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Mars 2016 : réactions de Roger Godet [1] à la conversation avec Vincent Dupriez et Pierre Verbeeren.

Globalement, il partage l’analyse de Pierre Verbeeren et Vincent Dupriez. Mais il vient sur une question importante, insuffisamment abordée selon lui : il n’y a pas de consensus dans la société sur le fait qu’il faille ou non vraiment changer l’école en profondeur ou qu’on puisse simplement l’améliorer. Les forces en présence ayant des visions et des intérêts différents, on ne peut déboucher que sur un consensus mou.
Porter des changements ambitieux pour plus d’égalité ne se fera donc pas par consensus, mais sera le fruit d’un rapport de force à établir ! Ce qui n’empêche évidemment pas tout un travail de conviction et de débats.
En outre, l’organisation de notre système éducatif en un quasi-marché est un obstacle à une école plus égalitaire et elle limite les possibilités de régulation.
Oui, les corps intermédiaires sont dans une position difficile puisqu’ils sont à la fois relais de leurs mandants vers le politique, mais aussi, voudrait-on, du politique vers leurs mandants…
Sur le changement et les enseignants, il pense évidemment qu’il ne se fera pas sans eux, mais que la somme du changement des enseignants comme unités de base du système ne suffira pas pour changer le système : les enjeux collectifs sont plus que la somme des enjeux au sein de chaque classe et même de chaque école.

D’autres conditions sont requises pour concrétiser le changement :
• avoir une volonté politique suffisamment forte et une majorité progressiste pour la porter, ce qui n’est pas chose aisée dans le contexte politique ambiant ;
• avoir un rapport de forces qui se construise dans la société notamment via l’engagement d’intellectuels qui, prenant conscience des enjeux de société actuels au niveau de l’enseignement, s’engagent et tiennent une parole publique forte ;
• soutenir et accompagner les équipes pédagogiques afin qu’elles reprennent confiance et sortent de la dévalorisation douloureuse provoquée par le fait de ne pas arriver à ce que les élèves apprennent ;
• porter un travail de réflexion sur la didactique avec les équipes pédagogiques qui n’ont pas besoin de « coaching-gourou » ni qu’on ne leur dise ce qu’elles doivent faire, mais qui ne s’en sortiront pas non plus toutes seules.

Sur la situation actuelle de l’enseignement, « pire qu’avant ? », Roger Godet a plutôt le sentiment que c’est l’exigence d’égalité qui s’est accrue, dans le domaine de l’enseignement comme dans d’autres domaines, par exemple, celui de la santé. Et c’est un bien ! Avant, quand les enfants de milieux populaires quittaient l’école à 13 ans pour aller travailler, cela ne choquait pas grand monde. Ce n’est heureusement plus le cas. La volonté d’assurer à tous la maitrise des acquis fondamentaux est devenue une exigence. Quel progrès ! Quel sens donner ainsi à l’école ! Mais aussi quelle exigence posée aux acteurs de l’école !
C’est en tout cas beaucoup plus difficile d’enseigner aujourd’hui, notamment parce que les enseignants sont pris dans une tension entre, d’une part, une école qui – même quand elle est « réussie » - n’est plus un gage d’ascension sociale et d’autre part, une exigence d’égalité beaucoup plus grande.
Il rejoint donc l’urgence et l’importance du débat public sur le projet d’école, mais en attirant l’attention sur le rôle des intellectuels comme déclencheurs d’opinion.
Et de terminer par cette question fondamentale pour nous : est-il possible de créer plus d’égalité dans une école organisée selon un mode libéral ?

ps:

1. Lire « Pourquoi ça rate (1) ? dans le TRACeS 226.

notes:

[1R. Godet a été instituteur et a travaillé dans différents cabinets ministériels. C’est en tant qu’inspecteur général qu’il a terminé sa carrière.