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Les enquêtes internationales en matière d’éducation, du style Pisa [1], existent depuis quelques décennies maintenant, mais elles n’ont eu un écho auprès d’un large public que depuis peu. En gros, elles révèlent pour la partie francophone du pays une toute relative efficacité de notre système d’enseignement et une profonde iniquité de celui-ci.

Ces enquêtes ont, entre autres, eu un impact sur les comparaisons et les « transferts » que l’on peut faire (ou non) entre différents systèmes éducatifs. Dans ce domaine, on nous a principalement servi les plats finlandais à toutes les sauces. Pourquoi n’avoir jamais regardé un peu moins au nord ?
En effet, nous partageons avec nos voisins flamands un héritage et des racine : en vertu de la Constitution belge, tout enfant a droit à l’enseignement (l’instruction est obligatoire), l’accès à l’enseignement est gratuit (en théorie du moins) et, last but not least, la liberté d’enseignement est également un droit constitutionnel. Nous avons aussi en commun les réseaux d’enseignement : enseignement de la Communauté, enseignement officiel subventionné et enseignement libre subventionné.
Pour autant qu’on accepte de rentrer dans ce jeu des enquêtes internationales, l’enseignement flamand se montre plus performant. L’enquête de 2000 avait abouti à une moyenne de 500 points pour l’ensemble des pays, la Communauté française présentant un score de 476 et la Communauté flamande de 532. Par contre, les enseignements tant au nord qu’au sud du pays sont très inégalitaires. La corrélation entre l’origine sociale et la performance est forte, et les écarts entre élèves sont très marqués. Les défis à relever en Communauté flamande sont logiquement assez identiques aux nôtres et on pourrait les résumer comme suit : comment faire en sorte que tous les élèves acquièrent les savoirs et compétences qui feront d’eux des citoyens aptes à prendre leur place et à agir dans la société ? Ou encore, exprimé en termes de finalités pour un système scolaire : comment combiner égalité et efficacité, en tenant compte des caractéristiques structurelles propres à notre pays ?

Une vigilance à la qualité

Il semblerait que les politiques éducatives menées en Flandre depuis la communautarisation (1989) soient à même de rencontrer ce dilemme. Et ce ne serait peut-être pas uniquement une question de gros sous, même si indéniablement l’enseignement flamand est mieux financé que l’enseignement francophone.
Épinglons tout d’abord une politique volontariste en matière de réduction des inégalités scolaires. Un décret, appelé GOK [2], a pris cours en septembre 2002. Ce décret entend lutter contre l’exclusion sociale et la discrimination en ciblant les milieux les plus défavorisés.
Pointons ensuite le contrôle et la promotion de la qualité. Un nouveau décret en voie de préparation cherche à créer un cadre général, le plus complet possible, en vue de garantir un enseignement permanent de qualité à tous les élèves. Il y a ici quelque chose du pragmatisme germanique [3] allié à une forme de gouvernance néolibérale pour un système éducatif : le gouvernement fixe des objectifs à atteindre, l’administration contrôle et les établissements scolaires reçoivent l’autonomie nécessaire pour rencontrer les objectifs fixés. Même si cela prête à controverse, la logique est poussée jusqu’au bout puisqu’on publie dans la presse des audits concernant la qualité des écoles. Le client pouvant dès lors « faire son marché scolaire » sur des bases objectives.
Revenons enfin sur les réformes pédagogiques. Tout comme en Communauté française, les programmes ont été revus (1998) et s’inscrivent dans une logique d’objectifs minimaux à atteindre (eindtermen). Chaque pouvoir organisateur doit intégrer ces « socles » à l’intérieur de ses propres programmes. À la différence de la réforme pédagogique par compétences de notre communauté, il semblerait, si l’on en croit N. HIRTT [4], que les programmes flamands sont plus précis, plus explicites, mieux organisés, traduisant des attentes plus élevées et une plus grande rigueur. Du côté francophone, l’approche par compétences serait plus dogmatique, trop en rupture avec les pratiques pédagogiques antérieures des enseignants ; ceux-ci se sont sentis blessés et n’ont pas adhéré massivement aux nouvelles réformes.

Un ensemble de politiques

La complexité du système d’enseignement nous fait dire que c’est l’ensemble de différentes politiques articulées entre elles, agissant tantôt sur l’offre tantôt sur la demande scolaire, qui parviendra au mieux à sortir l’enseignement francophone de l’ornière. Certes, comparaison n’est pas raison, mais il semble que cela soit le cas en Flandre. On constate, par exemple, une continuité politique, une vision commune entre les différents ministres qui se sont succédé au poste de l’éducation flamande, peu importe leur couleur politique. _ C’est une ministre libérale, VANDERPOORTEN (1999-2004), qui a initié le décret GOK, c’est actuellement le socialiste VANDENBROUCKE, promoteur du concept d’état social actif, qui administre l’enseignement et la formation.
Au-delà de cette continuité, il semble, pour des raisons plus difficilement explicables, que les politiques éducatives menées en Flandre fassent l’objet d’un consensus plus large auprès du public. Exemple : en matière d’inscription en première année du secondaire, la politique du « premier arrivé, premier inscrit » (similaire à la première mouture du décret Inscriptions de la Ministre ARENA) est davantage acceptée socialement.
Reste-t-il alors à appliquer la recette à la flamande ? Non évidemment, il faudrait pour cela davantage s’étendre sur les différences culturelles et socioéconomiques qui existent entre les deux communautés : le redoublement, plus important en Communauté française alors que les relégations semblent plus importantes en Flandre, la dualisation propre au tissu urbain bruxellois, l’organisation de l’enseignement…
De plus, l’analyse des mesures prises en Flandre demanderait plus de nuances critiques et les énoncer de la sorte ne signifie pas nécessairement y adhérer pleinement. Il n’empêche que cette lecture en matière de lutte contre les inégalités est davantage optimiste. Il semble que certains jalons aient été posés qui vont dans la bonne direction ; seules les prochaines évaluations externes et internes pourront montrer leur pertinence. Wait and see !

notes:

[1PISA est un programme international, coordonné par l’OCDE. Il a pour ambition de mesurer les connaissances et les compétences acquises par les jeunes de 15 ans dans les pays les plus développés du monde. Cette enquête a lieu tous les trois ans.

[2Gelijke onderwijskans ou Chances égales d’enseignement. Voir à ce sujet l’article Pour plus d’égalité en page 3 de ce numéro.

[3Cette considération n’est en rien péjorative, mais s’appuie sur une conception du monde issue de la façon dont la langue structure la réalité. Le néerlandais – comme les langues germaniques en général – est une langue plus concrète, plus proche de la réalité que le français.

[4Sur base uniquement d’une comparaison entre les programmes de mathématiques pour l’enseignement primaire et du premier degré. Pourquoi les performances PISA des élèves francophones et flamands sont-elles si différentes ?, publié sur le site de l’APED, janvier 2008.