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Être directeur (ou directrice) d’une école fondamentale, c’est un peu être un père (ou une mère) de tout le petit monde de l’école. En toute simplicité et sans se prendre la tête.

Pour les enfants, d’abord...

En écoutant, en cas de conflit, les avis des belligérants, en les laissant parler l’un après l’autre. En demandant à l’un : « Tu trouves qu’il a raison ? » et de même à l’autre : « Et toi, tu trouves qu’il a bien expliqué ? ». Puis, après avoir rappelé que, si la colère est justifiée, les coups, eux, sont interdits, mettre au point, pour un temps limité (on fait le point dans un mois et on se retrouve à trois ici !), une technique de repli stratégique (avec aide extérieure si nécessaire) en cas de conflit futur.
Parfois, la colère est telle que les enfants restent à deux dans un local à côté de mon bureau pendant quelques récréations avec un livre. Le temps de se calmer et de retrouver, dans un même lieu, une cohabitation (forcée) calme et sous ma supervision. Je passe de temps en temps pendant la récré pour voir si tout va bien et s’ils n’ont besoin de rien. Ces enfants nécessitent d’être « repris en main », physiquement. D’autant plus que, parfois, ils sont dangereux pour les autres. Et pour eux-mêmes.

Pour mes collègues ensuite...

Je suis souvent un rempart, un médiateur, un triangulateur. Entre eux et les enfants. Particulièrement ceux qui les énervent. Quand un adulte explose sur un enfant, j’interviens en lui rappelant un devoir déontologique de « soigner » sa colère dans les lieux prévus pour cela (les concertations hebdomadaires). S’il est tellement « touché » par cet enfant (ou ce parent) c’est que ça travaille en lui et c’est donc de ça qu’il faut (entre autres) parler en concertation. La jouissance de sa propre colère est destructrice. La conscience que cette colère est répétitive devient un signal intéressant sur le chemin à parcourir et sur le travail à accomplir pour que chaque colère soit décidée, librement et pas subie impulsivement. En tout cas devant les enfants ou les parents. Mes collègues m’envoient (et je les encourage dans cette prudence) les enfants avant « qu’ils ne tapent dessus », tellement « ils me tapent sur les nerfs ». J’accueille toujours les enfants en leur demandant : « Sais-tu quand tu pourras rentrer en classe ? Et si tu rentres, que vas-tu dire ? Est-ce que tu veux, quand tu seras prêt à rentrer, que j’aille en classe avec toi et que j’explique à ton professeur ce que tu as compris de ce qui s’était passé ? » Et en concertation, avec les collègues, on essaie de comprendre, de légitimer la colère (au moins, quand on se met en colère, on ne se résigne pas, on ne se soumet pas à l’inacceptable !), de rappeler l’interdit du passage à l’acte, de rappeler les précautions et autres protections indispensables à construire autour de ses fragilités pour ne pas impliquer des enfants dans ce qui nous appartient, pour ne pas les considérer comme des partenaires dont dépend notre bonheur notre équilibre. De responsabiliser nos folies.

Les lois

C’est parce que les limites existent que la vie sociale est possible. « De la loi nait la parole et de la parole nait la loi » disait Françoise Dolto. C’est la cohabitation des lois et des lieux de parole (pour les modifier, les adapter en fonction des problèmes rencontrés) qui rend la vie de l’école dynamique. Les adultes sont les garants des lois. Ils interviennent chaque fois que les lois sont transgressées. Les lois n’ont de sens que si les garants les font respecter et que si ceux-ci réagissent quand elles ne le sont plus. La gestion des limites et des sanctions est le travail de toute l’équipe des adultes qui encadrent les enfants dans et en dehors des classes. La loi est l’affaire de tous. Elle se construit avec les enfants. Elle structure, par ses interdits, ce qui est possible ou pas. Elle sépare ce qui est privé et public. Elle canalise nos forces destructrices et organise nos forces créatrices.
Et moi, directeur d’école, je suis garant des garants...