Djembé : sous la paume, la mer

Plaisir d’explorer un nouveau domaine.
Envie de me mettre en rythme avec
mes enfants. Parenthèse sur un autre
tempo.

J’ai commencé cette année, en famille, des cours
de percussion. Intellectuellement, j’imaginais
bien le plaisir de taper des rythmes ensemble,
je craignais un peu l’oralité de la transmission,
la non-maitrise immédiate… Besoin d’avoir des
prises sur tout…

Je n’avais par contre pas soupçonné un seul instant
le plaisir physique de ma paume de main qui rebondit
sur la peau tendue, des vibrations qui traversent le
corps, le plaisir de l’oreille dans l’enchevêtrement de
tous ces rythmes.

Grâce à ma formation de musicienne classique, j’ai
très vite essayé d’ancrer ce feu d’artifice sur le papier.
Besoin de ne pas dépendre, de ne pas avoir à attendre
le cours suivant pour me réapproprier ce que je savais
déjà faire. Mais difficulté de coucher sur le papier ce
qui va trop vite, à la fois la position des mains qui tapent
tantôt au centre, tantôt sur les bords, noter les coups
accentués et ceux qui sont secondaires, ces minuscules
silences qui donnent toute la dimension.

Au début, j’ai essayé d’écrire sur place, mais j’étais
plus dans la prise de notes que dans le jouer ensemble…
Puis, j’ai enregistré certains rythmes pour pouvoir les
répéter en boucle pour pouvoir mieux les saisir. L’idéal
aurait été de pouvoir filmer les mains de Nenad, notre
formateur. Et finalement, ces rythmes me sont devenus
plus familiers au fil des séances et ce qui me semblait si
difficile à appréhender est entré dans la mémoire par le
faire, la répétition.

CHACUN SON ENTRÉE

Face à mes difficultés, je suis fascinée de voir comment
mes gosses s’en tirent. Je ne sais pas quels circuits
ils ont mis en place, mais l’ainé, par exemple, capte très
vite le rythme. Alors que je tiens la base, lui est souvent
mis à contribution pour rajouter des fioritures, des roulements…
Il s’entraine souvent, en rue, à la maison, sur
la table, sur sa poitrine, souvent même je le trouve agaçant
! La deuxième répète peu en dehors des séances,
mais quand nous jouons tous ensemble, elle connait
toutes les combinaisons et les joue très bien en groupe.
Et la plus jeune, huit ans, prend parfois plus de temps
à capter l’enchainement des mains, c’est plus des problèmes
de psycho-motricité qui se posent à elle : deux
fois la main droite au centre puis c’est la main gauche
à l’extérieur… mais une fois qu’elle a saisi, c’est acquis.

D’autres jeunes participent à ces séances de percussion,
certains ont du mal à se rappeler tout seuls, mais
dès que le rythme est lancé, ils entrent dedans et c’est
parti.

D’autres me fascinent par la liberté d’impro qu’ils se
donnent. Sans doute que leur oreille est plus imprégnée
de ces rythmes que Nenad nous propose ou tout simplement
peut-être qu’ils se posent moins de questions !
Safia qui fait des percus depuis plusieurs années et qui
est élève dans mon école est très fière de pouvoir me
montrer comment faire.

Sofia, elle, c’est le plaisir de la derbouka,
c’est toujours cet instrument-là qu’elle choisit
et ce n’est qu’obligée par l’animateur qu’elle en
saisira un autre, elle est très forte aussi pour
rajouter un nouveau rythme sur celui qu’on est
en train de travailler.

Ayoub est plus irrégulier, mais quand il est
là, il assure « grave » !

À LA SORTIE…

Un animateur… déconcerté par ma volonté de tout
écrire. Lui qui est d’origine gitane, et pour qui tout se
transmet par l’oralité, me traitait même de tricheuse
lorsque j’ouvrais mon petit calepin où tous les rythmes
étaient notés.

Mais avec le temps, il m’utilise comme personneressource,
car autant il est prompt à inventer du neuf,
autant il a du mal, parfois, à se rappeler ce qu’on avait
rajouté à tel ou tel enchainement et me demande alors
d’aller voir dans mes précieuses notes.

Chacun de mes enfants a voulu recevoir un djembé
pour son anniversaire ! Chez moi, on dirait la maison de
boucle d’or : un grand djembé, un djembé moyen et un
petit djembé sont venus meubler notre salon.

Modalités à trouver sur : « Je te prête le mien, mais… »,
« Ne joue pas maintenant, je travaille !
», « Pas trop fort,
pensez aux voisins…
»

Plaisir d’apprendre du neuf dans une activité commune.
Plaisir d’observer comment chacun s’approprie
les choses dans un tout nouveau domaine. Plaisir de
voir comment l’animateur parvient à retirer une structure
dans des choses très complexes pour permettre à
chacun de maitriser des nouveautés. Plaisir de se laisser
surprendre sans avoir prise sur tout.