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Une juste place pour le promoteur d’un travail de fin d’étude.

Au sein du département normal secondaire de notre école, l’objectif du travail de fin d’études est de donner « l’occasion à l’étudiant de réaliser, sur un sujet donné en prise avec les réalités du métier d’enseignant, un travail de recherche et de communication à caractère à la fois scientifique, pédagogique et didactique ». [1]

Ce travail s’ancre à la fois sur les intérêts des étudiants, leurs premières pratiques et questions mais également sur les réalités du terrain par le biais des maitres de stage et des formateurs de l’école normale.

Un projet ambitieux pour l’étudiant mais également pour les formateurs qui doivent donner les moyens pour qu’il devienne réalisable. Afin de préparer les étudiants, nous organisons des séminaires. Ceux-ci sont non seulement destinés à l’émergence des sujets mais également à présenter la plaquette qui explicite les exigences du TFE.

Tel que défini dans la brochure qui présente notre conception du TFE et ses exigences pratiques, le promoteur conseille, guide et soutient l’étudiant. En tant que formateur, ce type de travail est pédagogiquement intéressant. En effet, une fois n’est pas coutume, ici, on prend véritablement le temps de s’intéresser au projet personnel de l’étudiant. C’est l’occasion d’échanger sur nos représentations respectives du métier d’enseignant et de les faire évoluer.

Quelques embuches

Cette individualisation pose des difficultés et engendre quelques dérives. En voici quelques exemples.

« La symbiose ». Le promoteur peut être tellement impliqué dans le processus d’élaboration, en tentant de répondre au maximum aux besoins de l’étudiant, qu’il n’arrive plus à prendre distance et donc à conseiller efficacement. Cette fusion fait qu’on tourne en rond. Le promoteur étant tellement impliqué qu’il n’arrive plus à poser les questions qui devraient permettre d’avancer. Le rôle du comité d’accompagnement devient alors primordial : son regard externe permet souvent de débloquer la situation.

« L’identification ». Dans certaines situations, on ne sait plus à qui appartient le TFE. Deux raisons possibles. Soit l’étudiant a choisi de travailler dans un domaine qui nous est cher, dans lequel on a une certaine compétence : on aura tendance à mettre un peu trop sa marque. Ce qui arrange parfois l’étudiant, pour diverses raisons, mais pas toujours… Soit l’étudiant éprouve de telles difficultés (cerner la problématique, recherches bibliographiques, écriture,…) que l’accompagnement peut devenir trop intense.

« L’indépendance ». Au contraire de ceux qui sont en attente perpétuelle du promoteur, il y a ceux qui confondent autonomie et indépendance. Il y a des étudiants qu’on ne rencontre pratiquement jamais pour l’élaboration de leur travail. Ils signent un contrat qu’ils ne respectent pas. Quel est le rôle de guide du promoteur ? Les interpeller ? Se dire qu’ils sont adultes et qu’ils prennent leurs responsabilités ? Quelles sont les limites ?

« La thérapie ». Le TFE doit être un projet personnel. L’étudiant doit se sentir impliqué dans ce projet, mais jusqu’où ? Même si ce travail a des conséquences sur le développement personnel de l’étudiant, nous n’avons pas pour objectif d’en faire un outil thérapeutique. Que faire ? Écarter les projets relevant plus du domaine psychologique ? Cela n’a pas de sens, mais je constate que mettre en garde ne suffit pas.

L’évaluation ?

Nous avons opté pour une évaluation commune et concertée du comité d’accompagnement. L’intérêt de la démarche est que les regards sont très différents mais complémentaires :

  • le promoteur éclaire sur le processus poursuivi par l’étudiant, les difficultés rencontrées, les aides apportées, les initiatives,…
  • le lecteur de l’école normale, moins impliqué, peut de manière plus objective donner son avis sur le produit par rapport aux critères d’évaluation du département ;
  • le lecteur extérieur complète le tableau en apportant un regard venant du terrain où régulièrement, l’objet du TFE a été expérimenté.

Mais ce croisement ne nous satisfait pas totalement. Il ne suffit pas. Quelques difficultés directement liées aux dérives évoquées ci-dessus apparaissent :

  • le rôle de juge et partie est d’autant plus difficile à tenir quand le promoteur participe trop activement à l’élaboration du travail ;
  • régulièrement, nous sommes confrontés au problème du plagiat, notamment par ceux qui ne font jamais appel au promoteur durant l’année. Que faire ? Plusieurs moyens ont été mis en place, mais ne suffisent pas.

Le promoteur est partiellement garant du caractère personnel du travail. C’est pourquoi l’exclure de l’évaluation n’aurait pas de sens. Par contre, limiter son apport pourrait répondre aux deux difficultés. À voir !

notes:

[1ENCBW/Normal secondaire, Le travail de fin d’études, 2000.