L’éducation à la vie affective et sexuelle en école primaire rencontre un certain nombre d’obstacles, dont la crainte des enseignant·es de ne pas « savoir faire ». Pourtant, les enseignant·es, même si l’offre de formation institutionnelle est pour l’instant très insuffisante en France, ont les compétences professionnelles nécessaires.
J’ai mené ces activités dans des classes de Cours moyen, dans lesquelles j’avais instauré la pratique régulière du débat, sur tout un tas de thèmes d’actualité ou relatifs à la vie de la classe, dans un climat bienveillant qui favorise l’écoute et les échanges, sans jugement ni moqueries. Pour démarrer, je propose aux élèves une activité « Petits papiers », afin de rechercher leurs représentations et de faire émerger les questionnements, avec une consigne : « Qu’est-ce qu’aimer ? » Les enfants peuvent écrire des mots, des phrases, des questions, en ajoutant leur nom ou de façon anonyme.
Le cadre est posé : « Je ne répondrai peut-être pas à toutes vos questions, c’est un sujet qui relève de l’intime, on ne peut pas tout aborder avec des enfants, il faut rester dans les programmes de l’école. Vos parents peuvent aussi en parler avec vous. » Il n’est pas question, par exemple, d’aborder en classe les pratiques sexuelles. Certaines réponses pourront être différées (ce qui permet de les préparer si besoin). J’ajoute que je serai également disponible sur les temps de récréation pour des élèves qui souhaiteraient un échange plus privé, personnel. Les enseignant·es ne sont pas forcément formé·es à recueillir la parole d’enfants victimes ou témoins de violences, mais ces séances peuvent amener les enfants à exprimer ce genre de confidences, et il conviendra de réagir.
Les papiers sont collectés, puis lus. Cette mise en commun est l’occasion de premières discussions, sorte de remue-méninge pour arriver à un classement par grands thèmes.
Aimer…
C’est quand une personne rencontre une autre personne et que l’homme ou la femme ressentent des sentiments l’un pour l’autre.
C’est quand on a le cœur qui bat fort et quand la personne devient jolie à nos yeux.
L’amour est vraiment très étrange, mais pourquoi et comment on tombe amoureux ?
Comment fait-on l’amour ? Comment ça se fait ? Comment ça se passe ?
On peut faire des choses qu’on veut pas en parler.
Ils s’aiment et ils peuvent décider d’avoir un enfant ou non.
Pour aimer, il faut être deux ; plus souvent un garçon et une fille, mais aussi deux garçons ou deux filles.
C’est partager un sentiment fort entre un homme et une femme ou homme et homme ou femme et femme. Nous ne pouvons pas faire un enfant entre deux hommes ou deux femmes, n’est-ce pas ?
Les gens ne sont pas toujours honnêtes ; aimer c’est être gentil et tendre ; et ce n’est pas frapper les gens.
En quelques phrases produites par les élèves, on retrouve déjà les thèmes suivants : sentiments amoureux, sexualité, reproduction/contraception, homosexualité, homoparentalité, violences conjugales.
Cette première partie se termine avec l’annonce des séances de sciences qui suivront pour traiter de la reproduction animale et humaine (fécondation, grossesse, puberté…). Je veille particulièrement à l’emploi des mots justes concernant le vocabulaire du corps.
Ensuite, une dernière séance est consacrée aux questions qui n’auraient pas été traitées, par exemple, celles concernant les sentiments, les personnes LGBT, l’adoption, les agressions sexuelles sur des mineur·es, la pornographie…
Parallèlement, des ouvrages de littérature jeunesse (documentaires et fiction) sont laissés en consultation libre. On peut s’appuyer aussi sur des ressources multiples : livres, vidéos, podcast, affichages…
En guise de traces écrites, nous concevons un nuage de mots.
Cette rapide présentation montre seulement un exemple, à chacun·e de concevoir une démarche qui lui convienne. Il faut juste se sentir à l’aise avec ce qu’on fait, avec ce qu’on dit. Il est important également de gérer l’hétérogénéité des niveaux de représentations et de connaissances des élèves, ce que nous savons faire.