Les écoles de devoirs s’occupent, entre autres, des devoirs. Je suis bénévole dans une de ces écoles et cherche donc à aider les enfants qui la fréquentent à réaliser des exercices, à utiliser les synthèses et outils qu’ils possèderaient et parfois, à étudier.
Bien souvent je me questionne sur le sens et l’utilité de donner du travail à réaliser à la maison et donc en école des devoirs, pour les enfants de primaire qui les fréquentent.
La majorité des devoirs des enfants que j’ai pu accompagner sont des exercices. Alicia doit compléter un volumineux dossier (5 pages recto verso) autour de la correspondance entre les nombres décimaux et les fractions. Hamza doit conjuguer les verbes « manger » et « tracer » à l’imparfait.
Si Hamza écrit rapidement les deux verbes sur une feuille de brouillon et peut vite m’expliquer l’attention à porter sur les verbes en « ger » et « cer », Alicia n’arrive pas à noter sur des droites numériques graduées les nombres décimaux 0,25 et la fraction ½. À la question « As-tu une farde de synthèses, un manuel où tu pourrais relire une page qui t’aiderait ? », Alicia, comme beaucoup d’autres, me répond qu’elle n’en a pas.
D’autres ont l’une ou l’autre feuille qu’ils relisent, mais rares sont ceux que cette relecture aide à résoudre les exercices. Comme beaucoup de bénévoles ou d’animateurs d’école de devoirs, je me demande alors que faire : écrire un mot dans le journal de classe à l’attention de l’enseignant de l’enfant en lui signalant que ce dernier n’a pas compris et n’a pas pu faire son devoir (réaction qui me paraît la plus logique si on considère le devoir comme un entrainement de compétences acquises) ou essayer d’expliquer à l’enfant ce qu’il n’a pas compris. Mais, en tant que bénévole ou animateur ou parent, nous ne sommes pas supposés avoir les compétences d’enseignant pour aider les enfants en difficulté.
Marianna doit écrire quelques lignes sur ce qu’elle a aimé faire pendant les vacances. Elle écrit et se relit volontiers, mais quand il s’agit d’intervenir sur son texte pour en corriger l’orthographe, elle n’y arrive pas ou ne veut pas s’y mettre. À la question « As-tu une feuille qui t’explique quelles sont les règles que tu dois vérifier ? », elle me répond qu’elle pense bien que non !
Fatima, elle, doit étudier l’orthographe d’une vingtaine de mots. Elle est très autonome, prend une feuille et recopie trois fois chaque mot avant de me demander de les lui dicter. Elle ne commet aucune erreur et s’apprête à ranger ses affaires. Je lui demande de me montrer ce qui est compliqué dans certains mots (les lettres muettes, les graphèmes qui pourraient être différents, les doubles lettres…). Elle me regarde perplexe et, à nouveau, ne sait pas si elle a ou non une feuille qui reprendrait différentes étapes pour étudier l’orthographe d’un mot. Igor, lui, connaissait différentes étapes pour étudier, mais était certain de ne pas avoir ces dernières écrites sur une feuille.
Dans le journal de classe de Bogdan, d’Elena et de Yassine qui sont dans la même classe et dans la même école, il est écrit : « Leçon : les quadrilatères ». Ils sortent tous les trois une feuille de synthèse qui reprend les quadrilatères principaux et leurs caractéristiques. Ils se mettent à étudier, c’est-à-dire à regarder et sans doute à lire ce qui est dessiné et écrit sur la feuille. Ces enfants ont 9 ans : comment pourraient-ils envisager seuls ce qui serait intéressant à étudier dans une leçon de géométrie ? Je pense qu’ils sont bien jeunes pour prendre des initiatives pertinentes dans cette situation. Comme ils sont trois à avoir la même leçon, je peux organiser un mini débat autour des deux caractéristiques principales des quadrilatères, les angles et les côtés et vérifier qu’ils connaissent ou pas le vocabulaire associé (angle droit, même longueur…). Mais, je me demande s’il est judicieux de mener cette activité lors d’un devoir, en école de devoirs ou à la maison. Est-ce que cela ne fait pas partie de l’apprentissage et de l’évaluation à mener en classe ?
« Est-ce que cela ne fait pas partie de l’apprentissage à mener en classe ? »
Quand Alexandre ouvre son cartable pour prendre sa feuille d’exercices, je constate le désordre qui y règne. Le contenu de sa trousse et de sa farde de synthèses (il en a une !) côtoie des avions en papier et des dessins de personnages de mangas (bien dessinés par ailleurs). Je tente de ranger avec lui cette fameuse farde de synthèses sans y parvenir vraiment : les feuilles ne sont pas numérotées et Alexandre ne peut pas m’expliquer le code couleur qui semble être utilisé.
Un classique dans les journaux de classe des enfants : revoir les tables de multiplication. Meriem n’a aucune feuille d’exercices. Elle devrait savoir seule comment revoir ses tables. Tarkan, lui, a un joli dessin de personnage de Walt Disney à colorier suivant un code couleur numérique, mais au lieu d’un nombre écrit dans les différentes zones, c’est une multiplication des tables de 8 et 7 qui y sont écrites.
Je propose à Meriem de jouer avec une autre enfant à « Bataille » à l’aide d’un jeu de cartes où des multiplications sans résultats sont écrites.
Tarkan soupire devant l’épreuve que représente pour lui le coloriage, mais prend seul une feuille et y écrit les comptages par 7 et 8. Le coloriage lui prend une bonne demi-heure. Quand il a terminé, je le questionne en lui demandant le résultat de multiplications aléatoirement choisies dans les tables de 7 et de 8 et sans l’aide des comptages. Pour 6X7, il lève les doigts un par un et compte « 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 », baisse les doigts, les relève un par un en comptant « 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14 » et ainsi de suite. Il se perd rapidement et recommence le comptage à 1.
Je lui demande de ne pas utiliser ses doigts et de partir de 5X7. Il ne connait pas le résultat, ne comprend pas qu’il peut utiliser le comptage par 5, comptage qu’il ne connait d’ailleurs pas.
Je me sens complètement démunie pour aider cet enfant à revoir ses tables.
Je n’ai pas eu le temps de vérifier comment Meriem et sa copine ont utilisé le jeu de cartes !
Alors, y a-t-il un sens à donner des devoirs après l’école, à la maison ou en école des devoirs ? Pour moi, aucun !