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Une bonne école pour moi, c’est une école où il y a une bonne communication avec les parents surtout. Mais je crois que, de toute façon l’école, est faite pour les enfants favorisés.

Pour les jeunes en humanités, il y a souvent beaucoup de différences dans les classes. Il y a des milieux pauvres, il y a des milieux qui ont fait l’université. C’est déjà une grande différence pour les professeurs, je crois. Si on regarde, on voit que l’école, c’est plus difficile pour les enfants des milieux pauvres. Parce que c’est autrement pour eux. Il y a le stress, les problèmes à la maison. Ils viennent à l’école et ils doivent souvent complètement s’adapter à l’environnement de l’école, puis à l’environnement de la maison, du quartier où ils habitent. Le plus difficile pour nos enfants, c’est le changement.

Quand j’étais à l’école, c’était aussi difficile pour moi. Fallait s’adapter chaque fois. Souvent, on était regardés : « Et qu’est-ce que tu as comme vêtement ? Et ci, et ça… ». J’étais timide alors, je ne disais pas grand-chose. Les instituteurs nous regardaient. Je ne me sentais pas tellement bien. La plupart du temps, je restais dans mon petit coin, je n’avais pas beaucoup d’amis.

On parle toujours sur les pauvres
Dans certaines écoles, ils sont vraiment « frustrés », je dirais, parce que les profs disent par exemple : « Je vois les enfants qui ont des beaux vêtements, ou qui ont des GSM ou des choses comme ça. » Mais c’est parfois la famille qui donne… ou des amis. Il y a en a aussi parfois qui volent, c’est aussi possible. Les profs disent : « Oui, pour ça, ils ont quand même l’argent, mais pour payer toutes les factures, là ils n’ont pas d’argent… » Les parents, ils veulent aussi que leurs enfants soient bien habillés, comme les autres. Et là, les professeurs réclament tout le temps. Quand l’enfant vient à l’école avec des vieux vêtements, ils vont réclamer. Mais quand il vient avec des choses bien, les professeurs vont aussi réclamer, ils vont dire : « Allez, qu’est-ce qu’il a comme vêtements celui-là ! Il a un GSM et d’où est-ce que ça vient ? »
Quand un jeune de 15 ans va à l’école avec des vêtements sales, il n’a pas de copains. Mais quand les jeunes s’habillent bien : « Ses parents sont chômeurs à celui-là ? D’où est-ce que ça vient ? Ils ont fait des vols ou quoi ? » C’est comme ça. Les gens parlent toujours sur les gens les plus pauvres. Parce qu’il y a aussi des parents qui se privent un peu de tout, qui se disent : « Il y a des voyages scolaires, mon enfant doit aller avec. » T’as besoin, par exemple, d’un manteau d’hiver, mais tu ne vas pas l’acheter. Tu vas dire : « Non, on va payer les sorties avec l’école, et le sport ». Ces choses-là, souvent c’est cher. On doit acheter un sac de couchage, ça coute aussi de l’argent, plusieurs pantalons, plusieurs slips… C’est souvent assez cher pour les gens. Quand on n’a que l’invalidité ou le chômage ou des choses comme ça quoi. Il faut payer beaucoup et quand même on veut que son enfant parte avec ses petits copains.

Peur de perdre son enfant
Je me demande parfois si je peux faire quelque chose pour la scolarité de ses enfants ? C’est souvent difficile, je ne peux pas faire grand-chose. Maintenant, mon fils doit apprendre beaucoup de choses que moi je n’ai pas apprises. C’est souvent le problème : si je veux l’aider, comment je peux l’aider ? Quand il était encore chez les petits, il me disait : « Non maman, c’est pas comme ça qu’il faut faire ». On a déjà un peu peur.
Parfois, on peut l’aider d’une autre manière, par exemple en disant : « Après, tu vas avoir ton diplôme alors tu peux aller dans une haute école ou une université. Alors, tu peux avancer, aller plus avant dans la vie. » Parfois, les gens qui vivent vraiment dans la pauvreté ont peur aussi de perdre un peu leurs enfants. Alors, ils disent « Oui, nous, on n’a pas fait les études. Maintenant, eux, ils vont faire les études et après ils ne voudront peut-être plus nous connaitre. » Alors là, parfois, on a peur. Moi, je ne sais pas ce que je dois dire à mon fils, si je dois le pousser ou pas.

Dire aux professeurs d’accepter
Il y a des personnes pauvres qui vont parler dans les écoles. Par exemple, je vais, avec une association dans les Marolles, parler des choses qui se passent dans les milieux défavorisés, à la maison, chez l’enfant. De ce qui donne le stress, par exemple des dettes des parents, des huissiers qui viennent à la maison. Les profs, souvent, ils ne sont pas avec ça dans leur tête ! Les enfants, parfois, ils rament aussi à cause de ça ! Ils ont trop des choses dans leur tête…
Je pense qu’il faut dire aux professeurs d’accepter. C’est surtout ça. Parce que souvent les enseignants, ils veulent voir des changements, mais des changements qui vont très vite. Ce n’est pas toujours possible. On voit souvent les problèmes, nous aussi. Mais pour les gens qui vivent dans la pauvreté, c’est pas toujours facile de changer tout. Moi, pour le moment par exemple, je veux déménager. Alors, il faut trouver quelque chose que je sais payer, dans un autre quartier où j’aimerais bien habiter… Mais il faut savoir payer. Les loyers souvent sont chers. On reste dans des quartiers où c’est pas vraiment bon de vivre. On est quand même obligés de rester parce qu’on ne sait pas faire autrement.
Là aussi ils ne comprennent pas parce que, souvent, on dit à la télévision : « Oui, il y a beaucoup de gens qui sont défavorisés qui habitent dans des mauvais quartiers. Alors, les enfants n’apprennent pas bien à l’école. Ils terminent l’école sans avoir un diplôme. » Mais moi, je me dis que les gens ne savent pas toujours changer non plus. Même pas quand ils le veulent ! Les loyers à Bruxelles, c’est vraiment très cher. Sinon, il faut trouver autre chose dans le social mais là il faut attendre longtemps. Ça fait mal quand on entend ça à la télévision parce, presque chaque fois, ils disent que c’est de notre faute. Mais souvent, on est là-dedans et on ne sait pas bien comment on doit s’en sortir. Parce que la plupart des gens veulent bien que leurs enfants sortent de l’école avec un diplôme, pour aller à l’université après ou apprendre un métier, avoir quelque chose dans la main.
Les gens qui vivent dans la pauvreté, c’est pas seulement le problème des écoles et de l’enseignement, mais il y a aussi les autres problèmes. Il y a souvent des problèmes de santé, de logement… Des gens qui ont des dettes de l’hôpital. Des logements qui sont chers ou dans des quartiers pas bien. Tous les problèmes qu’il y a encore autour ! Les parents et l’enfant, ils doivent vivre dans tout ça. C’est toute une vie qu’on ne peut pas diviser…