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C’est le 4e conseil de classe de l’année et, comme je l’avais annoncé au départ, je rends ma responsabilité de secrétaire du conseil. Marie, une élève de 6e année, s’est portée volontaire et je lui remets le cahier dans lequel sont consignés les rapports du conseil en fin de séance.

Comme pour toutes les responsabilités dans la classe, nous avions rédigé collectivement la liste des compétences que devra mettre en œuvre un secrétaire du conseil :

  • écrire vite et être bien lisible,
  • ne pas faire trop d’erreurs d’orthographe,
  • pouvoir se relire,
  • pouvoir lire l’écriture des autres sans se moquer des erreurs ou de ce qui n’est pas bien écrit,
  • pouvoir bien lire à haute voix,
  • comprendre pour quoi on vote et savoir écouter le président et les autres.

L’ordre du jour est noté au tableau pendant la récréation qui précède le conseil, à partir des papiers trouvés dans la boite réservée au conseil de classe. Il est relativement abondant. De nombreux fonctionnements sont encore en cours d’élaboration et un « nouveau » particulièrement turbulent fait l’objet de nombreuses critiques et demandes. Pas évident pour notre secrétaire qui suit difficilement le rythme que le groupe voudrait lui faire suivre. Impatience et crainte partagée par de nombreux enfants de ne pas arriver au bout de l’ordre du jour dans le temps imparti au conseil. Difficulté de rédiger rapidement alors que les copains attendent pour continuer...

Martin s’impatiente :
- Est-ce qu’on doit tout noter dans le cahier, même toutes les critiques ? Quand on l’a dit, c’est bon, pas besoin de le noter. De toutes façons, on ne les relit jamais !

Réactions diverses de toutes parts, le président canalise difficilement le flot... Il me donne la parole :
- L’ordre du jour est déjà bien rempli, et cette discussion n’est pas à l’ordre du jour. Si quelqu’un veut faire une proposition pour modifier le rôle du secrétaire, qu’il place un papier dans la boite.

Le président respire. Le conseil se termine et nous n’avons pas épuisé l’ordre du jour. Comme prévu, nous commencerons la semaine prochaine par les points non abordés.

Et bien entendu, la boite contenant l’ordre du jour est encore plus remplie ! Avec, entre autres, une critique de la secrétaire qui ne travaille pas assez vite mais aussi la proposition de ne plus indiquer les critiques et félicitations dans le cahier tout en nommant un adjoint au secrétaire pour l’aider à rédiger les phrases. Proposition qui sera adoptée facilement. D’autres manières de procéder ont été imaginées, comme faire écrire les auteurs de ces points dans le cahier après le conseil ou y coller directement les papiers de la boite mais ces « améliorations » n’ont pas été retenues. Le rôle des secrétaires s’allège ; ils ne doivent plus noter que les propositions avec le résultat des votes et les demandes avec leurs réponses. Et finalement, nous gagnons en efficacité même si la rédaction en direct dans le cahier n’est vraiment pas une chose aisée.

Mémoire collective

Nous sommes en mars. Un élève a déposé une critique dans la boite du conseil :
- Pour la troisième fois je critique les responsables du courrier électronique parce qu’ils ne font pas leur travail. Les messages ne sont pas imprimés et affichés et ils ne les lisent pas le matin !

Un des deux responsables se défend :
- On a oublié seulement une fois et c’est la première fois qu’on nous critique. Pourquoi tu dis que c’est la troisième ?
- D’abord vous avez oublié plus qu’une fois et puis on t’a déjà critiqué pour ça quand tu étais responsable une autre fois ! C’était au début de l’année.
- Et ben moi je dis que non. Est-ce que quelqu’un dit qu’on m’a déjà critiqué pour ça ?

Les avis sont très partagés. Du « jamais » au « plusieurs fois » ! On me prend à témoin mais personnellement je ne m’en souviens pas. La critique a bien été faite mais je suis incapable de dire qui était responsable à ce moment-là. Il y a un enjeu réel derrière cette critique car la responsabilité est très prisée par quelques élèves et comme chacun dans la classe l’a déjà assumée une fois au moins, les désignations de responsables se font à présent parmi les volontaires [1]. La critique émane d’un candidat malheureux à cette responsabilité lors de la précédente désignation. La sensibilité à la critique me semble donc plus vive qu’à d’autres moments. Je reçois la parole :
- Je ne pense pas que le plus important maintenant est de savoir quand et combien de fois on a critiqué. Mais de comprendre pourquoi c’est arrivé pour que ça n’arrive plus.
- Oui mais s’il ne fait pas sa responsabilité, il doit démissionner
- Je ne vais pas démissionner à la première critique !
- Ce n’est pas la première !
L’impatience gagne d’autres élèves que l’échange ne passionne pas vraiment. Le président annonce qu’on a entendu la critique et qu’on passe au point suivant.
- Et si ça recommence ? Il dira encore que c’est la première fois ?
Le président désigne l’élève comme « gêneur », le calme revient.

La semaine suivante, dans la boite pour l’ordre du jour : « Je propose qu’on note de nouveau les critiques dans le cahier. »

notes:

[1Un système intéressant, imaginé par les élèves une année précédente. J’avais instauré un système de tournante pour les responsabilités mais les élèves souhaitaient un libre choix. Notre compromis avait été de commencer par une tournante et, une fois que chacun était passé par une responsabilité, on choisissait alors parmi les volontaires seulement. J’ai gardé ce fonctionnement les années suivantes.