Recherche

Commandes & Abonnements

Depuis l’enfance, je zigzague de l’indécision à la détermination, mais jamais je ne suis parvenue à suivre un chemin tracé au préalable. Je contourne les obstacles, je rebondis.

Aujourd’hui encore des évènements me bousculent et me dévient des pistes que j’avais envisagé d’entreprendre. L’obligation immédiate de choisir une discipline pour les études, le hasard des rencontres, les contraintes du marché de l’emploi. Me voilà, aujourd’hui : journaliste, enseignante, étudiante et CGéiste un peu par hasard. Dire qu’il y a dix ans, je me voyais biologiste !
Depuis que je suis petite, je m’adapte aux contraintes extérieures. À l’âge de cinq ans, lorsque je comprends, à la rentrée scolaire, qu’en dernière maternelle, je n’apprendrais ni à lire ni à écrire, je me sauve et frappe à la porte de la classe de première primaire en me présentant et en déclarant « Je veux apprendre à lire ». L’institutrice m’a gentiment raccompagnée et expliqué que je devrais attendre encore une petite année pour entrer dans son local. Maman parlant difficilement le français, Papa au boulot ou aux travaux... pendant un an, j’ai été contrainte à « dessiner » les lettres et les numéros.
Lorsque je quitte ma petite école communale pour poursuivre à l’Athénée, je quitte le village pour la ville. Là, il a fallu me faire une place dans une classe où la quasi-totalité des élèves « citadins » se connaissait depuis la maternelle. Ce fut difficile... Je me suis fait toute petite... Moi, la villageoise, qui prenais tant d’initiatives un an plus tôt.

Premier rebond

En troisième secondaire, je décroche. Préoccupée par des problèmes familiaux, mal intégrée, je zappe l’école. Présente physiquement, absente mentalement, j’accumule les échecs. Cette année-là, trois ou quatre professeurs de mathématiques se sont succédé et des grèves sont venues perturber les cours. Beaucoup de préparations à domicile et surtout, beaucoup de préparations en maths, vu le retard que nous avions accumulé. Bizarrement, à la maison, je me suis mise à résoudre la vingtaine de problèmes et les exercices d’algèbre que le nouveau professeur de maths nous avait donné à préparer. Au départ, c’était la galère, je m’apercevais que mes réponses n’avaient aucun sens et je recommençais jusqu’à ce qu’elles me paraissent exactes. Bilan : j’ai appris à jouer avec les maths et à les aimer.
À la fin des grèves, nous corrigeons les exercices. À ma grande surprise, j’avais presque un sans-faute. Cela était tellement surprenant que le prof n’était pas persuadé de l’auteur des réponses. Comme j’étais flattée... Mes résultats aux interros l’ont vite convaincu que j’avais surmonté mon retard et mes difficultés. J’étais devenue la meilleure élève de la classe en maths jusqu’à la fin de la rhéto. Cette expérience « autodidacte » m’a redonné confiance, et je n’ai plus jamais décroché. Cela n’a pas été suffisant pour passer en 4e cette année-là, mais je n’ai plus jamais eu d’échecs les années suivantes jusqu’à la fin de mes études secondaires.

Deuxième rebond

Les humanités terminées, il faut faire un choix ! Qu’est-ce que je veux devenir ? Biologiste ? Je dois rester les pieds sur terre, je vais me planter... je n’ai pas eu de cours de chimie suffisamment correct, j’ai juste reçu des feuilles dont je ne comprenais pas le contenu ! Ce n’est pas grave, je vais devenir interprète !
Après le premier mois de cours, grosse crise d’angoisse... je ne veux pas faire ça de ma vie. Mais le temps presse, mes parents se serrent la ceinture pour me payer l’Université, je dois choisir ! Journalisme, c’est bien... il y a un peu de tout, je m’intéresse à peu près à tout... C’est bon ! Je prends !
Me voilà licenciée en journalisme et communication, au boulot maintenant !

On ne fait pas toujours ce que l’on veut...

J’épluche les offres d’emploi, j’envoie des lettres de motivation accompagnées de CV, je passe des coups de fil... Pas de réponse ou si peu... négatives de surcroit. Je ne deviendrais jamais un grand reporter...
Pourquoi j’ai choisi ces études ? Il n’y a pas, ou peu, de place vacante de journaliste et l’on ne vit pas avec deux articles à la pige par semaine... Pourtant, je dois continuer... Je dois trouver une solution.
Tiens ! Il manque de professeurs... il en manque tellement que l’on engage les personnes qui ne détiennent pas le diplôme requis Merci « Article 20 » ! D’ailleurs, c’est comme cela que l’on appelle les profs de mon espèce.
Premier coup de fil, je suis engagée. Remplacement terminé, deuxième coup de fil, je suis de nouveau engagée. Etc. Super ! Me voilà maitre spécial de morale, institutrice sixième primaire, professeur de morale, professeur de français, professeur d’expression et communication, et professeur de morale en moins de trois ans !
Je n’aurais jamais imaginé un tel parcours lorsque j’ai reçu mon diplôme...
Aujourd’hui, j’ai pris gout à l’enseignement et je m’y projette. Comment aurais-je pu le deviner sans ces difficultés que j’ai dû surmonter ? Rien ne me prédestinait à devenir enseignante... mais à chaque situation, j’ai pris du recul et j’ai franchi les obstacles en prenant un autre chemin, au gré de mes intuitions.