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Depuis septembre 2004, Bernadette et Florence ont méticuleusement préparé leur projet : fusionner deux classes, la 5e et la 6e primaires, pour ne former qu’un grand groupe de cinquante enfants, avec elles deux comme titulaires. Ça y est, P56 existe, je l’ai rencontré ! L’enfant et les auteures se portent bien.

Ce qui frappe d’emblée quand on est dans ce grand groupe, c’est qu’en effet, chacun « se porte ». Aisément, calmement. Ces cinquante enfants entrent dans le local, vont, viennent, savent qui va où, avec qui, pourquoi. Pas de cohue aux endroits stratégiques, pas de bruit insupportable. Moins que dans certaines classes de vingt que j’ai connues !
Alors, préconiser des classes de cinquante ? Non, non !
Ici, il s’agit d’un projet drôlement pensé et construit. Dans le cas d’un tel désir de deux instits de travailler ensemble, avec tous les enfants, il ne s’agit pas de brandir de belles idées de coopération, non, il s’agit de poigner dans le concret, jusque dans le détail.

Un espace très organisé

Les locaux de cette école sont tous de plain-pied. Trois portemanteaux sur roulettes, avec cintres marqués au nom de chaque enfant, se trouvent dehors, sous l’auvent. Les déshabillages et rhabillages sont rapides. Le soir et en hiver, les portemanteaux se rentrent comme ceux des magasins de vêtements sur la digue à la mer du Nord !.
Les deux locaux sont tantôt séparés par une cloison amovible, tantôt non, selon les activités tantôt adressées aux cinquante enfants, tantôt aux deux classes séparées.
Les enfants sont assis par tables de six. Pratique pour les nombreuses confrontations entre enfants (3 ou 6) sur des situations-problèmes, à résoudre.
Tout autour des deux classes se trouvent une série de casiers-tiroirs regroupés par 4 ou 8 selon les espaces disponibles : un casier-tiroir par enfant, tout près de sa place. Le matériel de chacun s’y trouve. Les classeurs - une couleur par domaine d’apprentissage - sont bien rangés sur le plat des casiers-tiroirs. À chaque changement d’activité, le matériel utilisé est très vite rangé et de l’autre, repris. Les banquettes à couvercle gardent le matériel moins souvent employé. Ces mêmes banquettes servent de sièges supplémentaires quand tous les enfants sont regroupés dans un seul local pour une activité comme le chant par exemple. Une armoire contient tous les livres de références (Bescherelle, Atlas, dictionnaires etc...) Un petit local attenant à la classe contient une longue étagère à casiers pour le rangement de tous les livres classés de la bibliothèque. La planche inférieure sert à déposer sacs et cartables. Les deux titulaires sont très vigilantes à ce que rien ne traîne et rappellent rapidement les distraits à l’ordre.

Des responsabilités

Quatante-trois enfants en ont et les sept autres sont « réserves ». Les responsables sont tirés au sort, tous les quinze jours lors du Conseil commun (CC) aux deux classes. Chacune des responsabilités est tenue par un duo ou un trio d’enfants de 5e et de 6e, mélangés. Sur le grand tableau des responsabilités, des pinces à linge portant chacune le nom d’un enfant (une couleur différente pour 5e et 6e) sont pincées à côté de la ligne de la responsabilité ; cela va de serveur de soupe dans la classe (ils y mangent) à secrétaire au CC, en passant par délégués au Conseil d’école, distributeur-releveur, facteur et autres rangeurs de bibliothèque. Cette liste de responsabilités a été composée avec les enfants lors d’un CC.
Il existe aussi un Conseil de classe pour ce qui concerne les besoins spécifiques de chaque groupe et ce Conseil commun où les secrétaires de chaque classe sont délégués, relayeurs de ce qui, de leur groupe-classe, intéresse tout le monde. La responsabilisation vis à vis de ses propres affaires se construit aussi au jour le jour. Lors d’un moment collectif, les manteaux, boîtes à tartine, thermos, oubliés la veille sont amenés devant tout le monde. Les auteurs d’oubli les récupèrent et doivent se trouver une phrase qui les aidera à ne plus oublier, négliger... par respect de soi et des autres. Leur phrase, ils l’écriront 10 fois.

Un temps bien construit

La semaine est organisée par périodes avec cloison fermée (5e d’un côté, 6e de l’autre) et périodes avec cloison ouverte ( 5e et 6e ensemble). Quand les enfants ont néerlandais, pendant 2h/semaine, le cours est donné par un maître spécial, cloison fermée, en 5e par exemple et, les 2 titulaires travaillent ensemble en 6e, puis on inverse. Certains autres apprentissages se font par classe séparée, d’autres se font ensemble. Le tout, selon un horaire affiché dans chaque local. Chaque jour en tout cas, un ou plusieurs moments collectifs sont prévus : pour « Actualité et nouvelles du jour », pour des travaux d’orthographe et d’analyse (de mots, de phrases), pour les activités artistiques, pour des activités de recherche en français ou mathématique, pour des activités d’éveil, pour du travail individuel. Douze périodes donc en classes séparées dont 6 avec les deux titulaires pour une classe et quinze périodes en grand groupe.

Les possibles relations

Est-ce seulement l’organisation prévue par les deux titulaires et habitée par les enfants qui permettent ce travail à cinquante ?
Elle y contribue beaucoup mais ne suffit pas. Encore faut-il que tous les enfants soient d’accord de travailler ensemble, entre eux et avec leurs deux titulaires, en confiance... D’autant plus qu’avec le type de pédagogie choisie dans l’école, ils seront quotidiennement sollicités pour se brasser à 3, 6, 12, 25 ou 50.
Bernadette et Florence ont pensé à la nécessaire sérénité des relations. Pour la créer et lui donner une assise, elles ont organisé une semaine de classes vertes en début d’année, avec les cinquante élèves, dont la moitié provient de deux classes de 4e et qui, tous ensemble deviendront une classe avec le groupe de 5e. Images et a priori donc au départ. Craintes, rejets.
Au cours de la semaine de classes vertes, ils ont déjà pu s’organiser avec les titulaires, s’approcher, se rapprocher, faire le point chaque jour pour parler les relations, respecter des règles, en construire, se frotter les uns aux autres, mesurer les exigences de leurs titulaires.
À la fin du séjour leur a été remis un questionnaire d’évaluation concernant toutes ces relations.
Il est frappant de constater dans les réponses, toute la lucidité des enfants, leurs découvertes, la conscience qu’ils ont de leur changement de regard les uns sur les autres, l’intérêt qu’ils ont déjà manifesté pour les questions d’organisation.
Bernadette et Florence ont accordé beaucoup d’importance à cette semaine. Elle semble avoir fait berceau pour la mise au monde de P56 [1].

notes:

[1Le prochain épisode concernera des activités et les liens avec les parents