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Nous sommes au conseil d’école. Chaque semaine, ce conseil a lieu dans une classe différente. Celle-ci accueille deux représentants de chaque classe de l’école. Ils lisent dans l’ordre demandes, réponses, informations, projets et propositions qui ont été préparés par écrit au cours de la semaine qui précède le conseil.

Comme directeur, j’anime le conseil d’école et en rédige le rapport sur base des écrits et débats qui ont suivi.

* « Les élèves de 5e et 6e années demandent à M. Lambert si on peut jouer au basket sur le bord de la piste réservée aux vélos et patins. »
* Oui, je suis d’accord, réponds-je. Mais ce n’est pas à moi de décider seul. Les surveillants et les élèves des autres classes vont aussi y réfléchir et donneront leur avis au prochain conseil.

Bien que les élèves l’aient formulé au moment des « demandes » et en utilisant le mot, il ne s’agissait pas d’une « demande » dans la mesure où on réorganise là l’utilisation d’un espace collectif, notre cour de récréation. Dans le cas présent, il s’agit plutôt d’une « proposition » parce que cette organisation relève de l’ensemble des intervenants, utilisateurs et garants de la sécurité. Cela demande réflexion préalable et accord de l’ensemble des parties autour des nouvelles modalités. Si une classe, par exemple, émet une objection, elle formulera une proposition « améliorée », qui prendra en compte la proposition de départ et d’autres aspects qui n’auraient pas été envisagés. C’est ainsi que petit à petit s’organise collectivement l’utilisation des espaces communs dans notre école.

Lorsque je rédige le rapport, je fais glisser le point dans la rubrique « propositions », et précise, comme d’habitude, que chaque classe est attendue au prochain conseil avec son avis pour pouvoir l’adopter (ou non) comme nouvelle règle.

Le non dans le oui

Deux jours après le conseil, une surveillante et Charlotte, élève de 5e année qui était représentante de sa classe au conseil viennent me trouver. La surveillante me demande de confirmer ce qui est écrit sur le rapport du conseil, qu’elle tient à la main devant Charlotte, à savoir qu’il s’agit d’une proposition et que cela n’est pas encore décidé.

Charlotte explique qu’elle était présente au conseil. « J’ai bien entendu que vous avez répondu oui ! explique-t-elle. Dans cette école, les adultes disent oui, mais après c’est non ! »

Ce qui est exact… tout en ne tenant pas compte de la fin de mon intervention. Mais je prends alors conscience de la confusion que j’ai moi-même mise en place. En répondant « oui » à ce qui n’était pas une demande, j’ai implicitement malgré tout reconnu un statut de demande. En ne différant pas ma réponse comme chacun est tenu de le faire dans ce cas, une place particulière a été prise symboliquement et le commentaire qui a suivi (ce n’est pas à moi de décider seul, on le fera au prochain conseil) a d’une certaine façon été neutralisé. Au conseil, je n’ai pas dit explicitement qu’il y aurait, dans le rapport du conseil, glissement du statut de demande, inadéquat, vers celui de proposition. Anodin ? Jeu sur les mots ?

Charlotte et sa mère, victime de violences conjugales, ont passé quelques mois en maison maternelle avant de retourner chez elles… rejointes peu de temps après par le compagnon de la mère. Et le cycle infernal de recommencer ! Dans ce contexte, le besoin de précision, de rigueur de ce qui fait la loi prend peut-être un sens plus aigu. Notre clarté et notre cohérence d’éducateurs sont d’autant plus importants dès lors que la violence physique et morale font partie de l’univers des enfants. Être à sa place et ne pas en déborder, être garant de la place de chacun…