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Stéphane a eu un parcours scolaire très sinueux. Mais c’est en 3e professionnelle qu’il est parvenu à prendre son envol et à se construire des projets.

Sa scolarité maternelle est entravée par des séjours à l’hôpital. Stéphane pleure lorsqu’il doit aller à l’école, il a très peur de son institutrice. Mais l’école, c’est nécessaire et il n’y échappera pas. On apprendra, quelques années plus tard, que cette même institutrice maltraitait psychologiquement ses écoliers.
Lors de sa scolarité primaire, les deux premières années sont laborieuses, mais il parvient à avoir une moyenne suffisante. Troisième primaire, la nouvelle institutrice après deux, trois mois de cours, scinde la classe en deux : d’un côté, les « bons écoliers » et de l’autre, les « mauvais écoliers ». À l’âge de neuf ans, Stéphane apprend qu’il est un « mauvais ».
Malgré la réussite sur le fil des classes primaires, les parents de Stéphane l’inscrivent en générale. Ils veulent y croire et ne lâchent pas le morceau. N’ayant pas fait d’études, ils ne peuvent pas l’aider, mais les deux grands frères ayant réussi leurs études sans problème, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas pour le cadet.
Mais la réalité est tout autre, arrivé en 1e générale à l’âge de treize ans, il a changé deux fois d’école et se retrouve en troisième professionnelle à l’âge de dix-sept ans.
Le problème de Stéphane, c’est son désintérêt pour l’école, il ne comprend pas à quoi ça sert tous ces cours dont il n’a pas besoin... à l’exception d’un !
Ce qui l’intéresse, c’est l’histoire. Ça, il aime bien et il cartonne ! Ça avait commencé avec les dinosaures... Avant de savoir lire, il les dessinait, il collectionnait des figurines et dès qu’il a pu lire, il les connaissait tous avec toutes leurs caractéristiques. Enfant extrêmement timide, il présentait très fier à qui le désirait, avec son plus précieux vocabulaire, n’importe quel dinosaure choisi au hasard. Et il n’hésitait pas à corriger quiconque avançait une information erronée sur ses créatures préférées. Grâce à elles, il a mis un pied dans l’histoire mais aussi dans la biologie !
Puis, ce goût pour ces branches a persisté : la Grèce antique, la photosynthèse... mais pas uniquement ce qu’il a étudié aux cours ! Aussi les documentaires comme C’est pas sorcier et les soirées thema qu’il a vus sur Arte (il en raffole et bien souvent peu importe le thème), ce qu’il a lu... Il a, en fait, trié sur le volet ce qui l’intéressait et s’est construit son univers culturel propre.

Mais l’histoire ne suffit pas...

Histoire, biologie, c’est quasi dans la poche mais les autres cours, c’est la mer à boire...
Classé parmi les « mauvais » depuis un bail, n’aimant pas spécialement l’école et encore moins étudier, il est le « nul de la famille ». C’est lui qui le dit !
Premiers pas en professionnelle et premières consternations : « Les élèves de ma classe foutent le bordel, ne savent pas parler correctement, ils sont vraiment cons, je ne sais pas ce que je fais là ! Mais je sais que je veux partir. Je veux retourner en technique et plus tard je ferai des études ». Étonnant comme réaction... Stéphane ne se reconnaît pas parmi ses camarades de classe.
Stéphane devient vite le premier de la classe, il est félicité par ses professeurs et il prend confiance. Quelques mois plus tard, baisse de régime ou relâchement : les notes chutent mais de peu et le discours change. Pourquoi ? Il ne s’agit pas d’une baisse de régime... Depuis la rentrée, Stéphane s’est aperçu que dans sa classe, certains parlent mal mais disent des choses bien, il apprend que certains vivent dans des contextes familiaux très difficiles, il se reconnaît chez certains.
En réalité, depuis la rentrée, Stéphane a pris conscience qu’il n’était pas obligé de suivre le même chemin que ses deux grands frères (et ses parents aussi !). La confiance gagnée ne s’est pas envolée et un point de départ s’est défini. Désormais, Stéphane situe sa ligne d’arrivée : il veut travailler dans la vente et spécialement dans la vente de mangas. Il changera peut-être de projet en cours de route, mais celui-ci lui permet déjà d’avancer et d’avoir donné un sens aux études professionnelles. Il dit qu’il obtiendra son diplôme de gestion quoi qu’il en coûte.
Aujourd’hui, il n’est plus question de quitter l’enseignement professionnel mais bien de se construire un avenir.