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Une activité d’éveil, ce n’est pas du facile avant du difficile, du simple avant d’aborder du complexe. Ce n’est pas nécessairement le début des disciplines scientifiques. Et ce n’est pas nécessairement non plus le début d’un apprentissage.

Si ce qui suit est un bon exemple d’activité d’éveil, alors on pourrait même presque dire que c’est commencer par le complexe justement, que c’est indépendant du niveau de connaissances scientifiques et indépendant du degré d’avancement dans l’apprentissage. Voyons voir.

Qu’est-ce que le développement (durable) ?

Le développement économique, c’est quelque chose de sérieux, d’important. Et le développement durable, c’est LE concept à la mode. On en parle souvent, on parle de développement inégal, de pays développés, de pays sous-développés, de pays en voie de développement, d’aide et de coopération au développement. On multiplie les sommets mondiaux sur le développement durable. Mais qu’est-ce que c’est finalement le développement ? Et le développement durable ? Quand est-ce qu’un pays est (ou non) développé (durablement) et quand est-ce qu’un pays est en train (ou non) de se développer (de manière durable) ?

Voici (voir ci-dessous) un tableau de comparaison d’informations diverses (seize indicateurs différents) à propos de dix pays différents. À partir de ces informations, toutes ou en partie, et de celles-là uniquement, classez ces dix pays en fonction de leur développement (durable). Tout en effectuant ce classement, notez toutes les questions que vous vous posez à propos du développement et du développement durable. Et une fois votre classement fait, proposez une définition du développement (durable) cohérente avec votre classement, dites à partir de quand un pays est développé (ou non) et quand il est en train (ou non) de se développer (de manière durable).


Tableau (cfr document Excel joint)

Tableau de comparaison

Notes du tableau :

- 1. Toutes les données de ce tableau sont extraites du Rapport mondial sur le développement humain, PNUD, 2002, téléchargeable gratuitement sur http://www.undp.org/hdr2002/francais/indicateurs.pdf sauf pour les transactions courantes.
- 2. Calcul personnel à partir de données extraites de l’Etat du Monde 2003.

Compréhension minimale des indicateurs :

  • PIB= Produit Intérieur Brut ou évaluation monétaire de tout ce qui est produit en un an à l’intérieur d’un pays.
  • PPA= en Parité du Pouvoir d’Achat ou évaluation des montants en fonction du cout de la vie dans le pays considéré.
  • Indice spécifique de fécondité= nombre moyen d’enfants par femme en âge de procréer.
  • Indice de Gini= comparaison un à un de tous les revenus des ménages entre eux et dont les écarts cumulés sont exprimés par un indice compris entre 0 (égalité parfaite) et 100 (inégalité parfaite).
  • Taux brut de scolarisation combiné : rapport entre le nombre total d’élèves inscrits à ce niveau d’enseignement et la population totale du groupe d’âge correspondant.

Dans une classe, on peut alors d’une part relever toutes les questions et se faire un programme de recherches et d’autre part, débattre des différentes options réalisées en étant particulièrement exigeant sur la clarification des raisonnements logiques et des choix de valeurs. Les différentes options choisies et les différents classements opérés pourront être évalués en fonction des critères classiques de cohérence (logique interne), de pertinence (gain en intelligibilité) et d’approfondissement (nombre de critères pris en compte et degré d’élaboration d’une pondération synthétique).

Tous les pays du monde sont non-alignés puisqu’ils sont tous tracés en zig-zag

Une activité d’éveil ?

En quoi, cette activité pourrait-elle être représentative d’une activité d’éveil ? D’abord, c’est le plus facile, elle part du réel, un réel concret, global, complexe, même si dans ce cas, le réel est déjà représenté, manipulé, simplifié. Elle ne part pas d’un concept, d’une connaissance, même si, dans ce cas, c’est à propos d’un concept et pour le construire. Une activité d’éveil, ce serait donc nécessairement une activité qui part du réel, le plus brut possible.

Comme elle part du réel, on ne peut pas dire qu’on est dans un champ disciplinaire particulier, même si, bien sûr dans ce cas, la question est d’ordre économique. Ce n’est pas purement de l’économie politique au sens strict et la réponse ne sera jamais scientifiquement donnée. Des préoccupations d’ordres anthropologique, sociologique, historique, géographique, politique interviennent. La réponse compte bien moins que la réflexion, les questions, le débat que l’activité suscite. Une activité d’éveil, ce serait donc nécessairement une activité interdisciplinaire, dont la résolution est indéterminée et qui suscite un débat plus formateur que la réponse elle-même à la question de départ.

On part du réel, mais pas de n’importe quoi n’importe comment ; les données ont été sélectionnées avec l’intention de provoquer quelque chose : au moins de l’étonnement, au mieux de la rupture avec ce qu’on croyait avant et en tout cas du questionnement. Une activité d’éveil, ce ne serait donc pas un émerveillement naïf à partir d’un évènement fortuit, mais ce serait donc nécessairement une activité qui aurait été construite pour étonner et questionner.

Si on tient compte qu’elle a été rédigée pour le lecteur moyen d’Échec à l’échec et/ou pour des étudiants en école normale, le niveau de cette activité est aisément adaptable à quasi n’importe quel public. En simplifiant les données (moins d’indicateurs, nombres arrondis, moins de pays), mais en maintenant la commande (classement en fonction du développement, questionnement et définitions), il me semble qu’elle est praticable à partir de la 5éme primaire [1] et que telle quelle, elle le reste jusqu’en 2ème licence de sciences économiques. Une activité d’éveil, ce serait donc nécessairement une activité qui peut être proposée à n’importe quel public, indépendamment de l’appareillage conceptuel dont il dispose.

On peut en effet se contenter pour effectuer le travail d’une connaissance intuitive des indicateurs et des concepts à la base de ces indicateurs et des enfants de dix ans peuvent entrer dans cette activité. On peut aussi aller plus ou moins loin dans la maitrise de ces indicateurs et concepts, ainsi que dans la critique de la validité de leur calcul. On peut enfin critiquer la mise en situation elle-même, la composition des indicateurs choisis et les intentions idéologiques de l’auteur. Selon les objectifs et les publics, on peut aller vers la découverte de l’IDH (le résultat auquel sont arrivés les chercheurs du PNUD [2] confrontés au même problème exactement), on peut faire un travail de construction d’indice et de pondération mathématique, on peut approfondir telle ou telle notion, prolonger la recherche sur tel ou tel pays, etc. Une activité d’éveil, ce serait donc nécessairement une activité qui permet des exploitations multiples.

Dernier exercice

Mais alors, l’éveil éveille à quoi ? Simplement au désir et au plaisir, au plaisir d’être dans le monde, de s’étonner à son propos et d’agir sur lui, au désir de savoir, ce qui suppose nécessairement l’observation et la rupture, le questionnement et la construction. L’éveil est résolument bachelardesque [3].

Bon, finalement, qu’est-ce qu’une activité d’éveil ? Reprenez les critères relevés ci-dessus et appliquez-les à toutes les autres propositions et articles de ce présent dossier. Si ça fonctionne, c’est que je ne me suis pas planté. Si ça ne fonctionne pas, c’est que les autres se sont plantés ! Allez, à une prochaine fois.

notes:

[1Au Comité de rédaction, Stéphane a émis des doutes quant à la possibilité de mener cette activité en 5ème primaire. J’ai relevé le défi et vous raconterai ça dans un prochain numéro !

[2IDH= Indice de Développement Humain conçu et calculé par le PNUD= Programme des Nations Unies pour le Développement.

[3De Bachelard Gaston, épistémologue dont l’influence est grande en didactique des sciences.

Pièces jointes