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Que fait un gouvernement qui veut mener un politique cohérente de changements dans le but d’assurer un bon niveau moyen à la sortie d’un cycle ?

Les gouvernements d’aujourd’hui sont plus futés que ceux d’hier, ils ne se contentent plus d’édicter des réformes, ils ont mis en place des formations continuées pour les accompagner. L’exécutif, en place, de la Communauté française est allé plus loin. Il a jugé la formation obligatoire et l’a rendue, en partie commune, quel que soit le réseau d’origine de l’enseignant.

Comment cela fonctionne-t-il ? C’est simple. Un décret (daté du 11 juillet 2002 et paru au Moniteur belge le 31 aout 2002) fixe le cadre, l’objet principal étant « l’entretien, le perfectionnement ou l’ajustement des connaissances et des compétences dans la perspective de les rendre aptes à rencontrer les objectifs généraux et les objectifs particuliers du décret missions » (Art. 3 § 1er).

D’un côté, il y a des organisateurs. Pour la formation interréseaux par exemple, c’est l’Institut de Formation en Cours de Carrière. Puis de l’autre côté, il y a des opérateurs ou formateurs qui font des offres [1] en essayant d’adapter leur discours aux quatre domaines de formation retenus :

  • l’initiation à la réflexion pédagogique centrée sur le développement des compétences par l’acquisition de techniques appropriées ;
  • l’actualisation des connaissances et la formation des professeurs de cours techniques et de pratique professionnelle en lien avec les profils de formation ;
  • la formation à l’exploitation pédagogique des centres cybermédias ;
  • les formations de type sociologique centrées sur l’interculturel, la culture des jeunes.

Quand il dispose de toutes les offres, l’organisateur sélectionne les projets suivant divers critères : concordance aux objectifs annoncés, budget, public visé, demandes du terrain [2],...

Comme on peut le voir, une fois encore, il s’agit d’une logique de marché. Sachant que les perspectives d’avenir sont importantes, des formateurs indépendants, issus d’universités, de hautes écoles,... essaient d’occuper le terrain à tout prix. L’organisateur ne joue qu’un rôle de filtre et de contrôle de quelques règles générales. Et le client enseignant fait le choix de la formation qui lui convient parmi celles qui lui sont proposées, en concertation éventuelle avec ses collègues et/ou sa direction.

Un projet différent

Prenons l’exemple de l’enseignement des mathématiques au primaire. Une autre façon [3] de procéder consiste à mettre sur pied une équipe composée de mathématiciens, de pédagogues et d’instituteurs qui réfléchissent sur le dit enseignement, font des choix didactiques argumentés, élaborent des apprentissages qu’ils testent dans de nombreuses classes. Ils réalisent ensuite le matériau d’enseignement : fiches de travail à photocopier et matériels divers, manuel de l’élève, livre d’accompagnement pour le professeur explicitant les objectifs, les façons de procéder et les choix didactiques. C’est ensuite cette équipe qui assure la formation des enseignants pour une utilisation optimale du matériau produit.

Ce qu’un gouvernement y gagne en procédant de la sorte, c’est avant tout la cohérence, et ensuite l’assurance d’une relative homogénéité des contenus enseignés, des pratiques adoptées et des niveaux atteints. Mais cela a un prix. Mettre sur pied pareille équipe, ce sont des salaires, des locaux, un centre de documentation, des déplacements,...

Par rapport à une situation comme celle de la Communauté française, les instituteurs sont libérés d’une certaine partie du travail de conception, ils sont encadrés, ils disposent de documents bien faits, ils s’intègrent dans un projet cohérent et peuvent se consacrer entièrement à ce qui se passe en classe et principalement aux élèves en difficulté. En contrepartie, ils perdent en liberté pédagogique et en autonomie.

Quel serait, à votre avis, mon choix si j’étais ministre ? Aurais-je des chances de faire passer mon projet ? Resterais-je ministre longtemps ?

notes:

[1Nous ne nous étendons pas ici sur le chemin suivi par les offres via un réseau ou en ligne directe.

[2On ne sait pas très bien comment ces dernières sont (et seront) relevées ni comment elles remontent (remonteront) aux décideurs.

[3C’est la façon choisie par les cantons de Suisse romande au travers de la COROME (Commission romande des moyens d’enseignement et d’apprentissage) et par la France au travers d’ERMEL (équipe de didactique des mathématiques).