enseignants et éducateurs fonctionnaient de pair ;
  • parents, éducateur et enseignant formaient un trio solidaire.

Le progrès social a fait diminuer le temps passé par les enseignants avec les enfants et c’est tant mieux. N’empêche que je garde la nostalgie de ces années qui font partie des meilleurs souvenirs de ma carrière d’enseignant. C’est pendant ces années que j’ai appris le plus. C’est sur elles que j’ai bâti une culture d’enseignant-éducateur où l’accueil, notamment, fait partie d’un tout qui va de soi. L’accueil de l’enfant ne mérite pas d’être laissé à des techniciennes de surface, à des ALE, à des chômeurs de longue durée, à des pensionnés, à toutes ces personnes qui font pourtant de leur mieux. Elles font ce qu’elles peuvent. Il faudra lutter pour ce qu’on VEUT et non se satisfaire de ce qu’on PEUT.