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Les médias belges francophones, autant en presse écrite qu’en télévision ou en radio, se sont précipités sur le classement de l’enquête Pisa de l’OCDE.

L’enquête de l’OCDE rapportait les résultats chiffrés du calcul des compétences en lecture, mathématique et science, des élèves de 15 ans issus de 32 pays parmi les plus riches du globe. Des résultats plutôt mauvais pour les jeunes francophones, au contraire de leurs homologues flamands. La nouvelle a fait grand bruit et on a vu fleurir dans les médias de nombreux titres qualifiant les élèves wallons de cancres et insistant sur la notion de (mauvais) classement... Une vague catastrophiste a semblé s’emparer d’une majeure partie du paysage médiatique. Cette vague a même submergé des publications qui nous avaient habitués à plus de recul, comme Le Vif/L’Express, alors qu’elle épargnait des médias qui ont pourtant la réputation de travailler dans l’urgence à l’instar du journal parlé de la RTBF.

Ce qu’ils en ont dit

Concrètement, en presse écrite, seul Le Soir propose un débat, en page « Forum », sur les réponses à donner suite à l’enquête. Les autres journaux, par contre, se concentrent sur la recherche des causes, offrant des réflexions aux profondeurs variables. Ainsi, durant plusieurs jours, La Libre Belgique alimente la discussion sur les origines du problème. Par contre, les journaux régionaux, comme La Meuse/La Lanterne ou Vers l’Avenir, proposent un simple compte rendu des chiffres le premier jour et concluent à la médiocrité de l’enseignement francophone, avant de revenir sur ces propos le second jour. En effet, après s’être rendu sur le terrain, ils rapportent que les cancres sont presque introuvables et que les méthodes de remédiation font merveille. La Dernière Heure/Les Sports est l’extrême du catastrophisme et de la non-distanciation. Elle présente l’enquête à la façon d’un fait-divers en court-circuitant la recherche des causes par la désignation d’un coupable : la télévision. L’hebdomadaire Le Vif/L’Express, quant à lui, reprend sans mise en perspective critique les résultats de l’enquête, qui s’imposent comme un constat indiscutable.

Pour ce qui est de l’audiovisuel, le journal télévisé d’RTL-TVI suit la tendance dominante et rapporte le « mauvais classement » de « nos cancres ». Une tendance qui sera nettement nuancée par la RTBF, tant en télévision qu’en radio, où l’idée de classer les élèves des différents pays n’est pas jugée significative. La RTBF préfère s’attarder à rechercher différentes pistes d’explication.

Sept points d’une analyse

Dans l’ensemble nous distinguons sept grandes tendances qui se dégagent de l’analyse de l’ensemble de ces médias.

Premièrement, une métaphore s’impose à presque tous les médias : le mauvais bulletin attribué au cancre qui porte le bonnet d’âne. Or, les métaphores sont une manière d’organiser la perception du monde. Derrière celle-ci, se cache donc la vision de l’école comme étant un lieu de sanction plutôt que de formation, de l’échec plutôt que de l’apprentissage. Le discours journalistique révèle ici combien l’école a gardé une image négative auprès de l’ensemble de la population.

Deuxièmement, une autre métaphore est omniprésente (soit par son emploi, soit par sa critique) : le classement, repris à la compétition sportive. La Flandre est sur les premières marches du podium et récolte les lauriers tandis que la Wallonie est en queue de peloton. Au-delà des stéréotypes nationaux qui sont ravivés par ces confrontations, revient l’image de l’école comme un lieu de compétition, qui classe les bons et les mauvais, distribue les récompenses et les mauvais points. Encore un stéréotype qui a la vie dure.

Troisièmement, les lieux de débats sont relativement rares et portent généralement sur les causes davantage que sur les solutions.

Quatrièmement, le traitement est très politique mais se centre sur des questions très pratiques voire ponctuelles et non sur des réflexions globales quant aux orientations politiques et idéologiques des décisions prises en matière d’enseignement.

Cinquièmement, la répartition des rôles est assez significative de ce traitement très institutionnel. Les ministres, M. Hazette principalement, ont un accès privilégié et important à la parole. Les acteurs de terrain sont peu présents dans les médias et leur avis est généralement très critique vis-à-vis des résultats qu’ils vont parfois jusqu’à démentir.

Sixièmement, une place très limitée est laissée à la critique de la méthodologie de l’enquête, à ses procédures, à son étalonnage. Son aspect scientifique est généralement donné comme incontestable. Les résultats sont acceptés comme vrais et définitifs.

Septièmement, de la même manière, aucune information n’est donnée sur l’émetteur du message. L’OCDE est parfois présentée en tant qu’institution mais sans jamais que soit mentionnée la raison pour laquelle elle commandite cette enquête, ni pourquoi elle la diffuse sous cette forme.

Où sont les valeurs ?

Au final il n’y a donc pas de critique fondamentale ni sur les conclusions de l’OCDE ni sur les orientations politiques générales en matière de « pédagogie des compétences ». Aucune réflexion de fond n’émerge sur le système éducatif puisque les questions soulevées concernent des problèmes ponctuels plutôt que des logiques globales. Les critiques s’expriment dans un cadre délimité par les choix institutionnels, c’est-à-dire que les décisions politiques concrètes peuvent être débattues (financement, méthodes, réformes pédagogiques...) mais jamais les orientations globales et les valeurs idéologiques qu’elles sous-tendent (un enseignement basé sur des compétences plutôt que sur des savoirs). L’enquête s’impose globalement comme légitime et ses résultats sont acceptés comme un constat peu discutable. Aucune question n’est d’ailleurs posée sur ce qu’est réellement l’OCDE, sur ses buts et encore moins sur ses orientations politiques et idéologiques (néo-libéralisme).