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Felipe, en 3e primaire, était largué en classe, il ne progressait pas, n’avançait pas dans ses cahiers de « contrats », ne finissait rien. Alors, nous suivions son travail à la maison, deux heures par jour, en restant à côté de lui.

Il avait du mal à se concentrer, mais finissait par comprendre. On s’engueulait tous les jours d’abord pour le travail scolaire, et puis pour n’importe quoi... Il terminait par tout jeter à terre, ses cahiers et le reste, partout dans la pièce...
Des séparations de couples proches de nous, ses grands-parents et des amis, et le fait que nous aussi nous sentions perdus, nos disputes répétées sur les causes de ses difficultés. Le fait qu’il avait un problème avec l’autorité, qu’il n’obéissait pas, ne tenait pas en place, ses difficultés scolaires, tout cela contribuait à alimenter une tension permanente. Je reprochais à son père de le gâter, de tout lui passer, de le laisser faire et cela dégénérait en querelle entre adultes. Felipe, voyant cela, a fait une dépression importante. Il se disait qu’on allait se quitter parce qu’on se disputait à cause de lui. Il disait qu’il voulait mourir et montait dans sa chambre. Une minute après, j’étais dans sa chambre parce que je le croyais vraiment capable de sauter par la fenêtre. C’était devenu insupportable, c’était à un point tel que je n’arrivais plus à l’aimer tellement il était chiant et que, quand je m’emportais, je lui disais des choses terribles, qui me faisaient mal.

Avec une psy

Alors, sur le conseil d’une amie, on a finalement décidé de consulter une psy avec Felipe, qui l’a aidé à comprendre ce qui lui arrivait. Elle nous a proposé la Rilatine, sans nous parler d’hyperactivité, juste comme quelque chose qui pouvait aider Felipe. Nous n’avons pas accepté, parce qu’à l’époque on croyait que c’était un calmant. Nous ne voulions pas qu’il doive prendre une « drogue » qui l’assomme. On cherchait une solution pour qu’il apprenne à mieux se canaliser. Il est allé chez cette psy pendant deux ans, de façon discontinue : une à deux fois par mois pendant trois mois, puis il disait qu’il voulait arrêter. En fait, on voyait bien qu’il faisait des efforts, il essayait de se contrôler, de se concentrer mais, régulièrement, comme il le disait lui-même, il devait « vider sa boite aux lettres », et demandait à retourner chez la psy. Elle l’a aidé à dépasser ses grosses déprimes sans résoudre tous les problèmes, comme ses colères violentes ou ses difficultés scolaires.
Il est entré en 5e primaire chez une institutrice expérimentée, très structurante. Après une semaine, elle nous a convoqués. Comme elle n’arrivait pas à ce qu’il se concentre, elle souhaitait qu’on fasse des tests pour savoir quel type de mémoire Felipe utilisait (visuel, auditif, etc.).
Nous n’avons pas été effectuer les tests tout de suite. On voulait encore essayer, avec la psy et la pédiatre. Sur l’insistance de l’institutrice, nous sommes allés faire les tests, qui ont montré qu’il avait un problème de concentration et d’hyperactivité, que Felipe était incapable d’entendre et traiter plus d’une consigne à la fois. Les résultats ont été transmis à l’instit’, qui a pris l’initiative de le faire s’assoir en face d’elle. Ça le faisait râler, parce qu’il vivait ça comme une punition, les autres enfants pouvant se déplacer, se mettre où ils voulaient dans la classe, alors que lui, il devait toujours rester devant elle.

Avec des neurospy

Felipe a commencé une rééducation chez les neuropsychologues qui avaient fait les tests, entre autres des exercices d’entrainement de la concentration... Ce sont des comportementalistes qui travaillent sur le symptôme et l’aident à mieux vivre avec son hyperactivité.
Pour nous, parents, le fait de mettre enfin un nom sur ses difficultés a servi à nous déculpabiliser : c’est biologique, c’est lié à un problème avec la dopamine, ce n’est pas nous ou la télé ou la Playstation... C’est un tirage au sort, il est comme ça. Nous ne cherchions plus tout le temps la cause dans des erreurs qu’on aurait pu faire, l’un ou l’autre. Ça l’a déculpabilisé, lui aussi, sachant que ce n’est pas de sa faute... Ce qui fait la différence entre ces enfants-là et d’autres, c’est la souffrance ; ils ne peuvent pas trouver la solution en eux, c’est plus fort qu’eux.
Felipe a suivi la rééducation chez les neuropsychologues pendant un an, avec des résultats positifs : moins de crises, d’angoisses, de violence impulsive. Ça reste difficile cependant. À l’école, il sait qu’il doit faire plus attention pour se concentrer, que c’est une difficulté pour lui, qu’il peut poser des questions, qu’il ne doit pas avoir peur d’avoir l’air d’être celui qui ne comprend jamais.
Il va aussi chez un ostéopathe, qui l’aide à faire baisser la tension musculaire, l’excitation.

Sans Rilatine

Jusqu’à présent, nous avons choisi de ne pas lui faire prendre de Rilatine. C’est un médicament très connu, très ancien, plus que l’aspirine encore, qui n’a pas d’effet secondaire grave, qui ne crée pas d’assuétude. C’est un excitant qui aide à se concentrer, en fait ça régule le problème de dopamine. Il est clair qu’il ne faut pas utiliser la Rilatine pour une question de facilité. Le tout est d’arriver à définir à partir de quel moment on devrait utiliser ce médicament. Pour Felipe, ce n’est pas vraiment nécessaire, parce que son hyperactivité n’est pas dans les plus graves. Il prend des oméga-3 en gélules, ça favorise la concentration et la mémoire, et jusqu’à présent, ça suffit. Cette année, il est entré dans le secondaire, et il est rassurant pour nous de savoir que, s’il y a un problème trop important, il y a la solution de la Rilatine.

Avec l’école ?

Il faudrait informer les enseignants, peut-être même déjà à la crèche, pour qu’on puisse déceler ces troubles plus tôt, les repérer. Le but, c’est de leur donner des armes pour devenir des adultes bien dans leur peau... Lorsqu’il y a une relation positive avec l’instit, on peut en parler, essayer qu’elle comprenne, dédramatiser, lui faire comprendre qu’ils ne sont pas pour l’enseignement spécial. En secondaire, il y a plusieurs profs, et les enfants sont obligés d’accepter l’autorité. Il faudrait peut-être prévenir le titulaire, ou tous les profs, mais alors, il y a le danger que l’enfant porte définitivement l’étiquette « hyperactif ». Il faudrait que les profs puissent faire la différence, accepter que ce n’est pas un enfant qui s’en fout, qui n’est pas suivi à la maison ou qui est moins intelligent.