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Cette année, je travaille pour la première fois dans une classe primaire à 4 niveaux, de la 3e à la 6e. Très vite, je me suis mis à la recherche d’activités qui permettraient de mettre tout ce monde au travail ensemble, autour d’une même tâche.

Vers une construction collective cohérente

C’est ainsi que, pour investir le domaine de l’orthographe et de la construction de courts textes narratifs, j’ai profité de la petite histoire de notre classe que nous écrivions à destination des parents et « pour ne pas oublier tout ce qu’on a déjà fait, les bons souvenirs et tout ça... »

Mémoire collective

Lundi matin, tout juste après l’accueil. Chacun des enfants s’installe et dresse au cahier de brouillon une liste d’idées pour notre journal de bord. Il s’agit de notre histoire collective, la trace écrite de ce que nous avons vécu ou réalisé, dans la classe ou en dehors, semaine après semaine [1]. Cette liste est copiée au tableau, explicitée oralement en quelques mots par l’enfant concerné, si nécessaire.
Je donne ensuite des contraintes : chacun écrira un court texte (3 phrases au moins), à propos d’un sujet choisi dans cette liste. Cette semaine, comme j’ai remarqué que le plus souvent, les productions consistent en une juxtaposition de phrases sans liens entre elles, je demande que, cette semaine, une des phrases contienne le mot « ensuite »... [2]

Orthographe à sa mesure

Au cours de cette phase d’élaboration des premiers jets, l’hétérogénéité dans la classe devient un atout. En effet, l’objectif est d’arriver à produire des courts textes, qui seront copiés au tableau par leurs auteurs. Les aînés de la classe auront un rôle important à jouer dans l’encadrement des plus jeunes afin d’assurer un rythme de travail satisfaisant. En effet, si toutes les productions devaient passer par moi, cela générerait de nombreux temps morts. Mon rôle dans cette phase est plutôt d’être disponible pour régler l’un ou l’autre cas litigieux, pour relancer un élève à court d’inspiration...
Chaque élève dispose d’un dictionnaire différent selon l’année d’étude. [3] Un répertoire orthographique propre à chaque élève se trouve également sur la table, dans lequel figure entre autres une liste de mots outils usuels. Aucune erreur orthographique pour ces mots-là !
Lorsque les textes sont produits, les aînés s’échangent leurs textes pour vérification, et se le corrigent en utilisant le code de la classe, en référence aux répertoires orthographiques personnels : (1) = erreur de ponctuation, (2) = erreur d’accord dans un groupe nominal, etc.
Les plus jeunes présentent également leurs textes aux aînés qui les relisent selon une partie des critères, ceux qu’ils peuvent déjà maîtriser. Les erreurs sont corrigées et consignées ensuite dans le répertoire orthographique, à la page correspondant au numéro de code de l’erreur.
Lorsque les textes sont ainsi corrigés, ils sont recopiés au tableau. Cela finit par offrir un fameux patchwork parfois divergent, parfois complémentaire, parfois redondant. Nous prenons alors un temps de lecture. Chaque élève dispose ici d’un droit de veto. En effet, une fois le travail achevé, ces phrases retournent vers les familles et y sont lues. Ainsi, Mickaïl a demandé qu’on retire la phrase qui expliquait qu’il avait couru dans la boue pendant la promenade parce que « Je me suis déjà fait fâcher pour ça à la maison alors j’ai pas envie d’une deuxième fois ! »

Vers un texte cohérent

Nous reste alors la tâche de faire de tout cela, si possible, un seul écrit cohérent. Il s’agit d’une phase d’organisation et d’écriture collective orale, chaque proposition devant être justifiée : « Je propose qu’on retire cette phrase parce qu’elle est en double. Là et là, ils disent presque la même chose et on pourrait faire une seule phrase. »
« Il a écrit Elle mais on ne sait pas qui c’est, elle ! »
« Il faudrait commencer par cette idée parce que c’est la première chose qui s’est passée. »
« Pour passer du texte de Jimmy au texte d’Olivia, on change la première phrase d’Olivia et on ajoute Le lendemain. »
Pendant 10 à 15 minutes, tous les fragments sont brassés, modifiés, agencés collectivement, mais en demandant à chaque fois à l’auteur s’il est d’accord avec la proposition... ou s’il en a une autre.
Dans cette construction collective, les intuitions et savoirs de chacun peuvent trouver place et être intégrés directement à l’édifice s’ils sont jugés intéressants et/ou pertinents par rapport au texte.
Le produit fini sera copié au journal de bord tenu par chaque enfant dans un cahier réservé à cet usage, qu’il gardera jusqu’à la fin de la 6e année.
Pour la fin de la semaine, chacun mémorisera le texte, entièrement ou partiellement selon ses compétences définies par un plan d’avancement personnel [4], et en restituera une copie écrite correcte. Cette tâche de mémorisation sera menée pendant le temps scolaire, lors des moments de travail personnel et/ou en travail à domicile.
Les phrases produites servent également de corpus pour les recherches en grammaire ou conjugaison par exemple.

notes:

[1En complément à ce journal de bord, mémoire collective, chaque enfant dispose d’un cahier personnel, dans la ligne de celui proposé par Jacques CRINON (voir Le journal des apprentissages dans Echec à l’échec n°160 ou du cahier d’expériences proposé par LAMAP.

[2Cette contrainte est possible parce que le type d’écrit est narratif la plupart du temps et que le mot « ensuite » peut dès lors facilement convenir. Une autre fois, parce que les phrases s’y prêtaient, les enfants avaient écrit au futur... Une belle occasion de constater que le futur simple n’était pas le temps le plus utilisé !

[3Les dictionnaires « Eurêka » en 3e et 4e, un dictionnaire courant ensuite.

[4Lorsqu’un élève a pu restituer 1 phrase (10 mots minimum) sans aucune erreur, il le note sur son plan personnel. Après 3 réussites dans un niveau, il obtient la « ceinture » correspondant à ce niveau. Chaque niveau ici correspond à une phrase correcte de plus. Lorsqu’on a réussi à 3 reprises l’écriture de mémoire d’une phrase sans erreur, on passe à 2 phrases, et ainsi de suite. Peu importe l’année d’étude dont l’élève fait partie. Ainsi un élève de 4e peut très bien se donner l’objectif de travailler sur quatre phrases alors qu’un élève de 6e en préparera trois.