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Mardi prochain, les classes de première et de deuxième en différencié rencontreront l’auteur, Cyril Dion. Son album Demain entre tes mains nous a servi de fil conducteur dans le projet Kamishibaï. Nous sommes vendredi et je voudrais nourrir la réflexion sur leur demain et faire émerger des questions à poser à l’auteur.

Nous formons un cercle avec nos chaises. Mes clés vont tourner de main en main et celui qui les détiendra aura la parole. L’écoute est de rigueur, je lance le sujet.
Dans l’album, Cyril Dion et Pierre Rahbi écrivent : « Chacun de nous a un talent. Chacun de nous peut faire sa part. Il suffit de trouver comment. »
La réflexion tourne autour de l’idée que chacun peut changer un peu le monde là où il est, en respectant l’environnement et surtout en choisissant un métier qu’il exercera avec motivation, en essayant de contribuer à accroitre les richesses humaines plutôt que matérielles. Je suis curieuse de recueillir leurs avis, de voir comment ils se projettent dans cet avenir.
Les élèves cherchent avec sérieux, mais ils donnent tous à peu près la même réponse : « Je n’ai pas de talent. »
Un ange passe… Comment ces jeunes, pleins de vie, peuvent-ils porter un regard aussi négatif sur eux-mêmes ? C’est sûr que ce n’est pas l’école qui leur a apporté des fiertés. Tous ont connu l’échec. L’échec au CEB ou l’orientation vers un enseignement spécialisé… Certains d’entre eux sont en 2e différenciée et ont donc vécu un échec supplémentaire au terme de la 1re différenciée.
Aucun talent ? Que mettent-ils derrière ce mot ?
Après un long silence où toutes ces réflexions me passent par la tête, Nisrine reprend la parole et dit : « On a peut-être un talent, mais peut-être qu’on ne l’a pas encore trouvé, peut-être qu’il arrivera plus tard ? »

Qui cherche trouve

Je relance : « Et si là, tout de suite, on s’en cherchait un ? Il est peut-être plus facile pour les autres de le voir que soi-même ? » Je donne l’un ou l’autre exemple et les élèves prennent alors la parole : c’est lent, ponctué de rires gênés…
« Ayoub est trop doué pour les dessins au pastel. Son oiseau était magnifique. »
« Sankisha, son talent c’est de nous faire rire, elle a beaucoup d’humour. »
« Amine est fort à l’atelier. Quand il avait fini ses pièces en bois, il venait nous aider. »
« Moi, dit Youssef, mon talent ce sera la photographie. J’aime ça. » J’abonde en son sens, c’est un garçon plein de sensibilité et ce sera sans conteste une qualité nécessaire dans ce futur métier.
Lorsque le tour se termine et qu’on a mis en avant pour chacun une qualité, un talent, je relance les élèves sur la question : « Chacun de nous peut faire sa part. Il suffit de trouver comment. »
Ça cale à nouveau, mais certains se risquent timidement :
« Moi j’aide ma mère à débarrasser, ça compte ? »
Je renforce Amine qui vient de parler : « Bien sûr que oui ! Quand on est fatigué après une longue journée et qu’on reçoit un petit coup de main, ça compte énormément ! »
Il y trois filles dans la classe qui sont plus dans le relationnel que dans le travail. Elles arrivent en retard en classe alors qu’elles sont dans l’école bien avant le début des cours. Championnes des bavardages, des remarques, des rires. Elles connaissent tous les potins. Leur bonne humeur constante ferait plaisir à voir si elle n’empêchait pas sans cesse les apprentissages. Je leur dis que pour l’instant ce comportement est plutôt un frein, mais que si elles trouvent un métier où elles peuvent être en contact avec les gens et se servir de cette verve et cette joie, elles deviendront les meilleures de la profession !
« Moi, dit Youssef, j’aime bien écouter les gens et si je peux, j’essaie de les aider. »

Se projeter dans la rencontre

Le temps passe trop vite, je dois faire émerger des questions que l’on pourrait poser à l’auteur mardi.
« On peut lui demander s’il a des enfants ? »
« Non ça ne se fait pas, répond un autre, ça n’a rien à voir avec le livre. »
Je lis la préface où les auteurs se présentent et où l’on apprend que Cyril est papa.
« Alors on pourrait lui demander si ses enfants ont lu le livre et ce qu’ils en ont pensé. »
« On pourrait aussi lui demander s’ils l’ont inspiré pour certaines histoires. »
« Quel est son passage préféré ? »
« Est-ce qu’il y a eu des moments où il a voulu laisser tomber, où il a baissé les bras ? »
« Comment il a rencontré l’autre auteur du livre ? »
« Combien de temps a pris l’écriture ? »
« Est-ce qu’il a un autre métier à part auteur ? »
« Est-ce qu’il a déjà rencontré Jul ? »
Je m’étonne : « Jul ? »
« Ben oui, le rappeur, comme lui-même est célèbre, peut-être qu’il le connait. »
« Est-ce qu’il signe beaucoup d’autographes ? »
« On pourra lui faire dédicacer l’album de la classe ? »
Les questions fusent, la curiosité est bien réelle et la crainte aussi, car nous allons lui présenter nos kamishibaï et les planches illustrées.
« Et s’il trouve ça nul ? »