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Apprentis reporters à vos neurones : il s’agit de démêler faits et informations découverts sur le tas.

L’atelier propose aux participants de vivre une situation-problème expérimentée avec des étudiants du régendat en sciences humaines. Les objectifs d’apprentissage pour les étudiants sont d’entreprendre une démarche de recherche à partir d’une situation énigmatique.

Les tâches et les outils

« On imagine que vous êtes journalistes fraichement engagés par un magazine traitant essentiellement de questions internationales. Afin de tester vos compétences dans le décryptage de l’actualité, la direction vous met à l’épreuve : vous recevez un paquet d’informations factuelles disparates ; il convient de les interpréter en termes d’enjeux et de les relier entre elles ; toutes les informations doivent être prises en compte ; vous devez communiquer votre interprétation des faits et des relations entre eux sous la forme d’un organigramme. »
Conditions d’exécution de la tâche :
- travail en sous-groupes de 4-5 personnes ;
- avant de recevoir le matériel, les participants disposent de quelques minutes pour décider de la manière dont ils vont procéder pour mener la tâche à bien au sein de chaque groupe ;
- matériel scientifique : chaque groupe reçoit un lot d’une dizaine de fiches informatives (en l’occurrence, des informations concernant les relations Chine-Afrique), toutes différentes d’un groupe à l’autre ; chaque fiche est composée d’une image (photo, carte, caricature ou graphique) et d’un petit texte ;
- matériel de communication : une feuille au format A0, des post-its carrés, des post-its en forme de flèches et des marqueurs épais ;
- contraintes pour l’organigramme : sur chaque fiche informative, l’enjeu ou les enjeux seront exprimés sous forme de mots-clés sur un post-it qui ne masquera pas l’image présente sur la fiche ; les post-its carrés peuvent aussi servir à rajouter des « chainons manquants » entre deux fiches informatives ou à inscrire une question ;
- le timing est précisé.
Ressources collectives :
- des atlas classiques de trois maisons d’édition différentes et un atlas des relations internationales ;
- la possibilité d’envoyer un(e) émissaire dans un autre groupe pendant quelques minutes, une fois la réalisation de l’organigramme largement entamée (au gré de leurs voyages, les journalistes ont l’occasion de rencontrer des collègues et d’échanger leurs points de vue).
Au moment de la restitution, chaque groupe expose son organigramme sans commentaire dans un premier temps (un schéma doit pouvoir être explicite). Les autres journalistes, le cas échéant, tentent de le comprendre et posent des questions (demande de précision ou de clarification), puis un membre du groupe commente l’organigramme. Les autres groupes sont invités à exprimer leur avis quant à la pertinence de l’interprétation proposée. Outre la façon d’interpréter les faits, l’analyse critique porte notamment sur le sens des liens exprimés dans chaque organigramme. Souvent, dans le premier jet, les liens sont de natures différentes : causalité, appartenance, alliance, inclusion, trajet... : l’exigence d’une plus grande rigueur à cet égard parait alors évidente.
Au fur et à mesure du débat, l’ensemble du groupe liste également les questions qui surgissent et qui restent énigmatiques. Chaque sous-groupe expose, enfin, la façon dont il a procédé, qui s’avère souvent spécifique.

Et le retour sur…

Au cours de cette activité baptisée « le caléidoscope », compte-tenu du support didactique utilisé, les participants sont amenés à parcourir différentes étapes d’un processus de recherche :
- définir une procédure pour réaliser le travail ;
- mobiliser leurs connaissances pour interpréter des faits et des images et se poser des questions pour arriver à émettre des hypothèses sur les liens entre des faits ;
- identifier « ce qui manque pour pouvoir interpréter ou relier les faits » et chercher des informations complémentaires dans les documents à leur disposition ;
- soumettre leurs interprétations au feu de l’analyse critique « en interne » (au sein de chaque sous-groupe) : confronter les avis, argumenter (débat de preuve) ;
- avoir le réflexe de s’informer de l’état des recherches dans d’autres lieux (visite dans les autres groupes) ;
- prendre l’habitude de communiquer l’état d’une réflexion à un tiers avant qu’elle soit « bétonnée » (exposé de l’état de la réflexion aux visiteurs « étrangers » ;
- communiquer une vision explicite de l’interprétation des faits (en l’occurrence, sous la forme d’un organigramme, commenté oralement) et la soumettre à une « communauté scientifique élargie » (tout le groupe) ;
- reconsidérer leur vision à la lumière des débats et éventuellement amender leur schéma ;
- identifier des boites noires à ouvrir pour poursuivre la recherche ;
- identifier, analyser et évaluer le processus suivi pour mener la recherche : prise de conscience du caractère partial et partiel de l’information scientifique disponible (le champ a été circonscrit par le professeur pour circonscrire la complexité, en fonction d’une série de critères que l’on peut discuter), évaluation de la façon de traiter l’information (procédure, rigueur) et prise de conscience de la diversité des méthodes possibles, délimitation du domaine de validité de la réflexion, etc.
En même temps que la mise en évidence des opérations intellectuelles sollicitées durant la mise en situation, le feedback avec les étudiants porte aussi sur les sentiments ressentis durant tout le processus. D’une étape à l’autre, des sentiments contradictoires peuvent être vécus d’une personne à l’autre ou en chacun, selon les tempéraments. Ceux que l’on peut associer à une démarche de recherche sont par exemple l’excitation ou le stress liés à un défi d’ordre intellectuel ; le sentiment d’insécurité et l’envie de fuir ou au contraire la curiosité engendrée par le chaos apparent ; l’irritation et le découragement versus la stimulation orgueilleuse face aux obstacles à surmonter (l’interprétation ne tombe pas sous le sens) ; le plaisir ou le doute quand on voit progressivement une logique apparaitre ; la peur du ridicule ou le plaisir de s’affirmer quand on expose ses idées ; l’humilité, la gêne ou la honte quand on avoue son ignorance ou que ses idées sont critiquées, et la fierté quand elles sont au contraire retenues, etc.
On le voit, les opérations intellectuelles sollicitées sont toujours associées à des états émotionnels particuliers qui constituent en eux-mêmes un champ d’obstacles potentiels à surmonter en termes d’apprentissage.