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Tester... Tester qui ? Et qui teste ? Tester comment ? Tester pour quoi faire ? Tester quand ? Avec quels tests ? Des tests qui testent quoi ?

Dans l’école en discrimination positive où je travaille, tous les enfants de 3e maternelle sont testés dans le courant des mois de janvier et février. C’est le CPMS (Centre Psycho Médico Social) qui vient faire passer ces tests. Les parents sont informés, dans une lettre émanent du CPMS, que leurs enfants passeront ces tests.
Ces tests ? Mais quels tests ? Sans que le mystère absolu ne règne, les enseignants ne disposent pas de ces tests dans le but, sans doute, d’éviter le bachotage.

Après les tests

Une fois ces tests dépouillés, une réunion, à laquelle participent la direction, les instituteurs(trices) de 3e maternelle et le logopède, l’assistante sociale, le psychologue et l’infirmière du CPMS, est organisée. Plusieurs regards sont donc croisés et des décisions sont prises. Les parents d’un enfant présentant des troubles de discrimination auditive, mais chez qui on a détecté un déficit auditif, seront informés de la nécessité d’aller voir un médecin. Par contre, les enfants qui présentent des problèmes cognitifs sans problèmes médicaux liés, seront à nouveau testés au mois de mai. Entre temps, le logopède, qui travaillait jusqu’alors avec des groupes d’enfants, travaillera plus spécifiquement avec les enfants qui présentent de légères difficultés. Avec l’avis des enseignant(e)s de 3e maternelle, les parents des enfants qui présentent des difficultés seront mis ou pas au courant. Si un traitement logopédique est envisagé à l’extérieur de l’école, le CPMS les aidera à entreprendre les démarches nécessaires et fera passer les tests qui permettent d’obtenir un remboursement.
Lors de la communication des résultats aux parents, soin est pris que les parents n’aient pas le sentiment d’une étiquette positive ou négative portée sur leur enfant.
Avant de lancer ces opérations de tests annuels en 3e maternelle, le CPMS nous a réunis et nous a mis au courant des objectifs et de la manière de faire. Lors de cette réunion, j’ai exprimé mon opposition à cette démarche. Mais pourquoi donc ? Le paragraphe précédent qui décrit ce qui se passe aujourd’hui dans notre école ne met pas en évidence des conséquences négatives de l’opération !
Je m’y suis opposée par principe, comme je me suis opposée au testing de mes enfants à l’école primaire et secondaire, quand il s’agissait de tester tous les élèves. Je connaissais trop bien toutes les dérives possibles de ces tests collectifs. Sans l’intervention de parents intellectuels, certains jeunes qui me sont très proches auraient été orientés vers l’enseignement professionnel alors qu’ils possèdent aujourd’hui un diplôme universitaire qui leur permet d’obtenir le type d’emploi qu’ils recherchaient.

Quand on cherche, on trouve

Depuis que l’opération est en cours, je suis l’institutrice d’enfants de 1re et 2e primaires qui ont été testés en 3e maternelle. J’ai reçu, en début de première année primaire, la liste de mes élèves, accompagnée des difficultés repérées chez eux (troubles de discrimination visuelle, troubles de discrimination auditive, difficultés en psychomotricité fine, lexique faible, mauvaise maitrise de la langue, etc.). Quel ne fut pas mon étonnement quand je constatais que pratiquement tous les enfants de ma classe présentaient une difficulté ! Aucun cependant n’était déjà (ouf !) suivi par une logopède, mais pratiquement tous étaient signalés comme faibles par rapport à un aspect testé !
Je me suis donc demandé quels étaient ces tests. Si un enfant présente un faible résultat dans un domaine (faible résultat par rapport à une moyenne élaborée au préalable en faisant passer ces tests à quels genres d’enfants ?) est-ce bien parce qu’il a un problème cognitif ou est-ce dû au milieu « socioéconomiquo-culturelo-linguistico... » de l’enfant ? Avoir un lexique faible n’est certainement pas une facilité pour apprendre à lire, mais je constate quotidiennement que c’est en apprenant à lire que beaucoup d’enfants augmentent leur lexique et qu’il est rare qu’un enfant avec un lexique faible parce que non francophone ait de réelles difficultés pour apprendre à lire. Un faible résultat ne peut-il pas être dû à un problème affectif (pour ne citer que le mode de passation de ces tests chez des enfants de 3e maternelle, tout à coup assis séparément à un banc, en présence d’une personne qu’ils ne connaissent pas, dans un local qui n’est pas le leur) ?
Trop facile comme critique, me direz-vous, surtout pour quelqu’un qui est opposé, par principe, à ces tests. Après avoir travaillé quelque temps avec mes élèves, j’ai d’abord constaté que beaucoup d’enfants évoluaient bien, sans présenter de difficultés particulières dans les domaines dans lesquels ils étaient pourtant signalés comme faibles. Pour trois enfants de ma classe, je me suis cependant renseignée sur ce qui était mis en place pour les aider à surmonter le problème signalé dans les tests.... Trois fois une heure de travail en groupe... J’ai refusé que les enfants y participent, ne voyant pas l’utilité de sortir ces enfants du groupe classe (peut-être pendant une activité de lecture...) pour trois heures de travail spécifique (mais en groupe) qui devrait remédier à leur problème.
En fin d’année enfin, l’assistante sociale est venue voir où en étaient les enfants repérés en difficulté par les tests de 3e maternelle. Seul un enfant était toujours en grande difficulté. L’assistante sociale constata que les tests avaient donc bien révélé les difficultés de cet enfant. D’accord, mais ces tests avaient aussi révélés des difficultés chez presque tous les autres enfants de ma classe... alors que ces enfants ont appris à lire et à calculer sans de trop grandes difficultés et sans rien mettre en place de particulier ! Et que s’est-il passé pour cet enfant en grande difficulté ? Il recommence sa première année primaire ! Alors des tests, pour quoi faire ?
Pourtant, dans mon métier d’institutrice, j’ai bien besoin de l’aide du CPMS. Quand, dans ma classe, je constate des difficultés chez un enfant, j’ai besoin de clarifier mes doutes et mes craintes par rapport à la réussite scolaire de cet enfant. L’assistante sociale ou le psychologue du CPMS me sont alors d’une grande utilité. Je leur fais part de ce que j’ai pu constater avec mes compétences d’institutrice ; ils y réagissent avec leurs compétences d’assistant social et/ou de psychologue. Nous élaborons ensemble un diagnostic et si celui-ci demande une réorientation ou un suivi logopédique, le CPMS et moi-même tentons de faire comprendre aux parents l’utilité d’un tel choix.
Contrairement aux tests collectifs, je trouve donc particulièrement nécessaire et utile cette collaboration avec le CPMS qui possède d’autres compétences et d’autres moyens que les miens. Et pour assumer au mieux cet aspect de leur travail, les CPMS ont-ils assez de moyens ?