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Accueil / Publications / TRACeS de ChanGements / TRACeS 255 : Évaluation / L’évaluation avec les ceintures de la PI

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L’évaluation demandée, sommée, désirée, imposée, nécessaire, indispensable… Quelle évaluation utilisez-vous dans votre classe ?
Je réfléchis à cette question depuis que j’enseigne. Je me suis souvent fait cette remarque : on peut en faire une arme de destruction massive.

Dans ma classe à multiniveaux, en CE2-CM1-CM2 [1], je tente d’améliorer d’année en année, l’utilisation des ceintures par discipline.
Il m’a toujours été difficile de voir la classe comme un groupe homogène. Dès que je travaille avec un groupe, j’ai tendance à ne pas pouvoir faire attendre les plus rapides et je ne veux pas laisser, au bord de la route, les élèves en difficulté. Depuis toujours, donc, j’ai des pistes de travail à plusieurs vitesses. Je commence par cette remarque, car c’est au centre de l’outil de PI que je veux présenter : les ceintures par discipline. C’est un outil d’évaluation et de suivi, assez précis, des compétences acquises et à acquérir, mais il est au cœur d’une pratique différenciée des apprentissages au sein de la classe. C’est une remarque constante quand on parle d’outils de la PI : ils ne peuvent pas être sortis du contexte de la classe PI et appliqués ailleurs. La classe est un lieu de vie qui évolue et notre travail est bien d’adapter les outils, mais les outils de la PI ne peuvent pas être mis en place si l’ensemble des autres outils ne sont pas mis en pratique. Je ne veux ni faire croire que la PI est une secte ni faire croire que cet outil, que je pense génial, fonctionnera dans n’importe quelle classe.
Je passe donc sur le contexte de la classe PI, les instances de régulation et de décisions (conseil), les projets coopératifs (sorties, albums, journal…), l’accueil de la parole de l’enfant, les temps de travail autonomes, sans oublier, pour mener tout ça, le travail d’écriture de l’enseignant, au sein d’un groupe de PI pour questionner ses pratiques et les mettre en perspective. Et bien d’autres choses encore, je ne peux pas résumer la classe PI en quelques lignes.

Description du dispositif

Les ceintures de disciplines, se présentent sous forme d’un livret de ceintures où, par discipline — lecture, écrivain, saisie informatique, numération, problèmes, mesure, géométrie, imprimerie, tables d’additions et de multiplications — les compétences sont graduées des plus simples aux plus complexes et partagées en couleurs : rose, blanc, jaune, vert, bleu, marron et noir, les mêmes qu’au judo.
Pour certaines disciplines, il est nécessaire de rajouter des couleurs intermédiaires comme blanc jaune, par exemple. Pas de ceinture rouge, c’est celle qui aide à différencier les combattants sur le tatami… Il est préférable de ne pas créer ce livret. Il faut accepter de partir de ceintures déjà rodées, quitte à les adapter, d’année en année, en fonction des outils de la classe. Pour cela, un groupe de PI français a publié un livret, il est complet [2].
Les items ainsi gradués sont validés avec l’élève lorsqu’ils sont acquis : soit par un test écrit ; soit à un moment donné, quand il y a récurrence des réussites dans les travaux quotidiens. Il n’est pas vraiment possible de commencer l’année en remplissant les items. Il faut que les élèves s’approprient les outils afin de comprendre ce que nous validons dans le livret. En début d’année, je fais passer des tests pour situer les élèves et savoir à peu près où ils en sont dans leurs compétences. Cela sert donc d’outil d’évaluation diagnostique.
Enfin, je dois préciser que l’organisation de la classe n’est pas uniquement découpée en temps d’ateliers par niveaux. Lorsque nous préparons les dictées, je le fais avec le groupe entier : nous nous aidons pour rappeler les règles d’orthographe, comme cela tout le monde entend les règles, même si elles ne sont pas encore travaillées en atelier par certains. De même qu’en résolution de problèmes issus de notre vie de tous les jours, nous menons les recherches ensemble. Je prends du temps (mais pas toutes les semaines) pour extraire de notre quotidien de classe des problèmes à résoudre. Il arrive aussi, très souvent, que nous travaillons tous la même compétence, mais à des niveaux différents, par exemple lorsque nous travaillons les techniques opératoires ou le calcul mental. Et puis, il y a tous les moments de projets où tout le monde travaille ensemble (toilettage du texte élu, réalisation du journal, etc.).

Les outils complémentaires

En complément, il faut avoir des tests par discipline, pour situer les élèves sur l’échelle de progression.
Il faut aussi des fichiers de travail autonomes : fichiers PEMF en maths et en lecture. Ces outils sont très utiles, pratiques et faciles à utiliser par les élèves. C’est un point d’appui important : ils leur permettent d’être autonomes et ils découpent les compétences de façon tellement fine qu’ils permettent à l’enseignant de pointer les difficultés, notamment en numération. Avec ce fichier, il devient très facile de faire un travail spécifique avec certains élèves.
Des temps sont aussi laissés aux élèves pour préparer et présenter des lectures à voix haute (seuls ou en groupe), pour préparer et présenter des exposés (seuls ou en groupe).

Un outil imparfait

Je trouve cet outil génial non pas parce qu’il est sans faille. Au contraire. Je le trouve génial pour la position dans lequel il place les élèves face aux apprentissages. De même que, parfois, j’observe les élèves en progrès à la seule perspective du rendez-vous pour une rééducation chez l’orthophoniste, de même le fait de mettre ce livret de compétence dans le classeur et d’aller y valider les compétences, donne du sens et une perspective au travail. Il dit explicitement que les apprentissages sont accessibles (visibles), palpables, ils sont à portée de main, on peut les valider et cette trace reste inscrite. L’autre élément que les enfants comprennent (les parents aussi), c’est que chacun a sa place dans la classe et qu’on ne travaille pas tous en même temps sur la même compétence. Les élèves ne s’y trompent pas.
Lorsque j’ai récupéré la classe l’an dernier, j’avais des élèves de fin de cycle primaire qui ne savaient pas repérer les noms, les verbes… À partir du moment où j’ai travaillé en niveau de couleur en grammaire, orthographe, conjugaison et où les étapes d’acquisition ont été validées et, petit à petit, j’ai vu des yeux s’éclairer et des élèves se mettre au travail, chercher à comprendre, et s’appliquer à des exercices qui, s’ils ne rimaient à rien pour eux, ne serviraient tout simplement à rien. Je pense à Farouk dont les mots qu’il écrivait paraissaient n’avoir aucun sens. J’ai encore, aujourd’hui, corrigé une dictée avec des accords. Encore beaucoup d’erreurs, mais ça y est, il a compris que les mots varient, s’accordent, se ressemblent, mais ne s’écrivent pas de la même façon. Encore des tonnes de choses à apprendre, à expérimenter, mais cet élève partira au collège avec une caisse à outils équipée.
À partir du moment où l’on veut évaluer son niveau, il faut accepter de voir où on en est sur le chemin de ses apprentissages. Une fois repérées les acquisitions ou les non-acquisitions, quelles perspectives offrons-nous à nos élèves dans la plupart des classes ?
Si l’école sert à marquer au fer rouge ou vert les compétences à acquérir, alors évaluer rimera avec trier les bons des mauvais. Quelle piste donnons-nous aux élèves une fois qu’ils ont repéré leurs difficultés ou au contraire leurs réussites ?
Le découpage des compétences en ceintures répond à ces questions. Il est un outil d’autoévaluation, mais, aussi et surtout, un outil de progression et de guide vers les apprentissages à acquérir. « J’en suis là : je ne sais pas encore repérer le verbe et le sujet. Bon. Alors j’attaque les exercices par-là, je vais m’entrainer et je vais apprendre. Et il se trouve que je ne suis pas le seul, on est tout un petit groupe qui allons travailler cette compétence. »
L’autre avantage, c’est qu’il permet de repérer les enfants qui ne comprennent pas ce qu’ils font là. Ceux qui sont disciplinés, mais n’accèdent pas au sens des apprentissages. Ceux-là ne savent pas quel titre il faut donner à son travail ou ne savent pas où ils vont valider leurs compétences. Ils sont donc obligés de se faire connaitre, on peut alors les aider (moi ou un camarade).
Les élèves que j’ai cette année ne travaillaient pas du tout avec cette organisation. J’ai vu arriver des élèves disciplinés, mais en difficultés. Ceux-là ils se remettent en selle et c’est très impressionnant de les voir travailler et progresser. Marquer leurs progressions les motive, mais surtout je les vois prendre de l’assurance et changer l’estime écornée qu’ils avaient d’eux-mêmes. Je vois également arriver de très bons éléments qui ont l’habitude de se débarrasser du travail et de vaquer à leurs petites occupations. Ceux-là réalisent qu’ils peuvent continuer à progresser et sont très motivés.
J’ai aussi des élèves qui ne sont pas très forts d’un point de vue scolaire, mais très appliqués et scolaires et qui deviennent moteurs. Ils mènent les groupes de façon très dynamique : organisation matérielle, compréhension des consignes, transmission des consignes et appels à l’aide pour déblocage.

Outil à améliorer

J’ai encore des difficultés. Il faut du temps pour installer ce fonctionnement et accueillir tous les outils complémentaires, en nombre suffisant… Je cherche aussi comment aider davantage ceux pour qui le classeur est difficile à manipuler. Le livret individuel est rangé dans leur classeur, ils doivent le sortir pour valider leurs compétences. Si je fais un affichage, donc plus accessible et toujours en vue, cela fait un outil de plus. Je veux conserver le livret individuel qui permet d’aller dans les familles. Je dois encore faire des modifications dans le livret, et le mettre en adéquation avec les outils de ma classe.
Mais ce n’est pas grave. Au contraire. Ça me plait d’avoir un support à faire évoluer.
Dans ma pratique, j’ai besoin d’avoir des outils qui m’aident et qui ne m’enferment pas. Ce livret permet exactement cela, il guide l’organisation de classe. Toutes les compétences sont notées, il donne une place au travail autonome, aux initiatives des élèves (exposés…), tout en laissant une grande latitude pour la mise en place. Je trimbale cet outil de classe en classe. Je l’utilisais dans des petites classes de primaire et même de maternelle. C’est donc qu’il m’aide ! 

notes:

[1Les CE2-CM1-CM2 en France, ça équivaut à des 3e, 4e et 5e primaire, en Belgique.

[2Cf. les outils de l’Association Vers la Pédagogie Institutionnelle (AVPI)de Béziers. http://avpi-fernand-oury.fr/librairie/