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Alliant le matérialisme, la dynamique de groupe et la prise en compte de l’inconscient, la pédagogie institutionnelle créée par Fernand Oury repose sur un trépied :

- Le premier pied fait une large place aux techniques (prises chez Freinet et dans d’autres formes de pédagogie active) qui favorisent le rapport à la production chez l’enfant (Dewey, Makarenko) : le journal scolaire imprimé, l’enquête album, la correspondance structurée entre enfants, le travail individualisé...
- Le second pied s’intéresse à la dynamique de groupe et à l’observation de l’enfant dans le groupe-classe, dans la lignée de Bion, Lewin et d’autres.
- Le troisième pied prend en compte la présence de l’inconscient, influencé par Lacan, Dolto, Freud, et le mouvement de la psychothérapie institutionnelle, avec J. Oury et le Dr Tosquelles. Il n’est pas question pour l’enseignant de devenir thérapeute, mais de soigner les petites institutions inventées selon les besoins. Les soignant, il n’y va pas en direct sur l’enfant ( pas de relation duale donc) et l’on constate que ce soin a des effets même sur les enfants en grande difficulté, très déstructurés par exemple.
Divers « lieux de paroles » sont mis en place dans les classes et acquièrent une force institutionnelle : l’entretien du matin (ou « Causette » ou « Quoi de neuf »), le choix de textes (parmi les textes libres écrits par les enfants), la clé de voute restant le Conseil puisque c’est dans cette institution-là que toutes les autres se déclarent, s’inscrivent et prennent force de loi.

Le Conseil place l’accent sur :
- le relationnel : le Conseil est le lieu où la parole engage, on peut y parler sans crainte, rien de ce qui y est dit ne peut provoquer une sanction ;
- le politique : dans le Conseil, on confie du pouvoir aux enfants. Pas sans filet : ils prennent une part de pouvoir lorsqu’ils ont acquis une compétence dans un domaine ; à une compétence équivaut une responsabilité, à une responsabilité équivaut une part de pouvoir. C’est aussi un lieu de recours où l’on peut se plaindre, critiquer, proposer, demander. C’est le seul lieu de décision, permettant aux élèves de partager le pouvoir entre eux et avec l’enseignant. C’est un moment privilégié qui aide l’enfant à entrer dans le langage et par là à prendre une place.

La pédagogie institutionnelle refuse en bloc l’approche non-directive. Un enfant à qui on laisse faire tout ce qu’il veut ne peut pas avoir envie de grandir. Un enfant peut se constituer contre une loi, mais pas contre du brouillard. Il faut qu’il y ait en classe des lois qui ne soient pas transgressées. Si elles le sont, on en parle au Conseil.
Si l’enfant perçoit le lieu classe comme un endroit de repères, de sécurité, de vie, où l’on peut régler des questions, il va progressivement prendre en charge sa vie d’écolier. Il va retrouver le gout d’apprendre, à travers son engagement, ses initiatives, la fierté de la place qu’il prend, le cadre qui l’enjoint à ne pas prendre toute la place, etc.
Il est bien entendu que la pratique d’une telle pédagogie demande une formation, non pas d’un seul stage, mais continuée. C’est bien pourquoi les praticiens de Pédagogie institutionnelle s’organisent en équipes, écrivent des monographies pour analyser leur travail, etc.