Recherche

Commandes & Abonnements

Jeune proviseur arrivé tout fraichement dans un athénée après une carrière d’enseignant dans l’enseignement spécial [1], j’ai été confronté assez rapidement à la problématique de l’exclusion définitive d’un élève d’une section technique de ma nouvelle école.

Mon école n’a pas la réputation d’être une école « difficile », bien qu’ayant vécu, dans les années ‘80 et ‘90, des périodes délicates en termes de discipline générale non respectée par des élèves qualifiés d’a-scolaires.
Trois mois après la rentrée de septembre, sur demande du directeur et après une altercation entre un professeur et un élève, j’ai entamé une procédure d’exclusion définitive qui a débouché sur le renvoi définitif d’un élève majeur, qui n’a jamais terminé, par la suite, ses études secondaires.
À la fin du mois de juin de cette année scolaire, au total, ce sont huit élèves qui ont été exclus, laissant toujours le même sentiment d’impuissance devant ce que nous pouvons appeler des échecs cuisants du système scolaire.

La décision la plus juste… possible

Ces exclusions sont légitimées par notre décret « Missions ». En effet, les articles 81 et 89 du décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre spécifient différentes modalités concernant l’exclusion. Récemment, une circulaire émanant d’un arrêté du gouvernement de la Communauté française demande aux écoles d’insérer dans les règlements d’ordre intérieur les faits graves pouvant justifier l’exclusion définitive d’un élève. Les balises légales sont là au cas où…
Mais en interne ? Dans les écoles ? Comment cela se passe-t-il ? Quel est le rôle du directeur ? En matière d’exclusion le travail en équipe est nécessaire et la communication primordiale.
Connaitre les faits répréhensibles, demander l’avis des enseignants, écouter les éducateurs, travailler de concert avec le proviseur et le CPMS permet au directeur d’une école de prendre une décision qui doit être la plus juste possible pour l’ensemble des parties.
Effectivement, dans la longue procédure d’exclusion définitive, après la consultation du conseil de classe, le directeur prend ses responsabilités et décide, théoriquement et en toute connaissance de cause, d’exclure ou non l’élève concerné. La responsabilité des différents acteurs scolaires est ici engagée, mais il n’est pas toujours facile de prendre la bonne décision. Depuis trois ans, préfet des études, je peux affirmer que la solitude du chef d’établissement à ce moment-là prend toute son ampleur…
En conformité avec les règles légales, le directeur doit prendre une décision qui peut orienter très fortement la scolarité de l’élève, mais aussi la vie en commun si la sanction n’est pas l’exclusion définitive. La pression du « groupe », c’est-à-dire les enseignants, favorables ou non à l’exclusion, est importante ; la famille, entendue si l’élève est mineur, influence également la décision définitive du chef d’établissement.
Mais, in fine, le directeur doit rester celui qui gère son école. Difficile « de mettre à la porte » l’un de ses élèves, en ne sachant pas ce qui va lui arriver…

L’exception

Cependant, fort de mon expérience, je pense qu’un paramètre extrêmement important doit être mis en avant : la sécurité de la communauté scolaire. Élèves, éducateurs et enseignants doivent se sentir en sécurité et si leur sécurité est mise en danger, il est préférable d’exclure définitivement l’élève ; pour tous les autres scénarios, la communication et le travail en équipe doivent primer pour que l’exclusion ne soit pas l’exclusivité du directeur et reste exceptionnelle.
La prévention, c’est-à-dire le travail de tous les jours des enseignants et des éducateurs dans un parfait équilibre de responsabilités, doit permettre d’éviter les débordements. Plus facile à écrire qu’à faire… L’année scolaire passée, dans mon école, nous y sommes parvenus et l’exclusivité de cette réussite revient à l’équipe éducative. En espérant que, pour cette nouvelle année scolaire, la générosité, en termes de travail et de compétences des enseignants et des éducateurs, serve encore à exclure l’exclusion.

notes:

[1À l’époque, en 2004, le terme « spécialisé » n’était pas encore généralisé.