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Le plaisir de partager les imaginaires est une bonne raison pour se parler et s’écouter.

Polyvalent dans mon école, j’essaie de donner à cette fonction une consistance, de ne pas être cantonné au rôle de bouche-trou ou de gendarme pour moments creux. Je suis donc parti à la rencontre de mes collègues avec lesquels nous avons discuté des manques et des faiblesses observées chez leurs élèves : un travail autour des compétences langagières « parlées et écoutées » semblait important pour toute l’école.

Donner l’envie de communiquer
La lecture, l’écriture, le fait de parler et d’écouter sont à développer en tenant compte des situations de communication. En effet, lorsque nous construisons un message nous tenons compte de nos interlocuteurs, nos récepteurs. Une fois le contexte connu, nous agissons avec une certaine intention de communication. De plus, les compétences langagières sont un outil de socialisation et servent de toiles de fond à la construction des autres apprentissages disciplinaires. Partant à la fois de ces caractéristiques du parler/écouter et de mon statut de polyvalent, j’ai décidé de faire communiquer entre elles des classes de différents niveaux.
Dans le cadre d’une situation de communication, l’apprenant doit pouvoir émettre un message avec une intention précise. Cet apprentissage se développe d’autant plus que l’enfant est placé dans un contexte motivant, dans lequel il a confiance et où il prend du plaisir.
À raison de dix-huit périodes par semaine, morcelées en tranche de deux périodes par cycle, j’accueille des enfants de différentes classes. Je les aborde toujours avec les questions suivantes en tête :
• Comment donner une place aux enfants pour les mettre au cœur des apprentissages ?
• Quels moyens mettre en place afin de placer les enfants dans des situations d’écoute et de prise de parole ?
• Que mettre en place pour que les enfants trouvent du sens une à deux périodes par semaine dans des activités à la périphérie de la classe ?

Construire un message pour une autre classe
L’idée maitresse de chaque activité proposée repose sur un principe simple : les enfants des grandes classes créent en ma compagnie des situations d’émission de messages au profit des plus petits. Voici une activité développée par les plus grands de l’école au profit du cycle 5-8.
Avant. Je lis aux enfants le début d’un récit parlant de la fin de l’hiver et de l’arrivée en force du soleil. Je leur montre ensuite une image avec un soleil et un bonhomme de neige. À la suite d’une observation individuelle silencieuse, j’effectue une cueillette d’impressions provoquées par l’image.
- Le soleil et la neige, cela ne va pas ensemble !
- Le soleil devient plus chaud alors le bonhomme de neige va fondre.
- Ah oui ! C’est vrai. Mais comment pourrions-nous sauver le bonhomme de neige ?
À la suite de cette question, j’informe les enfants que j’ai besoin d’eux pour inventer la suite du récit. Par la dictée à l’adulte, nous créons une suite en partant des lieux et des personnages de départ. Une fois l’histoire constituée, je propose aux enfants de réaliser des diapositives afin de traduire le récit en images pour les élèves des petites classes. Dans cette première étape de construction, les élèves sont amenés à produire des phrases orales en inventant la fin du récit.
Une fois les idées organisées, nous recherchons une traduction mots/images possible. Nous donnons aux textes la forme de dialogues entre un petit garçon et son bonhomme de neige. Nous essayons ensemble de trouver des idées pour illustrer au mieux les diverses parties de notre récit. Ensuite, les participants reçoivent chacun une partie de l’histoire à traduire en un dessin sur du papier-calque. Ce morceau de papier servira de support de projection.
Après l’image vient le son. Me plaçant dans une logique d’apprentissage basée sur les échanges et l’autorégulation des processus, j’ai choisi d’enregistrer le récit sur CD. Grâce au logiciel Audacity, les enfants enregistrent, en fonction de leurs aptitudes, une partie du récit. L’intérêt de cette démarche enregistrée est que les enfants peuvent s’entendre et réentendre leurs productions orales afin de les améliorer. Cette « observation » auditive de nos productions nous aide à ajuster nos démarches. Suite à ses propres constatations et aux conseils des camarades, nous reprenons l’enregistrement en essayant de faire particulièrement attention à la manière avec laquelle nous disons les mots et les phrases. Une fois la préparation du message réalisée, nous passons à un autre temps fort, celui de la présentation de la projection aux petites classes.

Pendant. Des enfants accueillent les spectateurs et la projection débute, avec l’écoute de l’enregistrement de l’histoire. La chute de l’histoire annonce que le bonhomme de neige a complètement fondu malgré toutes les tentatives de son copain. Ce garçon avait tout fait pour sauver son ami, mais en vain, Il se retrouve avec les deux morceaux de bois qui servaient de bras à son bonhomme de neige. Qu’allait-il en faire ? À la fin de ce petit spectacle, un défi est donc lancé aux classes « réceptrices » : de retour dans leurs calsse, ils doivent inventer la suite de l’histoire en faisant revivre les deux morceaux de bois restant dans une autre fonction. Bien évidemment, sans s’en rendre compte, lors de la proposition d’idées en classe, les enfants deviennent à leur tour des émetteurs de messages avec comme objectif : parler, pour dire sa pensée.

- Après. Une fois les spectateurs des petites classes partis, je rassemble les émetteurs de 3e et 4e primaires pour un temps d’analyse des rôles de chacun. Cela permet aux élèves de se positionner par rapport à leur(s) fonction(s) d’émission de messages. Ils peuvent aussi entendre des conseils d’autres élèves pour s’améliorer lors d’une seconde projection. Afin de favoriser un transfert optimal, une deuxième représentation – devant une classe différente – invite les élèves émetteurs à affiner leurs attitudes.