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Réflexions en vrac à propos de l’enjeu politique de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture à l’école...

L’écriture est un outil essentiel de notre démocratie. Elle permet de fixer les règles (les lois) et de les communiquer. Elle favorise la circulation de l’information sans la déformation et la sélectivité propre à la communication orale. Elle permet également l’élaboration collective des idées (par exemple, ce que j’écris ici est communiqué à d’autres qui peuvent en faire quelque chose, seuls ou ensemble, directement ou plus tard). Pour peser dans un processus démocratique de décision, il faut maitriser la langue écrite (comprendre ce qu’on lit et pouvoir mettre ses idées par écrit). Celui qui ne la maitrise pas est considérablement déforcé.

Dans la résolution de problèmes, toutes disciplines confondues, le passage par l’écrit est un moyen de prise sur le réel : la mise en phrases écrites implique, bien plus que dans le discours oral, une activité réflexive, une mise à distance de la réalité que l’on veut exprimer, c’est une pratique « conceptualisante ». C’est aussi une école de rigueur car quand on écrit se pose, plus qu’à l’oral, la question du choix des mots et de leur agencement.

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Qu’est-ce qui explique ces différences essentielles entre expression écrite et expression orale ? À mon avis, c’est d’une part le temps que demande l’activité d’écriture par rapport à la prise de parole et, d’autre part, le fait qu’un écrit sera relu et le plus souvent corrigé avant d’être communiqué.

Notons qu’il en sera de même pour une conférence ou un discours qui, même s’ils sont dits, sont d’abord préparés, construits sur le mode de l’écrit ; l’orateur aura pris le temps de réfléchir à ce qu’il allait dire, de structurer son discours. La conférence et le discours appartiennent, tout comme le texte, à la culture écrite.
Chaque enseignant démocrate devrait avoir la préoccupation de contribuer à ce que les élèves qui lui sont confiés progressent dans la maitrise de la culture écrite. Cependant, nombre d’enseignants n’aiment pas lire, d’autres n’aiment pas écrire, certains n’aiment ni l’un ni l’autre ; probablement parce qu’eux-mêmes ne se sont approprié qu’imparfaitement la culture écrite.

D’autres, tout en étant eux-mêmes lecteurs et écrivains, renoncent à former leurs élèves à ces compétences, soit parce qu’ils estiment que ce n’est pas leur travail (« Je ne suis pas prof de français »), soit parce qu’ils sont convaincus que leurs élèves ou une partie d’entre eux ne sont pas capables d’accéder à ce type de culture, soit parce qu’ils pensent que lire et écrire sont affaire de gout (on aime ou on n’aime pas) et que l’école n’a rien à voir là-dedans.

Lecture et écriture sont au cœur des pratiques de pédagogie institutionnelle. Mais sommes-nous tous égaux face à ces outils indispensables ? En tant qu’enseignants, ne devrions-nous pas plus nous soucier de leur appropriation par tous nos élèves afin que nul ne soit laissé sur le côté ? Et ne devrait-il pas en être de même pour les responsables de formations en pédagogie institutionnelle vis-à-vis des stagiaires qui leur sont confiés ?