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Traces d’une formation d’accueillantes extra-scolaires.

1e jour : 1e heure de formation. Un des formateurs : « Pour ces trois fois deux journées, nos objectifs sont de renforcer vos capacités d’écoute et de compréhension des besoins, des demandes et des désirs des enfants, d’augmenter vos capacités d’analyse, d’approfondir vos savoir-faire dans la relation avec eux et de vous aider à réfléchir aux attitudes professionnelles, à la relation éducative ».

1e jour : 4e heure de formation. Les participantes font connaissance. Elles réalisent que leurs paroles sont écoutées, prises en compte. Leurs objectifs s’énoncent ainsi :

  • Pourquoi Jérémie refuse-t-il toujours de manger avec sa fourchette ?
  • Que faire lorsque des enfants se battent ?
  • Comment me faire respecter ?
  • Comment améliorer mon contact avec les enseignants, les parents ?

Le jeu pour les formateurs va être de transformer l’interrogation des participantes : « Que puis-je proposer aux enfants pour que je sois plus à l’aise, plus joyeuse, plus tranquille lorsque je suis avec eux ? » en « Que puis-je proposer aux enfants pour qu’ils soient plus à l’aise, plus joyeux, plus tranquilles lorsque je suis avec eux ? ». Comment les faire passer de s’occuper des enfants à se préoccuper des enfants ?

Avant cela, il va falloir leur permettre de répondre à une autre interrogation : « Que faire pour aimer (plus) mon travail, pour être (plus) satisfaite de moi ? ». Question de confiance, de reconnaissance de soi dans son travail, de sa fonction sociale. Question qui va littéralement bouffer le reste de la journée et celle du lendemain.

Une multitude d’histoires vécues s’empileront les unes sur les autres, sans suite logique apparente, avec en filigrane : « N’est-ce pas que j’ai bien fait de faire ceci ? De dire cela ? », et en conclusion : « Nous faisons toutes la même chose, de la même manière. Nous ne sommes pas à côté de la plaque. »

Confiances

2e jour : 17 heures, fin de la journée. Les participantes sont parties, souvent dans leur école, pour prester une heure, comme elles l’ont déjà fait ce matin et hier avant d’arriver à la formation. « Ce n’est pas parce qu’elles sont en formation qu’elles sont dispensées de leurs prestations ! Et puis, un chèque ALE, c’est toujours un chèque ALE », mais ça, c’est une autre histoire. Quoique…

3e jour : 17e heure de formation. Nous leur avions proposé de regarder 15 minutes d’une vidéo et de ne pas faire de commentaires, qu’un temps d’échange suivrait la projection.

Sur l’écran, une cour de récréation, un banc. Directement derrière le banc, une terrasse, légèrement plus basse que le dossier. Une petite fille de 5-6 ans y pleure, trépigne. De la morve s’écoule jusqu’à sa bouche. Régulièrement, elle utilise sa langue, sa manche pour s’essuyer. Autour d’elle, d’autres petites filles sautent allègrement au-dessus du banc. On comprend vite que l’enjeu de l’héroïne est de faire comme ses copines et, progressivement, elle s’y emploie, avec l’aide de certaines, sous les sarcasmes d’autres.

Les exclamations fusent : « Oh mon Dieu ! Mais que font les adultes ? C’est dangereux ! A-t-on idée de mettre un banc dans une cour ! ».

Il nous faut régulièrement faire rappel de la consigne pour obtenir plus de silence. Nous arrêtons le film avant sa conclusion. « Face à cette scène sur votre lieu de travail, que feriez-vous ? ». Rares sont celles qui accompagnent la gamine. Plus rares encore, celles qui laissent faire en observant du coin de l’œil. La plupart interrompent l’apprentissage. Pour certaines, ces images ont été insupportables à regarder. Et nous, formateurs, qui les imaginions ne pas se préoccuper des enfants ! C’est à des mères-poules que nous avons affaire ! Obnubilées par la sécurité de leurs poussins, elles sont prêtes à leur rogner les ailes.
La fin du film -où bien sûr la petite réussit à sauter au dessus du banc- les ébranlera-t-elle durablement, ou leurs peurs et contraintes reprendront-elles le dessus ? Un des critères de réussite de la formation consisterait à avoir la réponse à cette question.

4e jour : 26e heure de formation. Sur une place publique, nous répétons les rondes et jeux chantés appris les jours précédents. Elles chantent à pleine voix. Les pas et gestes sont maitrisés, mais surtout, le regard des badauds ne les perturbe plus. Elles affirment qu’elles pourront apprendre ces chants aux enfants sans crainte, sans honte. Certaines affirment aussi que les marelles dessinées, c’est salissant et qu’avec les craies, les enfants peuvent se blesser. Certaines reconnaissent pourtant que celles repeintes en début d’année ne sont pas utilisées et que les enfants préfèrent les leurs, que la pluie efface régulièrement.

Par au-dessus, par en-dessous, petit lapin plein de poils partout

Allers-retours

5e jour : 29e heure de formation. 1e heure de la journée. Récits de tentatives de mise en pratique depuis notre dernière rencontre. « Ça a marché, ça n’a pas marché, comment ? pourquoi ? ». Les divergences se creusent, les résistances s’affrontent, s’effritent, s’effondrent, se reconstruisent en fonction des expériences de terrain. Pour les formateurs, toujours écouter, comprendre, favoriser les paroles, relativiser, dédramatiser, poser d’autres questions à laisser sans réponses. Ce n’est plus elles qui sont en première ligne mais leur métier.

6e jour : 38e heure de formation. En petits groupes, elles imaginent et dessinent la salle à manger de l’école de leurs rêves. Les formateurs rêvent avec elles d’un espace où chaque enfant a sa place, du temps pour apprendre l’usage du couteau, de la fourchette, du verre que l’on remplit soi-même à la cruche sans crainte d’être houspillé si l’on renverse, du temps pour gouter et aimer progressivement une cuisine inventive et variée, du temps pour apprendre la collectivité.

6e jour : 17 heures, fin de la formation. Les formateurs discutent de la nécessité de la professionnalisation, de ses limites, de ces pays où, depuis que l’on demande un cursus scolaire supérieur, un bon nombre des accueillantes sont retournées, avec un sentiment d’incompétence et d’échec, dans leur foyer, réduisant ainsi leur vie sociale. De ces mêmes pays où, le salaire devenu attrayant, les hommes s’intéressent à ce métier.

Pendant que les formateurs papotent, les participantes sont parties, souvent dans leur école, pour prester… « Et puis, un chèque ALE, c’est toujours un chèque ALE », mais ça, c’est une autre histoire. Quoique…

ps:

Cet article a été rédigé par l’équipe pédagogique accueillantes extra-scolaire des Centres d’entrainements aux méthodes d’éducation active.