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Dans le cadre du collectif [1] de printemps de la CGE, débat entre les syndicats d’enseignants et le mouvement pédagogique.

La CGE ouvre le débat par les propositions suivantes :

Ne dites pas à ma mère que je suis enseignant

Le refinancement, d’accord. Mais par quoi commencer ? Les bâtiments, l’équipement, les salaires, les méthodes, les programmes, la formation initiale, continuée...? Les enseignants se sont laissé enfermer dans un débat misérabiliste, sans cohérence. Les signes du délabrement de la profession sont aujourd’hui bien visibles : il y a pénurie d’enseignants et de jeunes qui se destinent à la carrière, les conditions d’accès à la profession se détériorent et, plus important encore, les enseignants n’ont plus de légitimité professionnelle, ni face aux décideurs, ni face aux pédagogues, ni face aux parents. « Qu’ils arrêtent de revendiquer plus de moyens » et/ou « Avec ce qu’ils coutent déjà, qu’ils fassent correctement ce qu’on leur dit de faire ! »

Y a-t-il un enseignant dans l’école ?

Bienvenue !

Faudra-t-il un jour se poser cette question ? N’y aura-t-il bientôt plus dans l’école que des formateurs et des éducateurs ? Après avoir subi la dévalorisation de leur profession dans les années ’90, les enseignants assisteront-ils sans broncher à la disparition de leur métier ?

Notre métier doit devenir un métier collectif dans lequel la reconnaissance réciproque des compétences de chacun, des qualifications professionnelles et des expériences, constitue la garantie d’une culture professionnelle capable de s’adapter, de s’évaluer et d’évoluer. La revendication d’un outil de travail à la mesure des ambitions affichées par l’école est une priorité.

Pour cela, il faut réussir à la fois la revalorisation de la profession, la renégociation du contrat de travail des enseignants et la refonte de leur formation initiale et continuée.

Renégocier le contrat de travail des enseignants ?

Le travail des enseignants est composé de trois sortes de temps :

  • le temps contraint : travail dont la quantité et le contenu font l’objet d’une définition stricte ;
  • le temps négociable : travail, principalement des services, dont la quantité et le contenu sont définis, mais de manière floue, et qui font donc l’objet de négociations collectives et/ou individuelles au sein de chaque école ;
  • le temps indépendant : travail dont le contenu est implicite dans le contrat de travail mais qui ne fait l’objet d’aucune définition et d’aucune quantification ; il échappe donc à tout contrôle de l’institution.

Le temps contraint, constitué du nombre de périodes de cours que doit prester chaque enseignant en classe, est la partie mesurable et contrôlable du travail. La quantité de ce travail qui est exigée de chaque enseignant est liée à un coefficient multiplicateur dont l’objet est de reconnaitre la nécessité d’un travail de préparation et d’évaluation lié à ce temps de cours (le travail indépendant). Ce coefficient est variable en fonction du niveau d’enseignement. Il est actuellement de +/- 1.6 pour les régents, 1.45 pour les instituteurs, 1.75 pour les licenciés dans le secondaire supérieur et 3.5 dans l’enseignement universitaire sur une base de 35 heures semaine. [2] Cela suppose donc que plus les élèves sont loin dans leur parcours scolaire, plus il faut de temps pour préparer les cours. Parce que les contenus se complexifient ? Ou parce que les niveaux de formation initiale des enseignants leur donnent droit à des niveaux différents de reconnaissance sociale ?

Cette façon de mesurer le travail des enseignants fait l’impasse sur le temps négociable : les services à l’école, d’abord liés à l’activité pédagogique, ensuite peu à peu liés aux tâches nécessaires au bon fonctionnement d’une école, sont ainsi devenus non quantifiables a priori, ce qui permet à la Communauté française et aux directions d’école d’en exiger l’augmentation sans devoir engager de personnel supplémentaire, simplement en augmentant la charge de travail des enseignants. Retiré du temps contraint par les restrictions budgétaires successives, cela revenait en fait à intégrer la prise en compte de ce temps négociable dans le calcul du coefficient multiplicateur et a impliqué plus d’heures de cours en classe pour chaque enseignant.

Les enseignants ont réagi de diverses manières : en augmentant globalement les différents temps de leur travail, en négociant durement avec le chef d’établissement leur part de temps de services et en reportant donc cette charge sur d’autres collègues, en bâclant le temps de services ou en diminuant leur temps indépendant. Chacune de ces réactions a contribué à sa manière à la dévalorisation de la profession.

Il est donc devenu urgent de renégocier le contrat de travail des enseignants. Pour que le travail pédagogique collectif soit possible et pour que l’école ne puisse plus penser l’augmentation des tâches attribuées aux enseignants sans prévoir leur incidence en terme d’augmentation d’emplois. Faut-il pour autant passer à un régime de 35 heures de temps contraint ? Nous ne le pensons pas.

La formation continuée : comment la valoriser ?

On ne peut pas attendre l’avènement d’une nouvelle génération d’enseignants armée d’une meilleure formation initiale. Il n’est d’ailleurs pas possible que les connaissances nécessaires à un enseignement efficace soient toutes acquises en formation initiale : il faut continuer à pratiquer soi-même l’apprentissage pour pouvoir apprendre aux autres, rencontrer des problèmes dans sa pratique pour s’intéresser à leur trouver des solutions et s’exercer à travailler en équipe pour rendre le métier collectif.

Pour ces trois raisons, la formation continuée des enseignants est un investissement prioritaire. Elle doit être accessible à chaque enseignant, adaptée à sa situation concrète, professionnelle et familiale ; elle doit permettre des orientations distinctes, laissées au choix des individus, et trouver une valorisation salariale.

On pourrait distinguer trois types de formation continuée :

  • des formations courtes à la demande des enseignants, pour améliorer leurs compétences personnelles : formations libres et non comptabilisées dans le temps de travail ;
  • des formations courtes, demandées par les directions d’école, en concertation avec les équipes pédagogiques : formations obligatoires et comptabilisées dans le temps de travail contraint (ce qui demande que du NTPP [3]supplémentaire soit accordé aux écoles) et qui devrait comporter des séances d’auto-formation, de partage d’expériences entre pairs, nécessaires à la constitution des équipes pédagogiques ;
  • des formations longues et certifiées dont le but serait d’augmenter et de diversifier les compétences disponibles dans l’enseignement : formations certifiées par des diplômes donnant accès à différents métiers de l’enseignement (valorisés dans le salaire et exercés à temps partiel, à côté d’une activité continuée d’enseignant), formations libres mais favorisées par un crédit d’heures (réduction du temps de travail contraint et rémunération hors NTPP).

Il s’agirait de définir ce qui serait considéré comme formation courte ou longue, libre ou obligatoire, comme certification, comme unité certifiée capitalisable pour une valorisation salariale, de définir également le nombre de jours/année à consacrer aux formations, les différents métiers de l’enseignement, les projets donnant accès à des formations longues...
Rémunérer les formateurs de la formation continuée, valoriser en termes salariaux les métiers d’enseignement auxquels les formations continuées longues donneraient accès, financer le système de crédits d’heures associé à ces formations, augmenter le NTPP pour permettre les formations courtes demandées par les directions d’école, c’est-à-dire remplacer dans leur classe les enseignants en formation, voilà l’investissement prioritaire que demande la formation continuée.

Car nous ne pensons pas qu’il faille allonger la formation initiale des enseignants, et multiplier les stages de formation active.

Il va falloir se battre

Le refinancement annoncé ne suffira pas. Soit le gouvernement de la Communauté française se résout à assumer le carcan budgétaire et adapte ses ambitions à la réalité du terrain. Soit il tient réellement aux idéaux qu’il avance et se résout à renégocier le cadre budgétaire !

Parce que nous tenons à ce que l’école financée par les pouvoirs publics soit en mesure de donner à tous de réelles chances d’émancipation sociale, nous avons fait notre choix : refinancer l’enseignement et organiser les réformes avec les enseignants, dans le sens d’un métier collectif, en équipes pédagogiques, qui rende possible le partage de l’expérience professionnelle entre pairs et redevienne un métier attractif et valorisé socialement.

ps:

La CGE, mouvement pédagogique, fait des propositions et les confronte aux positions des syndicats d’enseignants.

notes:

[1Assemblée générale du mouvement. Le débat du 25 mai est ouvert au public.

[2Estimation : 35 heures divisées par le nombre d’heures de cours prestées pour un temps plein.

[3NTPP = Nombre total de périodes - professeur.