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Notre périodique a adopté la nouvelle orthographe depuis quelques années. Mais qu’en est-il exactement ? [1]

L’orthographe a toujours évolué. Nos classiques et les textes anciens, lorsqu’ils sont réédités le sont dans l’orthographe de l’époque. Il nous serait difficile de lire Molière ou Racine dans l’orthographe originale. Plus près de nous, nous ne nous rendons même pas compte que les textes de Proust ou même de Camus, Mauriac, Malraux, Bernanos sont réédités avec des changements orthographiques par rapport à l’orthographe de leurs auteurs.

Une dizaine de réformes ont été proposées depuis le 17e siècle. En 1990 paraissent en France les recommandations orthographiques.

Quelle application en Belgique ?

Si de nombreuses réactions, principalement d’opposition, ont vu le jour en France, en Belgique, par contre, l’application des recommandations orthographiques a fait son petit bonhomme de chemin.

Individuellement, d’abord, de nombreuses personnes (enseignants, écrivains, amoureux de la langue) se sont mis à utiliser la nouvelle orthographe. Ils prirent l’habitude, dès 1990, de souligner par un cachet « Orthographe nouvelle » ou plus rarement « Orthographe traditionnelle » l’orthographe utilisée dans leur courrier, leurs articles, etc.

Quelques-unes d’entre elles se regroupèrent pour créer l’Association pour l’application des recommandations orthographiques (APARO) [2] à l’automne de 1990. Cette association se donne pour buts de faire connaitre la nouvelle orthographe, d’informer le public par des articles de presse, des débats, des séances d’information. Elle préconise l’emploi de la nouvelle orthographe dans l’édition, dans l’enseignement, dans la presse. Elle intervient auprès des autorités compétentes pour que les recommandations orthographiques soient appliquées dans les documents officiels et admises dans les épreuves et examens. L’APARO a produit depuis deux outils de référence : l’un, le Vadémécum de la nouvelle orthographe, reprenant l’ensemble des mots touchés, et l’autre, L’Essentiel de la nouvelle orthographe [3], ne reprenant lui que les huit-cents mots les plus courants. Elle a publié un périodique trimestriel (La lettre de l’APARO) et est intervenue à plusieurs reprises auprès des responsables de l’enseignement pour qu’une information soit faite auprès des enseignants et que les formes générées par la nouvelle orthographe ne soient pas considérées comme fautives, ainsi que le recommande l’Académie française. Ces interventions ont donné de bons résultats dans l’enseignement libre catholique où la nouvelle orthographe est bien accueillie (plusieurs programmes sont écrits en nouvelle orthographe et en recommandent l’usage). Dans l’enseignement officiel, les choses ont été plus lentes.

Cependant, depuis la rentrée de septembre 1998, une circulaire d’informations, intitulée Recommandations relatives à l’application de la nouvelle orthographe, a été envoyée par les soins du Ministère auprès de toutes les écoles. Le contenu de cette circulaire est explicite : Il me semble opportun de rappeler les recommandations relatives à l’application de la nouvelle orthographe afin que se crée une véritable cohérence entre les différents niveaux d’enseignement, de l’école maternelle à l’enseignement supérieur, et ce, quels que soient les pouvoirs organisateurs.

Il s’agit encore de veiller à ce que les recommandations orthographiques soient envisagées en fonction de l’intérêt des élèves et des étudiants. Il ne pourrait être question de considérer ces rectifications comme des « matières nouvelles » qui viendraient s’ajouter aux « anciennes ».

Quoi qu’il en soit, il n’est certainement pas recommandé d’imposer une, et une seule orthographe. Chacun a le droit d’utiliser les différentes graphies. Il s’ensuit que durant une période de durée indéterminée, les deux orthographes auront à coexister et seront acceptées.

En conséquence, lors des contrôles, les deux orthographes seront admises.

Les rectifications apportées obéissent à des règles générales souffrant peu d’exceptions. Aussi, les élèves et les étudiants abordant l’apprentissage de l’orthographe verront-ils leur travail simplifié et leurs performances améliorées. Il s’indique donc, avec eux, afin d’éviter toute confusion, de ne plus enseigner de règles opposées à la nouvelle orthographe.

Cette initiative du Ministère de l’éducation a mis fin aux bruits divers qui circulaient dans les écoles à propos de la légitimité de la nouvelle orthographe.

Parallèlement, des revues de haut niveau (La Revue nouvelle, La Revue générale) et des revues d’enseignants se sont mises à la nouvelle orthographe. La plupart des universités recommandent son emploi. Un document que doivent consulter tous les enseignants de l’enseignement fondamental et du premier degré de l’enseignement secondaire (Socles de compétences - mai 1999) a été écrit en orthographe nouvelle. De nombreuses écoles primaires, secondaires et supérieures enseignent ces nouvelles graphies. Des journaux quotidiens ou hebdomadaires acceptent que certains articles appliquent la nouvelle orthographe même si le comité de rédaction est divisé quant à son emploi. En général, ces articles sont signalés par la mention « Ce texte suit les recommandations orthographiques du Conseil supérieur de la langue française ».

Qu’en est-il des dictionnaires ?

Depuis plusieurs années existe une commission d’uniformisation des dictionnaires. Dans ce cadre, un travail est également en cours touchant l’orthographe nouvelle. Une étude récente a cependant pu mettre en lumière que 85 % des huit-cents mots les plus fréquents touchés par la nouvelle orthographe étaient déjà sous leur forme rectifiée dans les dictionnaires, mais malheureusement pas dans le même !

Les recommandations ont été intégrées dans le premier volume du Dictionnaire de l’Académie française, en 1992 puis en 1994 dans un format poche. L’Académie a intégré de manière définitive les changements d’accents, le pluriel des noms composés et étrangers et propose parfois les deux orthographes.

Le Robert, quant à lui, utilise la formule discrète « on écrirait mieux » pour introduire les mots rectifiés.

C’est le dictionnaire Hachette qui s’est conduit de la manière la plus cohérente en adoptant l’orthographe nouvelle dès son édition 2002.

L’enseignement de la nouvelle orthographe

Faut-il enseigner la nouvelle orthographe ? La question est d’importance.

Personnellement, je crois qu’il faut l’enseigner comme une variante possible étant donné que l’ancienne continuera à vivre un certain temps et que notre environnement livresque est constitué, la plupart du temps, de livres écrits en orthographe traditionnelle.

Mais les choses changent. Des manuels de grammaire et d’orthographe commencent à paraitre en l’utilisant. Les ouvrages de référence comme Le bon usage de Grevisse-Goosse et le Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne de Hanse-Blampain le signalent et lui donnent une place importante.
L’idéal, et c’est ce qui se fait dans certaines écoles, c’est de ne plus enseigner que la nouvelle orthographe aux enfants qui débutent dans l’apprentissage de la langue.
À mon sens, il faut rester serein et montrer, démontrer chaque fois que cela est possible ses avantages sur l’orthographe traditionnelle. Ainsi petit à petit, elle entrera dans les mœurs.

Nous passons une grande partie de notre vie à apprendre à écrire en français et [...] les plus instruits et les plus intelligents d’entre nous n’y parviennent qu’imparfaitement écrivait Pierre Larousse en 1874 dans son dictionnaire. L’orthographe a toujours posé problème.

Il est temps de prendre le taureau par les cornes et d’introduire de petites réformes faciles à assimiler pour redonner à l’orthographe le seul rôle qu’il n’aurait jamais dû perdre : être l’habit de la langue et non la langue elle-même. Un habit, cela se répare ou se change de temps à autre !

notes:

[1Une version complète de ce texte est disponible sur simple demande à cge.bxl@cfwb.be ou courriel.traces@belgacom.net.

[2APARO : Rue du Serpentin, 29 à 1050 Bruxelles. Afin de coordonner l’action des partisans de la nouvelle orthographe en Belgique, en France, en Suisse et bientôt au Québec, le groupe RENOUVO (Réseau pour une nouvelle orthographe du français) a été créé en 2001.

[3Disponible, moyennant payement préalable de 1,5 euro (2,5 euros pour 5 exemplaires) au 000-0842075-18 de APARO - Bruxelles. Consultable sur http://www.fltr.ucl.ac.be/FLTR/ROM/ess.html

Un exemplaire du Millepatte sur un nénufar, reprenant tous les mots concernés par la nouvelle orthographe peut être obtenu auprès de l’APARO (3 euros port compris). Il est consultable sur http://www.renouvo.int.ms.