Je me suis fait plaquer pour mieux plaquer mon ex (école)

Faire rupture avec ses années passées comme élève sur les bancs de l’école c’est un peu comme tenter de quitter une histoire amoureuse. On sait que ça ne va plus, mais on ne sait pas comment le dire, comment faire autrement, jusqu’au jour où…

Tenter la rupture à l’école c’est un peu comme vivre une nouvelle histoire amoureuse après une rupture qui a été difficile, qui n’a pas été choisie. À condition d’avoir trouvé les outils et/ou personnes qui permettent cette nouvelle manière de faire, de vivre. Mais surtout, après avoir accepté qu’en fait la rupture était inévitable. Voire même qu’elle était nécessaire. Nécessaire, car là où on se disait que tout allait bien, en fait, pas mal de choses n’allaient plus. Et qu’en fait, on le savait, mais on n’avait jamais voulu l’accepter. La rupture amoureuse devient alors, après ce travail et une nouvelle rencontre, une libération. Libération qui permet d’éviter de reproduire la même chose, qui permet une véritable rupture.

Nier l’évidence

Au fait, ce qui est vrai pour l’amour l’est peut-être aussi pour l’école. Retour en arrière. Nous sommes au début des années nonante. Je suis inscrit dans ce que mes parents et moi nous pensons être la meilleure école du Nord-Ouest de Bruxelles. On y impose encore un uniforme. On prépare à l’université. Il n’est pas question de parler ici de collectif, d’alternatif ou de citoyenneté. On y fait des maths fortes, des sciences exactes, des sciences économiques et du latin sinon on fait partie, comme moi, des nuls qui suivent le cours de sciences sociales. Sortes d’« exclus de l’intérieur » ou de « plaqués par l’école », le prof de sciences sociales, M. Giolo, travaillait quasi toujours à partir d’un article du Monde Diplomatique. Pourtant, à l’époque, ni Serge Halimi ni Ignacot Ramonet ne m’ont permis de faire la rupture avec cette équipe de profs, avec cette école. Tant que j’y étais, je niais certaines réalités difficiles à accepter. Je refusais de voir ce qui pourtant était évident. Ça ne marchait plus depuis longtemps et, pourtant, j’y restais. Un peu comme dans cette histoire amoureuse…

Le Monde Diplo à la source

Ce n’est que lorsque je remets les pieds dans une école par hasard, cinq ans après la fin de mes études secondaires que, doucement, mais surement, la rupture et la libération deviennent possibles. Des heures de français/sciences humaines données à l’arrache, avec pour seul bagage ma formation de journaliste presse écrite, dans une école des plus difficiles du Nord-Ouest de Bruxelles, à ma rencontre, pendant mon CAP (Certificat d’aptitude pédagogique) avec Miguel Llorreda alors mon prof, j’ai fini par commencer un travail d’acceptation de la nécessaire rupture avec ce que j’avais vécu à l’école. Le risque de reproduire ce que l’on a vécu pendant son propre parcours scolaire est grand lorsqu’on devient prof. La rupture est nécessaire. Les élèves que j’avais en face de moi me disaient quelque chose, certes en général, la forme n’était pas la meilleure. Mais ils me parlaient là où j’avais été silencieux sur les bancs de l’école. Ensemble, la rupture pouvait donc se faire. Rompre avec cette école qui avait déjà tout décidé à ma place, qui ne proposait qu’une seule manière de donner cours, de voir l’école. Inventer une autre manière de faire. Passer de l’élève passif à l’élève actif. Former des jeunes non pas exclusivement pour le marché du travail (qui risque en plus de les en exclure), mais capables de participer activement et de manière critique à la société de demain. À bien y réfléchir, c’est peut-être bien ce prof qui nous faisait lire le Monde Diplo » qui a été à la source de ce qui m’a poussé à plaquer mon ex (école).