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Le mythe de Sisyphe revisité, ou comment chaque jour la colline est un peu plus haute. Témoignage vécu.

Un peu plus dégouté chaque jour, mon fils finirait par ne plus croire en ses capacités, si nous ne l’aidions pas à la maison. Il a donc de la chance. Mais, c’est quand même dur quand on a dix ans.

Ça se passe comme ça

L’institutrice explique en classe, ça consiste à compléter un manuel avec des cadres et des phrases à trous à remplir. Il y a aussi un encadré titré « je retiens » qui est réalisé en classe, donc parfois pas tout à fait correctement quand mon fils n’a pas compris. L’institutrice passe dans les bancs et corrige.
Après, en autonomie, les élèves font les exercices du manuel. Ils peuvent demander des explications quand ils ne comprennent pas, mais quand la séquence est terminée, que les élèves aient fini ou pas, l’institutrice passe à la leçon suivante.
Comme mon fils termine rarement tous les exercices, parce qu’il écrit lentement ou parce qu’il a été un peu distrait, ou parce qu’il n’a pas compris la leçon ou ce qu’il devait faire, il doit rester pendant la récréation en classe pour travailler. Sans l’institutrice qui, elle, surveille la récré (remédiation 1).
Ils sont six ou sept à rester en classe. Ils n’ont évidemment pas mieux compris, ils essayent quand même chacun dans leur coin et, souvent, ils n’y arrivent pas. Et comme, finalement, tous les exercices ne sont pas terminés, ils doivent les faire pour le lendemain, en plus de leurs devoirs.

On n’avance à rien dans ce canoë

Il rentre à la maison, en râlant, parce qu’il n’a pas eu de récré et qu’il a encore plein de devoirs à faire. Les devoirs sont des séries d’exercices qui sont censés les aider à apprendre auquelles s’ajoute, souvent, du travail de mémorisation : des mots pour la dictée, des verbes à conjuguer, des mots de néerlandais, des mots de mathématiques, des chefs-lieux de province, etc.
L’institutrice collecte les devoirs et les exercices, les corrige au bic vert et les restitue aux enfants. Ils peuvent ainsi voir leurs erreurs (remédiation 2). Mais, le plus souvent, il n’a pas compris pourquoi il se trompe. C’est juste décourageant.
À force de faire et refaire, ils sont censés apprendre. La remédiation, c’est des exercices en plus... et ça fait des journées avec une heure et demie à deux heures de travail à la maison. Toujours plus d’exercices et chaque fois à recommencer.
Alors, on a demandé des exercices en moins. Quand il rentre, on prend le temps de comprendre pourquoi il n’a pas compris. Il nous explique, on essaye de voir pourquoi ça coince, on débloque des incompréhensions. Le plus souvent, c’est parce qu’il cherche à retenir la façon de faire comme madame a dit, plutôt que d’essayer de comprendre ce qu’il est censé apprendre. Alors, il faut se bagarrer avec lui parce ça prend du temps et que ce n’est pas comme ça que madame a dit de faire. Après, il fait deux ou trois exercices pour montrer qu’il a compris et on en reste là.
Ça va un peu mieux. Mais des fois, je me demande ce qu’il a appris à l’école… Et pourquoi certains enfants s’en sortent quand même apparemment sans problème ? Et comment fait un enfant qui doit travailler seul à la maison ?