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La classe appelée P56, regroupant une cinquième et une sixième primaires avec deux titulaires, poursuit sa belle marche [1].
Partenaires importants, les parents sont devenus compagnons de route.

Faire avec les peurs

Pas évident, au départ, pour les parents d’être confiants quant aux pratiques possibles dans cette grande classe de quarante-huit enfants. En mars 2004, lorsqu’une première réunion servait à les informer du projet, ils exprimaient beaucoup d’inquiétudes touchant des questions d’ordre pédagogique ou plus personnel : Mon enfant n’ose déjà pas parler dans un groupe de vingt-cinq, comment osera-t-il dans un groupe doublé ? Avec cinquante enfants, il y aura trop de bruit, ils ne pourront pas apprendre.
Des parents débarquaient même à tous moments chez les titulaires d’alors pour dire leurs craintes.
Si bien que pour y gagner en sécurité de part et d’autre, les titulaires de la future P56 ont demandé l’aide du Conseil de Participation. Ce qui allait permettre de donner un caractère plus collectif et plus officiel aux démarches individuelles des parents.
Les parents membres du Conseil de Participation ont donc rassemblé toutes les questions des parents et les ont transmises aux deux enseignantes. Celles-ci ont répondu dans le détail, à l’aide d’un écrit transmis à tous les parents de la future P56 et aussi, sur demande, aux parents d’autres années.
Cela allait du planning détaillé d’une semaine aux modalités d’évaluation du projet, en passant par des explications à propos des différenciations inventées en rapport avec les âges des 5me et des sixième, la gestion de la parole de chaque enfant, les relations de travail entre les deux titulaires.
La rentrée de septembre fut donc assez sereine. Le jour de la rentrée une trentaine de parents étaient quand même présents pour voir comment cela allait se passer mais ils n’étaient plus tendus.

Donner à partager

Dès le 9 septembre vint la semaine des classes vertes et tout ce qui s’y passa, entre autres, en termes de rencontres et de découvertes entre les enfants des deux classes de départ, via les activités inventées, les règles construites, les carnets de bord tenus, les solidarités vécues.
Un petit mois après le retour des classes vertes, les parents ont été invités à venir voir et entendre. Une exposition de photos et de travaux (maquettes à propos des métiers d’autrefois par exemple), une projection de photos, des textes des enfants, des carnets de bord, des traces des trois semaines de travail après les classes vertes, sur les premiers jets réalisés là-bas, tout cela permettait aux parents de se faire une idée du vécu des enfants. Ils ont pu voir le mélange entre les enfants des deux classes, ils ont pu entendre les textes lus par des enfants (jusque là assez renfermés, pour certains... et montés ce jour-là sur une chaise pour lire des mots très personnels) disant leurs craintes de départ et leur transformation. Cette soirée-là se clôtura par un souper avec apport de chacun. Un moment fort donc, entre enfants, parents et titulaires. Les enfants étaient contents et fiers de cette soirée. Les parents avaient vu la qualité du travail réalisé en un bon mois, les relations créées entre les enfants et l’organisation soutenant le tout.
Si bien que ces parents disaient ne plus avoir besoin de la réunion programmée pour la semaine suivante.

Faire part des apprentissages

En effet, cette réunion était prévue par les deux titulaires pour parler en détail des différentes modalités d’apprentissages en P 56. Malgré la confiance revenue elles ont préféré maintenir cette réunion vu l’importance pour elles de faire savoir aux parents comment leurs enfants apprennent.
Elles ont donc présenté l’horaire d’une semaine avec photos d’enfants au travail dans cette grande classe. Elles ont raconté des démarches réalisées en français, en math, en éveil. Elles ont parlé de l’ambiance pendant les repas (qui se font en classe), du travail à domicile, du travail individuel, des activités artistiques etc. Le tout avec dias, maquettes, plans, textes. [2]
Maintenant que la confiance est établie, on peut vraiment travailler, disent les deux titulaires enthousiastes.

D’après les propos recueillis auprès de Bernadette Moors et Florence Lengelé par Noëlle De Smet.

ps:

Gwendoline
Avant les classes vertes, je me sentais mal. J’avais l’impression d’être une petite fille nulle et que je ne trouverais jamais ma place. J’avais peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas sympathiser avec les sixièmes, peur de faire partie du groupe P56. J’avais peur de Bernadette et de Florence, peur des activités avec les autres ... bref, j’avais peur de tout !
Maintenant, ça va beaucoup mieux : j’ai découvert que j’avais une place dans le groupe, que Bernadette n’est pas un monstre et que Florence est pleine de bonnes intentions et de gentillesse.
Le groupe P56 est génial ! Et à propos des sixièmes, ce ne sont pas des monstres, il suffit de les connaitre, d’apprendre à vivre ensemble et voilà !

Jonas
Avant les classes vertes, je me sentais bien avec les sixièmes. J’avais peur de ne pas me sentir bien avec les cinquièmes.
J’avais peur du bruit.
J’avais peur qu’il y ait une mauvaise ambiance dans la classe.
J’avais peur que ce soit les sixièmes d’un côté et les cinquièmes de l’autre ?
J’avais peur de ne pas être accepté par les cinquièmes.
J’avais peur que les nouveaux ne soient pas intégrés.
Et après les classes vertes, toutes mes craintes sont parties !

notes:

[1Voir les deux premiers actes de cette saga dans les numéros précédents de Traces : N°173 (une préparation méticuleuse), N°174 (une organisation rigoureuse et des relations soignées).

[2Dans un prochain épisode de P56 il sera question de ces modalités d’apprentissages.