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Prendre la grille d’analyse par le bas, pour identifier les valeurs en tension ; choisir une catégorie, en remontant soit dans les questions de conflits de loyauté, soit dans les questions de choix de procédures ; et toujours, toujours, identifier le(s) niveau(x) d’analyse au(x)quel(s) la question se pose ; et toujours, toujours, se rappeler que l’autre s’y retrouvera ou pas…


Si la question de l’éthique se pose, c’est qu’il y a conflit sur les valeurs. Pas le genre de conflit pour lequel il suffirait de choisir A ou B, selon que nos valeurs valident A ou B, mais plutôt ce genre de conflit pour lequel une situation nous contraint à choisir entre A et B, alors que nos valeurs valident tout aussi bien A que B.
L’éthique implique le sujet en action qui relie un positionnement à ses conséquences. Il s’agit de prendre sa part de responsabilités, au nom de cette éthique, là où on est, dans ce qu’on fait.
Les questions éthiques nous inscrivent donc dans des tensions, des dilemmes, autrement dit, des conflits de valeur.
Et, parce qu’ils ne sont pas des questionnements à vide, ces conflits nous confrontent à des conflits de loyauté (à des personnes, des catégories de personnes, des institutions, des logiques professionnelles, etc.) et/ou de processus (que faire et comment ?).
Enfin, les conflits éthiques prennent des dimensions et posent des questions différentes, selon les niveaux d’analyse : une même question éthique peut apporter des réponses différentes, selon le niveau auquel elle se pose (pas les mêmes acteurs, pas les mêmes enjeux, pas les mêmes règles, etc.). Le modèle de Jacques Ardoino, par exemple, nous permet d’envisager différents niveaux d’analyse : individuel, relationnel, groupal organisationnel et institutionnel.
Ça ne nous dira pas quoi faire, mais ça nous aidera à savoir comment guider, accompagner les choix que nous posons, pour, à la fois, mieux les affirmer et continuer à les questionner, les ajuster, chercher à être au plus juste, en accord avec soi.
Paul Ricœur dit : « Au cœur des conflits éthiques, on trouve la tension entre affirmation de soi et reconnaissance d’autrui. » Cette tension les traverse tous. Elle nous rappelle combien les conflits éthiques dans lesquels nous nous trouvons renvoient à qui nous sommes (= connaissance, affirmation de soi), et à la manière dont nous prenons l’autre en compte ou sommes pris en compte par l’autre (= reconnaissance mutuelle). C’est le je (= le sujet) qui vit le conflit, mais le choix qui sera pris dira inévitablement comment l’autre est considéré. Notre action est interaction.