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Aelk est PTP dans une école fondamentale. Ce qui est dit aux personnes qui s’inscrivent dans ce programme de résorption du chômage, c’est qu’ils fourniront une aide là où se présentent des manques.

Les écoles en discrimination positive peuvent faire appel à des PTP pour fournir une « aide aux enseignants ».
Mais pour faire quoi au juste ? C’est là que ce n’est pas très clair. Des collègues PTP d’Aelk évoquent leur travail : Faire des tâches que les enseignants n’aiment pas trop faire comme les « pipis culotte », les nettoyages, les cantines, souvent les mêmes choses. On aimerait bien pouvoir participer vraiment à certaines activités faites avec les enfants, mais une enseignante a dit « Ne te mêle pas de ça, moi j’ai un diplôme d’enseignante ». C’est vrai que nous, on n’a pas de diplôme, ou un plus petit, mais si on s’intéresse à l’éducation des enfants, à leurs apprentissages, on pourrait aider vraiment, surtout que nous, on connait bien ces enfants et leurs familles.

Se faire sa place

Aelk, elle, dit avoir de la chance parce que sa tâche est plus claire : elle est attachée à la bibliothèque de l’école et y travaille avec la responsable.
Quelles sont ses relations avec l’équipe ? Travaille-t-elle avec les enseignants ?
Pour elle, au départ, il faut se faire sa place puisque les enseignants ne savent pas trop d’où débarquent ces PTP. Il ne faut pas se laisser faire, c’est à dire, accepter de devoir faire n’importe quoi, n’importe comment.
Il y en a qui vont d’emblée me tutoyer, alors je tutoie aussi. Moi, je m’impose. Personne ne va nous faire une place douillette. Une équipe d’enseignants ne va pas aider à nous intégrer parce qu’ils sont trop occupés à toutes sortes de choses. On doit le faire nous-mêmes et de préférence, ne pas être trop fragiles. Se faire respecter, c’est premier. Si on nous appelle par le nom de notre contrat, nous ou d’autres, ça ne va pas : dire « Tu donneras ça à la PTP ou tu demanderas à l’ACS », ce n’est vraiment pas acceptable, je préfère qu’on nous appelle par notre prénom.

Participer

Cela dit, je ne me sens pas du tout à l’écart dans cette école et je n’ai jamais de gros soucis de relations avec les enseignants. En règle générale, je m’occupe de la bibliothèque : j’encode, je sors de l’ordinateur des travaux pour les enseignants, je m’occupe parfois de demi-groupes d’enfants qui viennent pour des animations autour des livres. Les projets sont conçus entre la responsable de la bibliothèque et les enseignants mais moi, je travaille avec la responsable.
Je m’occupe aussi de l’organisation pratique des sorties avec les enfants et si les enseignants me le demandent, j’accompagne.
Pour ce qui concerne mon travail spécifique, c’est donc avec ma collègue directe, la responsable de la bibliothèque, que j’ai le plus de contacts.
J’ai de bonnes relations avec les enseignants, via les lieux comme les Assemblées Générales où je suis invitée et par lesquelles je suis informée de ce qui se passe dans l’école ou, de façon informelle, quand je prends le repas de midi avec eux ; parfois on parle du travail. Mais je suis la seule PTP à le faire : les autres, au moment du repas par exemple, elles sont à la cantine avec les enfants.
Moi, je suis donc bien insérée, mais c’est un travail de s’intégrer dans une équipe. Bien sûr, il y a toujours des personnes avec qui les contacts sont meilleurs qu’avec d’autres, mais de toute façon, je ne suis pas là pour sympathiser. Du moment que la direction est satisfaite...
Ce qui n’est pas des plus facile, ni agréable, ce sont les propos entendus parfois dans le studio des enseignants à propos de la communauté marocaine, fort représentée dans l’école. C’est vraiment difficile de faire changer des idées fixes à propos de « ces étrangers qui se permettent tout » quand des enfants restent à la maison pour la fête du mouton (pourtant, les mêmes enseignants demandent aux parents de garder leur enfant à la maison quand ils veulent se donner leur repas de fin d’année !) ou à propos de la façon dont s’égorge le mouton, ou d’autres choses encore. Il arrive que des collègues m’interpellent en me disant « Toi, tu dois comprendre ». Mais moi, je n’aime pas trop entrer dans certains propos... Je suis à la fois d’origine marocaine et belge... Alors que dire ? Je mords beaucoup sur ma chique et je tente d’y aller par l’humour.

PTP, un statut intéressant ?

Je le déconseillerais. C’est une façon pour l’État de se servir de nous pour aller combler des trous.
À part accumuler de l’expérience, il n’y a aucun avantage : notre travail ne compte pas comme années d’ancienneté. On a droit à faire trente-six mois dans ce programme. Transition vers un vrai travail ? Pas souvent. De plus, on n’est pas des plus informés sur ce statut. Certaines PTP ont été exclues du chômage parce que les années de chômage et les années PTP ont été additionnées. En juillet-aout, on reprend chaque fois un statut de chômeur avec dispense de pointage. Et en plus, les PTP sont un peu des bons à tout faire. Ce n’est pas parce que moi, j’ai de la chance, que je ne pense pas à tous les autres que je connais.
C’est un statut de nul. Nous sommes des timbres qu’on peut coller n’importe où.