Recherche

Commandes & Abonnements

Nous sommes dans un projet collectif horizontal (PCH), tout le groupe de 1ère régendat sciences humaines, soit vingt-trois étudiants. Un projet disciplinaire, pompeusement intitulé PCH critique historique. En tant que professeur responsable, j’ai rédigé le contrat. Les étudiants l’ont signé sans trop rechigner ni proposer d’amendement.

Il s’agit de réaliser ensemble, depuis la recherche documentaire jusqu’aux conclusions, la synthèse critique de l’évolution de la question électorale en Belgique de 1830 à 2004, avec autant d’étapes imposées qu’il y a de changements significatifs dans la loi électorale ; depuis le suffrage censitaire le plus minimal jusqu’à la perspective actuelle d’un vote futur des étrangers. Il faudra aussi contextualisée le plus largement possible et chercher quels facteurs, à chaque réforme, ont fait évoluer la loi ; y compris dans les influences internationales.
Les étudiants se groupent par étapes, instaurent et se répartissent les responsabilités, cherchent des documents, sources et travaux, lisent, bouquinent, s’enquiquinent. Je lis les premières synthèses partielles, les annote, donne des pistes pour fouiller et affiner. On travaille l’écrit, le contenu disciplinaire qu’il faut coordonner, on précise la méthode de recherche.
Au bout de presque quatre mois à raison de deux heures par semaine, à mon avis, un bon produit, bien ficelé, dont les étudiants sont contents et moi aussi.
Le trop rapide bilan fait lors de la clôture de ce projet nous a trouvés assez unanimes sur les points forts qui se sont dégagés : beaucoup d’apprentissages sur les contenus, sur la recherche documentaire, l’analyse des faits et le long travail de réalisation d’une synthèse. Trois groupes sur sept ont très bien collaboré et fonctionné ; les quatre autres moyennement ou mal, laissant le gros du travail à quelques-uns.
Est-ce parce que le projet a trop duré ? Que se profile le stage à préparer ? La coordination d’ensemble et surtout la finalisation ont amené le « sauve qui peut » quasi général. Heureusement, Michel et sa maitrise de l’informatique s’est proposé, une fois de plus. Comment faire pour que les mêmes étudiants n’assument pas toujours les responsabilités importantes ?
Une question m’est venue, que je n’ai pas exprimée : n’ai-je pas trop investi le projet ? n’ai-je pas trop mis la pression pour l’améliorer ? Vers la fin, un étudiant ou l’autre ne s’est-il pas senti dépossédé ?
Mais la grande frustration, quelques étudiants l’ont perçue. À travers ce projet, ils ont réalisé des apprentissages, sauf en ce qui concerne l’objectif premier qui était l’approche et la pratique de la critique historique. Ces étudiants perspicaces ont-ils déduit la démarche critique en comprenant ce qu’il aurait fallu faire ? Ou bien ces acquis viennent-ils d’autres études ?
Pas assez de contradictions, c’est vrai, dans les contenus. Les points de vue différents entre les époques sont bien marqués, mais les divergences à une même époque ne sont pas assez exploitées. Le tout baigne un peu trop dans le « politiquement correct ». Pas de vraie synthèse construite, plutôt l’articulation de livres, revues et sites, malgré les sollicitations de l’un ou l’autre acteur d’aujourd’hui. Malgré la volonté de programmation, plus le temps ou l’envie ou les finances pour se déplacer à Bruxelles et visiter l’exposition de La Fonderie consacrée au suffrage universel.
Le plus personnel est, à la fin de chapitres ou de grands paragraphes, après le récit plus ou moins explicatif, la conclusion dégagée où les étudiants s’impliquent. Intéressantes aussi les deux pages de conclusion générale, même si elles ne sont le fait que de trois étudiants dont c’était une des responsabilités.
L’objet de la recherche, très ciblé dès le départ sur une question de citoyenneté à travers l’histoire de la Belgique, autorisait cette presque compilation.
Pour améliorer le contrat d’un tel projet, il faudra trouver les contraintes, formuler les consignes qui obligent à confronter des sources de points de vue différents, pour découvrir et interroger les divergences. Il s’agira aussi de, plus souvent et de façon plus explicite, se référer au contrat.
Durant toutes ces semaines, les étudiants ont été actifs, certains ont été très actifs. Ont-ils été acteurs ? Et dans ce cas, de quoi ?
Sans doute ont-ils été acteurs, certains plus que d’autres, de l’essai de démocratie installé dans la classe par le fonctionnement même du projet, avec la répartition des tâches et l’investissement de responsabilités. Par l’obligation d’aboutir dans un délai donné à une production commune coordonnée, dont le récit progresse sans trop de redites.