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Des enseignants sont confrontés de façon abrupte à des élèves qui sont perdus au début de l’enseignement secondaire. Ils sont plongés dans le réel de ce que ces jeunes donnent à voir et leur grande préoccupation est de chercher comment les accrocher pour des apprentissages.

Difficultés, échecs, démotivation, décrochage sont autant de mots régulièrement utilisés pour parler de ces élèves. L’occasion se présente ou se prend rarement de s’arrêter au « pourquoi est-ce ainsi ? » [1] L’urgence des délais d’apprentissage, la pression du quotidien remuant, le manque d’outils d’analyse et d’intervention, le fait de vouloir rapidement vers le « que faire ? » [2] sont sans doute des facteurs qui poussent à s’investir directement, et avec beaucoup de mobilisation, dans les « comment ? »
Nous avons pointé au moins une hypothèse de réponse au pourquoi des difficultés d’accroches et d’attention à l’école, au pourquoi d’un manque d’intérêt soutenu pour un contenu. Aujourd’hui, un enfant peut évoluer dans une société où il obtient tout, tout de suite, d’un clic, il accède à une série d’informations ; il peut aussi être considéré comme l’égal de tous, y compris donc des enseignants. Ce contexte semble le mettre en difficulté dans notre système d’enseignement où il est nécessaire d’expérimenter des frustrations liées à l’apprentissage et à l’apprentissage collectif, où, pour grandir, il y a nécessité de mettre de côté sa toute-puissance. De quels moyens disposons-nous pour aller à l’encontre de ces phénomènes de société ?
Nous avons cherché du côté de ceux dont nous pensons pouvoir disposer plus facilement : des manières de construire avec et pour les élèves une sorte de « mieux-être-là ». Depuis cette année, nous avons décidé d’offrir des cours de méthode de travail aux élèves de 1S et 1C [3]. Ensuite, nous avons organisé un grand jeu de l’oie dans un parc, avec des questions/jeux de langue française et de mathématiques. Lorsque le lieu change, il y a aussi du changement du côté des élèves, ils participent et s’investissent différemment. Notre enseignement est sujet à de multiples réformes, mais trop souvent le lieu, la classe et la manière d’enseigner restent identiques. « On a un enfant nouveau, dans une ancienne école. » [4]

Faire attention

Lors d’un petit questionnaire écrit, à la question sur les comportements à adopter pour se donner toutes les chances de réussir, nombreux sont ceux qui ont pointé la nécessité de l’attention. Or, lors d’un brainstorming (approche très appréciée des élèves), nous avons constaté que « faire attention » était pour eux la simple reprise des « sois attentif, écoute attentivement, ne sois pas distrait… ». Cette injonction leur est répétée tellement souvent et dans des contextes si divers (école, maison, activités extrascolaires…) qu’elle en perd son impact. Comment dès lors faire prendre conscience de l’attention requise dans le cadre scolaire ?
Afin que chaque élève perçoive son propre mode de fonctionnement, nous l’avons incité à mettre des mots sur ce qu’il met en place dans le geste de l’attention : ses attitudes, ses comportements et son activité mentale. Une étape difficile pour certains, mais ô combien riche quand il s’agit de comparer les stratégies de chacun et de s’en nourrir mutuellement. Cette concrétisation l’aide à mieux s’apercevoir de ce qui se passe dans sa tête. Nous constatons en effet que toute approche frontale, voire purement théorique, n’est pas fructueuse. Dans notre cours, l’élève peut expérimenter, par exemple, ces « gestes » de l’attention. Un des buts est qu’ensuite, il puisse transposer plus aisément les techniques abordées dans ses autres cours.
Deux activités ont dès lors été proposées. La première consistait à séparer le groupe en deux, l’un devant être attentif, l’autre pas, et ce durant la lecture d’un texte par le professeur. Nous avons comparé ensuite ce que chacun en avait retenu et les élèves ont pu s’apercevoir par eux-mêmes de l’impact de leur attention. Les gestes d’attention et de mémorisation ont aussi été exercés via un jeu de langue française consistant à « évoquer et apprendre, de façon concomitante, un maximum de mots appartenant à 6 listes de 3 à 6 mots selon des critères sémantiques, métaphonologiques ou d’orthographe d’usage » [5]. Il était passionnant de voir avec quel enthousiasme et quel attrait les élèves participaient à ce genre d’activités et d’observer la fierté avec laquelle ils partageaient ce qu’ils avaient retenu.

Se détendre, se concentrer, mémoriser

L’attention a encore été travaillée grâce au yoga. À travers cette discipline, nous avons également abordé la relaxation, la concentration… Le Braingym a lui aussi permis d’apprendre, par quelques exercices, à gérer la fatigue, le stress et à faciliter la mise au travail. Les élèves sont souvent demandeurs de ce genre de pratiques. Nous avons aussi travaillé, réfléchi sur fond musical et commencé le cours par un intermède musical, afin de créer un petit rituel avant de se mettre au travail et de calmer les élèves, tout comme le professeur. Faites-en l’expérience et vous constaterez peut-être que votre ton et votre rythme de voix sont plus apaisés.
Il est tellement souvent demandé à l’école de mémoriser, mais qu’en est-il de l’apprentissage de ce « geste mental » ? Nous leur avons donné une piste. Nous leur avons demandé de noter sur une feuille blanche, en fin de journée, tout ce dont ils se souvenaient pour chacun des cours. Ils ont dû comparer et compléter leurs notes avec leur journal de classe et ensuite avec leurs cours. L’objectif est que tous tentent de se souvenir de ce qu’ils ont vu en classe. Cela leur permet aussi (peut-être) de découvrir directement ce qu’ils n’ont pas compris et d’y faire face au plus vite (en posant par exemple des questions au professeur). Dès lors, lorsqu’ils revoient leurs notes avant une interrogation, il ne s’agit plus d’un cours qu’ils ont passivement suivi quelques jours auparavant, mais bien d’une matière qu’ils ont pris le temps de retravailler par eux-mêmes et pour laquelle ils se sont posé des questions.
Nous constatons que les élèves qui le font avec sérieux sont généralement contents des résultats de cette méthode. Lors d’un petit questionnaire réalisé dans un des groupes pour voir ce qu’ils mettaient régulièrement en place dans leur apprentissage et qui leur permettait de progresser, cette façon de faire a été placée en tête.

Étudier un cours

Là encore, on fait souvent comme si le « étudie la leçon » allait de soi. Lors d’un cours, nous avons imité, en exagérant les traits, un élève qui ne ferait que lire son cours en n’ayant rien compris et qui ne pense qu’à aller sur MSN. Le jeu d’acteurs les amuse beaucoup, mais les amène surtout à poser un regard extérieur sur leur fonctionnement. Commencer par s’assurer de la compréhension : dans ce travail, le plus important est de faire émerger la compréhension des contenus par les élèves eux-mêmes, et non de donner les réponses aux questions qu’ils posent à propos de matières non comprises.
Il s’agit d’une réelle co-construction entre eux, le professeur étant juste présent pour susciter le débat. Et là, nous sommes au centre de ce qui manque réellement chez beaucoup d’élèves : ils ne regardent pas les titres, ce qui les empêche de faire les liens entre le global et le détail, ils laissent les définitions incomprises de côté, ils ne se posent pas de questions s’ils ont des doutes sur la compréhension, ils ne cherchent pas à aller plus loin. Il est donc nécessaire de faire ressortir la table des matières et d’en expliciter l’intérêt via, entre autres, la métaphore du puzzle (un tout constitué de différentes parties liées entre elles). Cette démarche d’analyse d’un cours plait, car les élèves comprennent ce qu’il y a lieu de faire pour s’approprier une matière et l’importance de ne pas négliger des mots incompris.
Notre envie pour les mois à venir réside dans un objectif : tenter d’amener l’élève à éprouver du plaisir à être là, en classe, pour apprendre. Faire prendre conscience à l’élève de ses intelligences « préférentielles » [6] et lui apporter des outils concrets pour qu’il puisse, nous l’espérons, aborder, travailler, transformer… ses cours de manières différentes et peut-être plus proches de son fonctionnement intellectuel.
Une autre piste serait de travailler des sujets précis à travers le jeu. Bruno HOURST [7] défend très bien cette idée et nous propose des jeux-cadres à exploiter à différents moments de l’apprentissage. L’obsession du résultat est tellement moins présente dans le jeu qu’il permet plus de souplesse chez le participant. Celui-ci se sent autorisé à prendre des risques, peut-être celui d’aller vers l’inconnu.

notes:

[1Approche et rubrique reprise de l’Entrainement mental, qui peut être un de ces outils nécessaires.

[2Approche et rubrique reprise de l’Entrainement mental, qui peut être un de ces outils nécessaires.

[31C = 1re commune, 1S = une année complémentaire pour des élèves qui n’ont pas réussi la 1C.]. Nous partageons ici notre courte expérience et nos recherches de professeurs qui tentent d’aider les élèves à s’en sortir…

Quelque part avec d’autres

L’une des premières étapes de l’année a été de faire exprimer par chacun, à travers un dessin, sa représentation de l’école. Pour l’un, elle n’était autre que les barreaux d’une prison, alors qu’un autre la voyait comme un tremplin permettant de se propulser vers le « haut ». Les élèves qui le souhaitaient ont partagé leur représentation avec la classe, ce qui a entre autres permis à certains de montrer leur talent de dessinateur. Représentations… et déjà un peu valorisation.
Toujours en début d’année, une matinée a été consacrée à renforcer la solidarité dans le groupe. Nous avons fait appel à Jean-Paul LANG pour animer le « Drama »[[Activité ludique et éducative qui se réfère à la pédagogie, en s’appuyant sur des techniques théâtrales. Il utilise le théâtre comme outil et non comme finalité.

[4M. TARDIF, C. LESSARD, L’école change, la classe reste, dans Sciences humaines, n° 111, déc. 2000.

[5C. BOUTARD, Course à l’apprentissage, Ortho Édition, 2005.

[6Voir le concept des intelligences multiples établi par H. GARDNER.

[7B. HOURST, Au bon plaisir d’apprendre, InterEditions, 2008.