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C’est un curieux symptôme, ça va, ça vient et puis on l’oublie et puis il revient, trop constant pour qu’on puisse le mettre toujours de côté.

Depuis quelque temps, j’oubliais systématiquement de dire l’essentiel du cours que j’étais en train de faire, ce qui à mes yeux était le punctum. Les élèves ne semblaient pas s’en rendre compte !! Et donc, force était de revenir sur ce cours et de rétablir…
Je n’ai plus de souvenirs précis de la façon dont ça se passait. Alors, comme j’arrivais doucettement à ma retraite, j’ai attribué cette amnésie récurrente à l’âge, à la baisse de peps… jusqu’à ce que, au détour d’une conversation, quelqu’un me suggère de comprendre cette obstinée butée, ce trou dans le cœur du cours comme un signe qui me disait : « Tu n’as pas tout dit, il faudra revenir. ». Et je revenais dire ce que j’avais oublié de dire, un bégaiement didactique…
Ainsi obstinément, une clochette insoupçonnée en moi différait le départ, remettait à demain la fin, renvoyait à plus tard l’ultime limite. Et je causais donc encore… Je cause donc j’existe.

Sous la peau, sous les mau

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Je croyais pourtant vivre sereinement ma séparation d’avec l’éducation nationale telle qu’elle devient dans la France d’aujourd’hui. Et, formatrice de jeunes professeurs, je tenais à leur laisser la place.
Or, voilà qu’au fond de moi, ça ne voulait pas s’arrêter. Je voulais bien quitter la grande machine, mais ça résistait.
J’ai l’impression que si l’institution et moi nous séparions à l’amiable, il n’en était pas de même du métier. Sous la peau du prof, le métier d’enseigner, l’envie de continuer ou bien l’habitus, comme la tique sur son chien, ne lâchait pas. Sous la peau du prof, une autre peau…

Ce weekend me donne l’occasion de revenir sur cette butée, sur ce «  Encore une minute, Monsieur le bourreau ! » et de gratter sous les maux.
Est-ce l’enseignant qui a encore quelque chose à dire ou bien est-ce la difficulté de lâcher ce rôle de celui qui parle encore, qui cause encore, qui a encore quelque chose à dire, qui n’a pas tout dit.

Sous la peau du professionnel, le personnage du radoteur. Je me retrouve dans ce Pangloss qui causait, qui causait, c’est tout ce qu’il savait faire. Me voici en perr-hoquet qui hoquète encore.
Histoire d’ognon : sous la pelure, une autre pelure… et on sait qu’à ôter les pelures de l’ognon, il ne reste… rien. Effet ognon, peur du vide de celui qui n’aura plus d’interlocuteurs.
Cette aventure me fait revenir sur les tentations de ce métier : est-ce que moi aussi j’étais devenue ce Pangloss ? Alors, il était temps de tourner cette page.