Ici, hors de l’école, on se frotte aussi aux corrections et on veille à ce que ça ne pique pas trop les jeunes qui sont inscrit·es dans notre association.
Nous accompagnons des jeunes dans leurs apprentissages qu’ils soient dans l’enseignement fondamental ou dans l’enseignement secondaire, avec la volonté de lutter contre l’échec scolaire et de veiller à l’accrochage des jeunes dans le système, et plus particulièrement, pour chaque jeune, dans l’école ou iel est. L’organisation de l’association et les activités qui y sont proposées tendent à prendre soin de la place de chacun·e et de leur réussite.
Concernant le travail scolaire, nous fonctionnons avec des pôles qui rassemblent sept jeunes et un adulte référent. Chaque jeune a une farde de suivi où sont regroupées les fiches de réactivation, celles où les encadrant·es écrivent ce qui se travaille pendant les séances. Il y a aussi leur bulletin scolaire et un intercalaire pour le suivi. En fonction des difficultés de l’enfant, il y a des points de matière qu’iel doit retravailler quand iel a du temps en dehors de ses « devoirs ». Là, peuvent apparaitre des évaluations où d’autres travaux qui n’ont pas été réussis en classe. Nous demandons aux jeunes de nous apporter leur farde d’évaluation pour qu’on puisse alimenter le suivi. C’est précieux pour notre travail avec eux.
Par rapport aux évaluations, nous n’aimons pas y voir les points qui marquent un échec. Ça m’arrivait de photocopier l’évaluation et de « typexer », pour que l’enfant, pendant le travail qu’on va faire avec lui à partir de cette évaluation n’aie pas en face de lui sa cote. Ou alors, nous nous inspirons de l’évaluation pour proposer d’autres exercices pour ne pas le remettre dans le même contexte, avec « plein de trucs barrés » qui attendent parfois implicitement à être corrigés.
Le jour du tour des responsabilités (TDR), quand les choses se mettent en musique, les enfants vont décider d’écrire sur leur fiche matière ce qu’ils veulent retravailler parce qu’ils se rendent compte que c’est difficile pour eux. L’un écrira, par exemple, la multiplication écrite avec les nombres décimaux ou un point acquis pourra être enlevé de la fiche.
« Tout ce qui vient de l’école nous aide à personnaliser le suivi. »
Tout ce qui vient de l’école nous aide à personnaliser le suivi. On en a besoin. Pour les jeunes du secondaire, encore plus, et c’est plus difficile de les avoir, car il y a des écoles qui ne veulent pas laisser sortir les copies parce que les élèves ne les ramènent pas toujours et qu’ils en ont besoin pour les homologations. Parfois, on n’a que des points dans le journal de classe et ça ne suffit pas. Ils nous arrivent de contacter les écoles secondaires pour obtenir les évaluations et pouvoir les corriger avec le jeune. Sans ces supports, on travaille à l’aveugle. Le jeudi, quand ils font le TDR, il y a un point dans le planning « Est-ce que j’ai montré les évaluations de cette semaine ? », pour qu’ils n’oublient pas d’en apporter. C’est notre manière d’insister auprès des jeunes.
Pour les élèves du primaire, leur devoir peut consister à corriger leurs évaluations. Ce n’est pas une pratique généralisée. Il arrive que les évaluations aient été corrigées à l’école, souvent dans une autre couleur. On en fait alors une copie, mais on ne refait pas la correction. On n’est pas convaincu que c’est acquis, parce que ça été fait en collectif. Si le jeune nous dit que c’est bon, on vérifie avec un exercice, surtout si c’est une matière dans laquelle il a des difficultés, pour vérifier que c’est compris.
On utilise les bonnes évaluations pour valoriser, féliciter. Parfois, on les photocopie parce que ça fait du bien de la retrouver dans la farde. Celles qui ne sont pas bonnes, ça dépend des tempéraments des élèves. Pour certains, c’est très dur d’avoir une mauvaise évaluation, et souvent plusieurs…, alors on ne les met pas dans la farde, on travaille la correction dans le suivi. On leur dit que même si la feuille est « touffue », ça nous aide à comprendre leur type d’erreur, est-ce que c’est parce qu’il ne connait pas la théorie, ou est-ce à chaque fois la même erreur et donc la cotation est relativisée. Parfois beaucoup de points sont enlevés pour la même erreur, ce n’est pas juste parce que le reste est compris. Avec tel prof de sciences, on le voit au fil des évaluations qu’ils donnent aux élèves, il ne demande jamais de la restitution pure. Le jeune se rend compte que connaitre la théorie ne suffit pas, qu’iel doit se préparer à autre chose.
On leur apprend aussi à s’autocorriger. Nous avons des fardes avec des exercices et leurs correctifs.
Quand on a des élèves du primaire, on demande aux enseignants comment il fonctionne : l’organisation du matériel, qu’est-ce qui pourrait nous aider à travailler avec l’enfant, la projection des chapitres, les outils. Plus nous en savons sur le la pédagogie de l’enseignant et l’organisation de la classe et des traces (cahier, farde de structuration, gestion des absences, etc.), plus notre accompagnement est facilité.
Avec les évaluations et la manière dont les profs corrigent, on peut montrer aux jeunes ce que les enseignant·es attendent d’eux. On peut travailler à lever les implicites accrochés à leur métier d’élève, et au sein de notre structure, leur apprendre ce que l’école exige et ne dit pas toujours pour leur redonner de la fierté et de la confiance. C’est pour cela aussi que nous ne sommes pas une école des devoirs, mais un lieu où sont organisés, à côté des ateliers pédagogiques, des ateliers d’expression, des sorties, des camps d’été et autres propositions comme autant de leviers pour les apprentissages scolaires.