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Contre ploutocratie et théocraties...

L’École ou la guerre civile : c’est ainsi que Philippe Meirieu et Marc Guiraud ont intitulé leur livre, en 1997. La guerre civile, nous y sommes, à l’échelle mondiale, depuis le 11 septembre et le 7 octobre. Guerre entre qui et qui ? Entre une théocratie et la ploutocratie. Théocratie : gouvernement au nom d’un dieu, par des religieux. C’est manifestement le cas des Talibans. Ploutocratie : gouvernement par les plus fortunés. Ceci est le cas au niveau mondial, depuis que les États-Unis, en tissant l’alliance hiérarchisée qui accepte leurs bombardements sur l’Afghanistan, ont mis entre parenthèses les Nations Unies.

À l’affrontement mortifère de ces deux pouvoirs, l’école serait-elle une alternative ? Et quelle école ? Certainement pas l’école où l’on oblige les enfants à ânonner des vérités révélées. École plus présente dans le monde arabo-musulman que dans le monde judéo-chrétien, mais à peine plus. Et pas non plus la double école où les enfants des pauvres sont parqués en attendant l’exclusion sociale et où l’on confine les gosses de riches dans le culte de la compétition et l’ignorance de la société où ils vivent. École plus présente dans le monde anglo-saxon que dans les pays latins et germaniques d’Europe, mais à peine plus.

L’école qui peut préparer de nouvelles générations à vivre en paix est une école où l’on apprend à écouter l’autre et à exprimer ses propres désirs, à construire des institutions qui permettent de vivre avec ceux que l’on n’aime pas, à respecter la loi qu’ensemble on s’est donnée. C’est l’école que le mouvement pédagogique essaye de développer au travers des conseils d’élèves, de la pédagogie institutionnelle et de l’auto-socio-construction des savoirs.

Une école hétérogène

C’est l’école de la démocratie. Démocratie aussi différente de la ploutocratie que de la théocratie. Différence théorique qu’il importe de dégager d’une pratique confuse où ces trois principes sont mélangés en proportion variable selon les pays. Pour que chaque enfant puisse y apprendre à vivre et à négocier avec des « autres », cette école de la démocratie doit être hétérogène, culturellement et socialement. Or, une école hétérogène est aussi le meilleur remède contre l’exclusion sociale et la reproduction des inégalités. Cette école est donc aussi celle de l’égalité sociale. Et celle du développement durable, car l’auto-socio-construction, qui a partie liée avec la gestion démocratique de la vie en classe, est nécessaire pour donner au plus grand nombre une intelligence de la nature et de la société, elle-même indispensable à la restauration des équilibres écologiques. Équilibres écologiques et égalité sociale nécessaires à un développement mondial qui s’écarte de l’affrontement terroriste entre ploutocratie et théocratie.

Cette école de la démocratie est nécessairement l’émanation - plus ou moins directe - d’un pouvoir public, lui-même aussi démocratique qu’il peut l’être, dans son pays et à son époque. Ceci bien que toute école publique ne soit pas une école de démocratie.

Condition nécessaire mais non suffisante du développement d’une école de la démocratie, le caractère public de l’école est menacé, en ce même début de XXIè siècle, par une volonté de marchandisation de l’enseignement à l’échelle mondiale qui se manifeste ouvertement à la conférence de l’OMC, au Qatar, du 9 au 13 novembre [1]. Manifestation d’une ploutocratie mondiale qui tient la démocratie en échec dans cette organisation émanant de pouvoirs publics, mais au travers de délégations en cascade qui la protègent du contrôle de représentants élus au suffrage universel.

Le mouvement pédagogique n’est-il pas en retard d’une mondialisation ?

notes:

[1Philippe Henry, Internationales du commerce contre enseignement public ?, Le Soir, 10-10-2001.