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C’est du parking ce qu’on fait !

Il n’y a pas de statut pour les gardiennes dans les écoles. Les gens qui travaillent là-dedans c’est par accident, soit pour retourner sur le circuit du travail, soit des jeunes (parfois diplômés) qui postulent ailleurs. Il y a aussi les « anciens », complètement saturés, qui se plaignent que les enfants ne sont plus comme avant, qu’ils n’ont plus de politesse… mais on ne dit pas ce qu’est la politesse !

L’école a fait passer un appel dans les journaux de classe pour engager du personnel de garderie. Elle engage aussi des ALE, même pour les maternelles où il y a quand même l’obligation d’avoir une puéricultrice.

Moi, j’ai commencé pour récupérer les droits au chômage, dans le cadre de l’article 60. J’ai ensuite chômé pendant un an puis on m’a reproposé un mi-temps. Je gagnerais autant pour moins de travail si j’étais ALE !

C’est une école assez petite. À midi, les enfants sont répartis dans plusieurs locaux ; le soir, après un passage dans la cour, les primaires vont à l’étude où les surveillants font les devoirs.

Le problème c’est que, quand un enfant a fini l’étude, il débarque chez moi (je m’occupe des 3e maternelles) : de 15 à 20 enfants au début, je peux me retrouver avec 30 ou 40 enfants qui arrivent au compte-goutte.

À un moment donné, quand l’étude est finie, on se retrouve tous ensemble. Les surveillants se mettent en rang d’oignons sur l’estrade et c’est la pagaille. Les petits (1e et 2e maternelles) montent aussi plus tard, à 17 heures et demie. Les parents se plaignent du bruit dans les locaux. Certains d’entre eux, qui font partie de l’association de parents, ont demandé au directeur d’au moins séparer les petits.

Artiste et bricoleuse

J’ai donc la possibilité de faire une activité entre 15h45 et 16h30. Avant et après, ce n’est pas possible. Maintenant j’essaie de négocier que les autres surveillants descendent avec leur groupe au complet à 17 heures.

Je ne vois personne d’autre organiser une activité, ils ne sont pas éducateurs, ils ne savent pas faire un jeu de groupe ; moi non plus, mais je fais autre chose. Ils disent que c’est un moment où les gosses peuvent souffler mais ils demandent le silence.

J’essaye de créer un espace artistique, individuellement, de manière assez spontanée, au senti. Si tu vois ça comme la construction d’une maison, t’es encore dans la cave : montrer un livre, découvrir un peintre, tenir un pinceau… Parfois, j’organise le suivi d’une activité artistique sur plusieurs jours. Quelques-uns dessinent librement, pendant ce temps, j’en prends 3 ou 4 pour faire de la gouache. Mais l’activité n’est pas que l’activité, il y a aussi les sorties pipi, les allers-venues des parents,…

Déplacer l'idée de parking

À partir du moment où il n’y a pas de réunion, pas d’espaces de paroles, pas de locaux, pas de matériel pour les surveillantes, c’est un peu difficile de mener des activités. Il n’y a pas de compte rendu, pas de demande, pas de contrôle (ou un contrôle d’absence de boulot).
Je suis « l’artiste » et ça arrange tout le monde. Quand j’arrête les activités, je ne me mêle pas aux surveillants sur l’estrade, je reste au milieu des enfants, je voyage un peu, je leur lis un livre, je joue aux cartes… L’école nous a proposé une formation mais je n’y ai pas appris grand-chose, peu d’idées pour organiser du neuf.

Coups de gueule, coup de pouce

L’autorité ? L’autorité ça vient de l’autre, les gosses savent à qui demander. Il faudrait peut-être arrêter de crier, trouver autre chose. Pourquoi crier ? Quand un prof arrive à se faire obéir facilement, on dit que c’est parce qu’il a les punitions qui vont avec. Il faut faire déplacer cette position, construire sur autre chose que la surveillance et l’ordre. Les profs sont du côté du savoir, nous pas. Il y a pour certains surveillants une jalousie de statut. Quand il y a les fêtes de l’école, les bénéfices sont pour les profs, pas pour les surveillants. On y participe pourtant beaucoup et bénévolement. En plus, les rapports avec les instituteurs ne sont que de l’ordre de l’intendance, on ne connait pas la scolarité d’un petit.

Ce qui est éprouvant, ce ne sont pas les gosses mais le système, le manque d’investissement des autres. Certains vivent sur des légendes comme « J’ai fait beaucoup, maintenant je n’ai plus rien à donner ». Il y a parmi les surveillants des chefs officieux, des référents, qui gèrent le matériel, qui savent,… souvent suivant le critère d’ancienneté. Mais je n’investis surement pas dans les autres non plus, je n’ai pas une âme de direction. Pourtant, il y a une bonne volonté, il faudrait juste un petit coup de pouce.